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La Cour constitutionnelle ordonne le gel des comptes des structures liées à Matata Ponyo

La guerre politique se déplace désormais sur le terrain judiciaire et financier. Alors que l’ancien Premier ministre, Augustin Matata Ponyo Mapon, actuellement en exil, multiplie les sorties critiques contre le régime en place, la Cour constitutionnelle vient de dégainer une arme aussi redoutable que symbolique : le gel pur et simple de l’ensemble des comptes bancaires des structures affiliées à l’opposant.

Une décision qui porte un coup sévère à tout un écosystème social et académique implanté à Kindu, dans la province du Maniema, et qui soulève une tempête de questions sur l’indépendance de la justice congolaise.

La mécanique implacable des « représailles judiciaires »

Selon des sources concordantes, la haute juridiction a ordonné le blocage immédiat de tous les comptes domiciliés au nom des entités directement ou indirectement liées à Matata Ponyo. Sont concernés par cette mesure radicale : la Fondation Mapon, vitrine sociale de l’ancien Premier ministre; Congo Challenge, son influent think tank qui a longtemps fait office de laboratoire d’idées économiques; l’Université Mapon, qui forme chaque année des centaines de cadres à Kindu; l’école secondaire et primaire Mapon, pilier éducatif de la région; le centre de santé Mapon, qui pallie les carences du système public dans cette zone reculée.

Une offensive tous azimuts qui frappe non pas l’homme politique, mais tout un tissu associatif et communautaire patiemment construit au fil des années.

Contactée par Econews, la Fondation Mapon a opposé une fin de non-recevoir prudente, indiquant avoir « mobilisé ses avocats pour rentrer dans ses droits ». Une réponse policée qui cache à peine l’effervescence qui règne en interne.

En off, un membre de la Fondation, visiblement marqué par la décision, a livré un témoignage plus franc : « La Fondation Mapon a une personnalité civile différente de Matata. On ne peut pas condamner la Fondation et toutes ses structures affiliées en les liant directement à Matata. C’est injuste et cela dépasse l’entendement juridique ».

Le problème juridique est en effet posé : une Fondation reconnue d’utilité publique, dotée d’une existence légale autonome, peut-elle être sanctionnée pour les prises de position politiques de son fondateur ? La question est d’autant plus brûlante que ces structures remplissent des missions sociales, éducatives et sanitaires au bénéfice des populations du Maniema.

L’exil qui dérange

Matata Ponyo, économiste respecté et ancien Premier Ministre de Joseph Kabila, n’a jamais été un opposant frontal. Mais ses récentes déclarations depuis l’étranger, où il a choisi de résider, ont visiblement franchi une ligne rouge. Condamné par la Cour constitutionnelle dans le procès Bukanga-Lonzo, l’homme est désormais frappé dans ses œuvres vives : ses structures, qui portent son nom et son empreinte.

Cette décision de la Cour constitutionnelle, dans sa temporalité, interroge. Elle intervient alors que le pouvoir de Kinshasa verrouille méthodiquement l’espace politique et judiciaire face à toute voix discordante. Matata Ponyo rejoint ainsi une longue liste de personnalités dont les proches ou les intérêts subissent les foudres de la justice, souvent accusée d’être aux ordres.

Une guerre qui dépasse le cadre légal

Derrière le gel des comptes, c’est une stratégie d’asphyxie qui se dessine. Priver un opposant de ses moyens financiers, c’est l’empêcher de maintenir son réseau, de financer ses œuvres, de conserver une base sociale. C’est aussi envoyer un message à tous ceux qui seraient tentés de suivre la même voie : vous serez frappés là où cela fait mal.

Mais le pari est risqué. En s’attaquant à une université, une école et un centre de santé, le pouvoir s’expose à une condamnation morale, tant nationale qu’internationale. Ce sont des centaines d’étudiants, de patients et d’élèves qui pourraient faire les frais de ce bras de fer politique.

La bataille des avocats commence

D’ores et déjà, les conseils de la Fondation Mapon préparent la riposte judiciaire. Ils devront plaider la dissociation des personnalités juridiques et démontrer que les structures visées n’ont pas vocation à servir de caisse de résonance politique. Une tâche ardue face à une Cour constitutionnelle qui a montré par le passé sa propension à épouser les lignes du pouvoir.

Dans l’immédiat, à Kindu, c’est l’inquiétude qui domine. Les salaires des employés, les bourses des étudiants, les soins des patients sont suspendus à une décision de justice qui sent plus la poudre politique que l’encre du droit.

Matata Ponyo, depuis son exil, n’a pas encore réagi. Mais ses avocats, eux, préparent la contre-offensive. La bataille judiciaire ne fait que commencer. Et avec elle, la question lancinante : en RDC, la justice est-elle le dernier rempart des libertés ou l’arme absolue du pouvoir ?

Francis N.

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