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Le condamné de Bukanga-Lonzo refait surface : Matata Ponyo sur TV5 Monde : «Je n’ai jamais été condamné, du point de vue du droit»

Matata Ponyo, ancien Premier ministre de Joseph Kabila et récemment condamné en dernière instance par la Cour constitutionnelle dans l’affaire Bukanga-Lonzo, brise le silence depuis son exil. Sur les antennes de TV5 Monde, le député national, élu de sa ville natale de Kindu (Province du Maniema), conteste la légalité de sa condamnation et livre une charge virulente contre la justice congolaise, qu’il accuse d’être instrumentalisée et d’avoir trahi les principes du droit. Affirmant n’avoir « jamais été condamné du point de vue du droit », il dénonce un procès à caractère tribalo-ethnique, relançant un débat sensible sur l’indépendance de la justice et l’État de droit en République Démocratique du Congo.

L’ancien Premier ministre de la République Démocratique du Congo, Matata Ponyo Mapon, condamné définitivement dans le scandale du Parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, est sorti de son silence médiatique. Depuis son exil, où il affirme s’être réfugié pour échapper à une « justice aux ordres », il a accordé un entretien à TV5 Monde dans lequel il livre une charge virulente contre le système judiciaire congolais et réaffirme son innocence avec force.

« Je n’ai jamais été condamné, du point de vue du droit », a-t-il lancé d’emblée, résumant sa position. L’ancien chef du Gouvernement du chef de l’Etat honoraire Joseph Kabila, également député national sous mandat de la ville de Kindu, a construit sa défense sur une accusation grave : celle d’un procès biaisé par des considérations ethniques et politiques.

L’ACCUSATION D’UN « JUGEMENT TRIBALO-ETHNIQUE »

Le cœur de son argumentation repose sur l’origine des magistrats qui l’ont jugé. « Imaginez-vous que je n’ai été jugé que par des gens qui appartiennent à une tribu du Président de la République. Le premier juge, il était du Kasaï, le deuxième juge, il était du Kasaï, le juge de la Cour de cassation où le dossier était transféré était du Kasaï », a-t-il détaillé avec véhémence. Et d’enfoncer le clou : « Comment est-ce que, dans un pays où il y a plus de 450 tribus, un ancien Premier ministre peut être jugé par des juges d’une tribu qui appartiennent au Président de la République ? C’est un jugement tribalo-ethnique. »

Par ces déclarations, Matata Ponyo vise directement le président Félix Tshisekedi, originaire du Kasaï, et suggère que sa condamnation est un acte politique déguisé en décision de justice. Il dépeint une institution judiciaire incapable de rendre une justice impartiale, piétinant, selon lui, les principes fondamentaux du droit.

RAPPEL DES FAITS 

Ces déclarations interviennent après que la Cour constitutionnelle a confirmé en dernière instance, fin 2025, sa condamnation dans le dossier du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo. Ce projet pharaonique, lancé en 2014 pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, est aujourd’hui symbole d’échec et de dilapidation des fonds publics.

La justice a retenu contre Matata Ponyo, en sa qualité de Premier ministre et de superviseur du projet, des charges de détournement de fonds publics, estimés à plus de 150 millions de dollars US. Sa condamnation définitive avait entraîné la levée de son immunité parlementaire et marqué la fin de sa carrière politique nationale, le contraignant à l’exil.

REACTIONS ET SILENCE DE LA JUSTICE

Les propos de l’ancien Premier ministre, diffusés sur une chaîne internationale, risquent de raviver les tensions politiques et le débat sur l’indépendance de la justice en RDC. Ses partisans y voient la preuve d’une persécution politique, tandis que ses détracteurs estiment qu’il tente de discréditer une institution pour éviter de répondre de ses actes.

Au moment où nous mettons sous presse, ni la présidence de la République, ni le ministère de la Justice, ni la Cour constitutionnelle n’ont réagi officiellement à ces accusations. Le silence des institutions face à cette charge publique est particulièrement remarqué.

En s’exprimant ainsi, Matata Ponyo place la balle dans le camp des autorités congolaises. Il lance un défi à la justice de son pays tout en campant, sur la scène médiatique internationale, dans le rôle du persécuté politique. Cet entretien souligne une fois de plus les profondes fractures et les clivages qui continuent de traverser la classe politique congolaise, bien au-delà de la seule affaire judiciaire.

Hugo Tamusa 

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