Le « déboulonnage » promis en 2019 par Félix Tshisekedi a changé de visage. Ce qui n’était au départ qu’une promesse de rupture institutionnelle s’est mué en une offensive chirurgicale visant l’extinction pure et simple d’une force politique : le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Hier omnipotent, l’ancien parti présidentiel semble aujourd’hui condamné à une agonie orchestrée, pris en étau entre l’exil de son autorité morale, Joseph Kabila, et l’incarcération systématique de ses derniers piliers.
Le constat est sans appel. Le secrétariat permanent est décapité : Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga et, plus récemment, l’ancien président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku, ont tous rejoint les cellules du Conseil national de cyberdéfense (CNC).
Cette série d’arrestations ne ressemble plus à de simples péripéties judiciaires. Elle dessine une stratégie de vide politique. En frappant les « têtes pensantes », le régime actuel ne se contente pas de neutraliser des individus ; il paralyse l’appareil stratégique d’une opposition qui peine déjà à se réinventer.
Au cœur de ce dispositif de nettoyage politique surgit une structure dont le nom seul suffit à glacer les rangs de l’opposition : le Conseil national de cyberdéfense (CNC). Créé en août 2023 et logé à la Présidence de la République, ce service semble avoir supplanté les traditionnelles ANR et DEMIAP dans la hiérarchie de la répression.
Dirigé par Jean-Claude Bukasa, un proche du Chef de l’État dont le parcours soulève des interrogations sur l’indépendance de l’institution, le CNC opère dans une zone grise. Entre méthodes opaques et arrestations hors cadre légal, cette structure est perçue par ses détracteurs comme l’instrument ultime d’une dérive autoritaire destinée à verrouiller le paysage politique avant les prochaines échéances.
L’objectif final semble désormais clair : rayer le PPRD de la carte. Il ne s’agit plus seulement de réformer le système Kabila, mais d’en effacer les traces.
En démantelant la structure qui a régné sur la République Démocratique du Congo pendant 18 ans, le pouvoir actuel s’assure qu’aucune résurgence du «Kabilisme » ne vienne entraver sa marche.
Toutefois, une question demeure : peut-on réellement tuer une idée ou un courant politique par la seule force des verrous ?
Si la fin du PPRD semble programmée, l’histoire nous enseigne que la fragilisation excessive de l’opposition peut parfois transformer des adversaires politiques en symboles, et les geôles en incubateurs de nouvelles colères.
Econews

