L’histoire politique de la République Démocratique du Congo bégaie, mais certains acteurs refusent désormais de jouer la partition du chaos. Mercredi, à Kinshasa, Modeste Bahati Lukwebo a jeté un pavé dans la mare stagnante de l’Union Sacrée de la Nation (USN). En s’opposant frontalement au projet de révision constitutionnelle, l’actuel deuxième Vice-Président du Sénat ne s’est pas contenté d’une simple déclaration : il a dressé un acte d’accusation contre la « courtisanerie » qui gangrène les sommets de l’État.
Le constat de Bahati est d’une lucidité glaciale. Il pointe du doigt ce conglomérat de « flatteurs », ces professionnels de la transhumance politique qui, hier encore, juraient fidélité éternelle à Joseph Kabila, avant de le précipiter dans l’abîme de l’isolement. Aujourd’hui, les mêmes visages, portés par le zèle suspect d’un André Mbata, tentent de rééditer le scénario : convaincre Félix Tshisekedi que son pouvoir est d’ordre prophétique et que la Constitution de 2006 n’est qu’un verrou gênant à faire sauter.
« Le pays n’a pas de problème de textes; le pays a un problème d’hommes », a martelé Bahati.
Cette phrase claque comme une gifle pour ceux qui veulent masquer l’incurie de la gouvernance derrière une prétendue inadéquation juridique. Le message est clair : modifier la loi fondamentale pour s’éterniser au pouvoir n’est pas un acte de patriotisme, c’est une trahison de l’esprit républicain.
En rappelant que le mandat du Chef de l’État court jusqu’en 2028 et pas une seconde de plus, Modeste Bahati se pose en gardien du temple républicain.
Est-ce un calcul politique ? Certainement. Bahati n’est pas un novice; il connaît les rouages du système pour en avoir été l’un des piliers. Mais son courage réside dans sa capacité à dire « non » au moment où la majorité semble s’enivrer d’un pouvoir sans fin.
Aimer le Président de la République, ce n’est pas lui chanter des louanges mensongères pour s’assurer un strapontin ministériel. Aimer le Chef, c’est lui dire la vérité, même si elle est amère : ceux qui le poussent aujourd’hui à franchir le Rubicon constitutionnel seront les premiers à l’abandonner lorsque le vent tournera.
L’Union Sacrée est à la croisée des chemins. Va-t-elle se muer en une machine à broyer les acquis démocratiques pour satisfaire l’appétit d’une élite en quête de survie, ou saura-t-elle écouter cette voix discordante mais nécessaire ?
Modeste Bahati vient de prouver qu’au sein de la majorité présidentielle, la pensée unique n’est pas encore une fatalité. Il reste à voir si Félix Tshisekedi saura distinguer ses véritables alliés de ses futurs fossoyeurs. Car en politique, comme au théâtre, les applaudissements les plus nourris viennent souvent de ceux qui attendent la chute du rideau.
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