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La diplomatie du cœur

La récente tournée de l’Émir du Qatar, Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, en Afrique centrale, avant son envol pour l’Afrique du Sud, a agi comme un révélateur brutal des véritables dynamiques de pouvoir et d’influence dans la crise qui déchire l’Est de la RDC. Au-delà des communiqués protocolaires et de la signature d’accords de coopération, la diplomatie a parlé, non pas dans les salles de réunion, mais à travers la durée des visites et, plus éloquemment encore, sur les réseaux sociaux.

Le contraste est saisissant : trois jours passés à Kigali, contre moins de douze heures à Kinshasa. Si le temps est de l’argent, il est surtout, en géopolitique, l’étalon de l’importance stratégique et de la profondeur relationnelle. Le ballet des heures a été suivi par le poids des mots.

À Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi a salué l’Émir, reconnaissant son rôle central dans l’accueil des pourparlers de Doha entre le gouvernement congolais et la coalition rebelle AFC/M23. La RDC place manifestement de grands espoirs dans la médiation qatarie, la considérant comme une bouée lancée par un acteur international puissant.

Mais, à Kigali, l’atmosphère était toute autre. Le Président Paul Kagame a évoqué son « frère et ami » l’Émir. Un terme qui, en diplomatie, dépasse de loin la simple courtoisie. C’est sur son compte X que le leader qatari a confirmé ce lien indéfectible, saluant publiquement « mon ami le président Paul Kagame » et des « relations solides et croissantes « .

Face à cela, le passage à Kinshasa de l’Emir du Qatar n’a donné lieu qu’à l’expression d’un désir de « nouvel élan » et de « discussions fructueuses » – des formules polies, mais dénuées de l’affect et de la certitude manifestés envers le Rwanda.

C’est là que le voile des apparences se déchire.

L’édifice des relations entre le Qatar et le Rwanda n’est pas une simple construction diplomatique ; c’est un mariage d’intérêts stratégiques déjà consommé. La présence économique de Doha y est concrète et massive : l’implication dans la compagnie RwandAir et surtout le financement du projet colossal de l’aéroport international de Bugesera. Pour le Qatar, le Rwanda est un allié régional fiable et un hub logistique essentiel pour ses ambitions africaines.

Face à cette réalité, Kinshasa doit se prémunir d’une dangereuse naïveté. Comment un médiateur, qui qualifie l’une des parties de son  » ami  » et qui est engagé dans des investissements économiques majeurs sur son territoire, pourrait-il être perçu comme impartial dans un conflit où cet ami est le principal accusé ?

Le message de l’Émir est clair, bien que subtil : Doha ne lâchera pas Kagame au profit de Tshisekedi. Le Qatar se positionne pour l’instant en observateur prudent vis-à-vis de la RDC, attendant de  » prendre des engagements fermes  » dans  » divers domaines « .

C’est une relation encore  » en construction « , sans la garantie de longévité déjà acquise par Kigali.

Econews