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 L’ultime sauvetage : désillusionné par Washington, Tshisekedi se tourne à nouveau vers Luanda

La chute d’Uvira et l’effondrement de l’accord parrainé par Trump poussent le Président de la République, Félix Tshisekedi, à réactiver en urgence ses alliances régionales. Une visite éclair à Luanda souligne un virage stratégique.

Ironie du sort. À peine l’encre de l’« Accord de paix du 4 décembre » séchée à Washington, le front de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) s’est embrasé à nouveau, pulvérisant les espoirs de stabilité. La chute retentissante de la ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu, face à l’avancée des rebelles de la coalition AFC/M23, a sonné le glas d’un pacte international parrainé avec fracas par le président américain Donald Trump.

Face à cette débâcle sécuritaire et à ce qu’il perçoit désormais comme un échec cuisant de la médiation américaine, le président Félix Tshisekedi est contraint à un revirement diplomatique urgent. Dimanche, dans un mouvement éclair, il a effectué un aller-retour à Luanda pour une rencontre cruciale avec son homologue angolais, João Lourenço.

L’effondrement de l’option Trump

L’accord signé à Washington le 4 décembre, devait marquer un tournant. Il n’aura été qu’un répit éphémère. «L’opinion publique congolaise s’interroge, et avec elle le Palais de la Nation, sur la portée réelle de cet accord. La reprise immédiate et massive des hostilités en est la négation la plus flagrante », analyse un diplomate basé à Kinshasa sous couvert d’anonymat. La prise d’Uvira, porte d’entrée vers le Sud et verrou sur le lac Tanganyika, a démontré la capacité offensive intacte des rebelles et l’inefficacité, sur le terrain, des garanties internationales.

La déception envers Donald Trump, présenté il y a quelques jours encore comme le parrain d’une paix historique, est palpable dans l’entourage présidentiel. «Washington a peut-être cru bien faire, mais le résultat est là : la guerre s’intensifie et les rebelles progressent vers le cœur économique du pays, le Grand Katanga. Le Président Tshisekedi ne peut se permettre d’attendre un nouveau sauvetage improbable de l’autre côté de l’Atlantique», confie une source gouvernementale.

Le retour de l’ange gardien angolais

C’est dans ce contexte de crise aiguë que le chef de l’État congolais a repris la route de Luanda. João Lourenço, dont les troupes avaient déjà été déployées dans le cadre de la force de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC) avant un retrait progressif, reste un acteur clé et un allié historique dans la sous-région.

Si le contenu précis des discussions n’a pas été rendu public, les enjeux sont transparents. Kinshasa recherche très probablement un réengagement sécuritaire et diplomatique de l’Angola. « Luanda dispose d’un poids politique et militaire considérable dans la région. Elle entretient également des canaux avec Kigali, accusé par la RDC de soutenir le M23. Lourenço pourrait tenter de jouer les médiateurs de dernière minute ou consentir à un soutien plus direct », décrypte un expert des Grands Lacs.

La visite éclair, aussi brève que significative, marque un réalignement stratégique. « Après la désillusion de Washington, Tshisekedi retourne vers ses alliés de proximité. C’est la recherche d’une solution africaine à une crise qui mine la RDC depuis des décennies. Il cherche à s’en sortir de la pieuvre de l’Est par les moyens les plus directs », estime notre analyste.

La suite sur le front diplomatique

Ce réajustement ne s’arrêterait pas à Luanda. Selon plusieurs sources concordantes, le président congolais pourrait prochainement se rendre à Brazzaville pour consulter le doyen de la sous-région, Denis Sassou Nguesso. Ce dernier a souvent joué un rôle de facilitateur, bien que ses efforts passés n’aient pas abouti à une paix durable.

Le jeu d’échecs géopolitique est en pleine reconfiguration. L’ultime sauvetage ne viendra peut-être pas de l’Occident, mais des capitales africaines voisines, sollicitées dans l’urgence pour éteindre un incendie qui menace désormais les richesses minières stratégiques du Katanga et, avec elles, l’équilibre déjà fragile de toute la région des Grands Lacs. Le temps presse, et la crédibilité du pouvoir de Kinshasa est plus que jamais en jeu sur le champ de bataille de l’Est.

Hugo T.