ONU : l’absence de Tshisekedi intrigue, Suminwa à New York… : que se passe-t-il sur l’axe Washington-Kinshasa ?

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Au moment où près de 130 chefs d’État et de gouvernement sont présents à New York pour la 81ème Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la République, Félix Tshisekedi, brillera par son absence. Mandatée pour porter la voix de la RDC, Mme la Première Ministre Judith Suminwa conduit la délégation congolaise. Officiellement, le contexte sanitaire lié à Ebola est évoqué en toile de fond pour justifier le non déplacement du Chef de l’Etat. Mais cette explication laisse ouvertes plusieurs questions, d’autant que la Première Ministre, elle, a pu se rendre aux États-Unis. Simple précaution sanitaire ou révélateur de nouvelles contraintes diplomatiques entre Washington et Kinshasa ? Suspense !

La scène est pour le moins inhabituelle. À partir de ce mardi 22 septembre, les dirigeants du monde entier convergent vers New York pour le débat général de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations unies. La RDC, elle, sera représentée non pas par son Président de la République, mais par sa Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka.

Le calendrier officiel de l’ONU confirme que le débat général se déroule du 22 au 26 septembre, avec près de 130 chefs d’État et de Gouvernement attendus en personne.

Le choix de Kinshasa ne passe donc pas inaperçu. Car le Président Félix Tshisekedi a fait de la diplomatie internationale un axe important de son action, particulièrement sur le dossier sécuritaire dans l’Est et dans le rapprochement avec les États-Unis. Son absence intervient précisément au moment où les questions de paix, de sécurité et de partenariat international occupent une place centrale dans l’agenda congolais.

 

Ebola, une explication qui ne dissipe pas toutes les interrogations

L’explication avancée dans les informations disponibles renvoie au contexte sanitaire et aux restrictions américaines liées à l’épidémie d’Ebola. Des sources rapportent que les États-Unis ont imposé des restrictions particulières aux voyageurs provenant notamment de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Elles indiquent également que des exemptions existent pour les chefs d’État et de gouvernement, ce qui aurait permis à Judith Suminwa de rejoindre New York.

C’est précisément ici que surgit la principale interrogation.

Si la situation sanitaire justifie des précautions particulières, pourquoi la Première Ministre peut-elle se rendre à New York alors que le Président de la République renonce au déplacement ?

La réponse disponible dans les sources consultées est essentiellement logistique : les conditions d’entrée et les restrictions sanitaires auraient été particulièrement difficiles à appliquer à une délégation présidentielle importante, notamment en raison des exigences concernant les accompagnateurs et la sécurité.

Une telle explication est donc différente de l’hypothèse d’un refus politique de visa visant personnellement Félix Tshisekedi.

Une absence qui intervient dans un moment diplomatique sensible

L’affaire prend cependant une autre dimension lorsqu’on la replace dans le contexte des relations RDC–États-Unis.

Kinshasa et Washington ont considérablement rapproché leurs relations autour des minerais stratégiques, de la sécurité et des investissements. Encore le 16 septembre, soit quelques jours avant l’ouverture de l’Assemblée générale, des informations faisaient état de la création d’une Task Force destinée à accélérer la mise en œuvre du partenariat stratégique RDC–USA, notamment dans le secteur minier.

Difficile, dès lors, de parler à ce stade d’une rupture ouverte entre les deux capitales. Mais le contexte n’est pas exempt de zones de friction.

Le principal test reste celui de la mise en œuvre des engagements liés au processus de Washington concernant le conflit dans l’Est de la RDC. Des sources récentes soulignent que, malgré l’implication américaine, des divergences persistent entre Kinshasa et Kigali quant à l’application des engagements pris.

Pour preuve, les derniers pourparlers de Genève ont flop- aucun communiqué officiel n’ayant sanctionné cette rencontre, inscrite dans la mise en œuvre de l’Accord du 4 décembre 2025.

En effet, Kinshasa continue notamment de réclamer des avancées concrètes sur le retrait des forces rwandaises et le dossier AFC/M23, tandis que le processus diplomatique peine encore à produire une amélioration décisive de la situation sécuritaire sur le terrain.

Washington-Kinshasa : brouille ou simple épisode sanitaire ?

C’est donc là que se situe le véritable enjeu.

L’absence de Félix Tshisekedi ne suffit pas, à elle seule, à établir l’existence d’une crise entre Washington et Kinshasa. D’autant que les deux pays continuent, au même moment, à travailler sur des mécanismes destinés à renforcer leur partenariat économique et stratégique.

Mais cette absence nourrit légitimement des interrogations parce qu’elle intervient dans une séquence diplomatique particulièrement chargée : processus de Washington, tensions persistantes dans l’Est, désaccords avec Kigali, négociations régionales et désormais crise sanitaire liée à Ebola.

La question n’est donc peut-être pas seulement de savoir pourquoi Félix Tshisekedi n’est pas à New York. Elle est aussi de comprendre quel message Kinshasa entend envoyer en confiant à Judith Suminwa la mission de représenter le pays au moment où Washington demeure l’un de ses partenaires diplomatiques les plus importants.

La Première ministre n’arrive d’ailleurs pas à New York avec un agenda vide. Selon son cabinet, elle est mandatée pour porter la voix de la RDC, défendre ses intérêts et consolider ses partenariats. Des rencontres bilatérales sont également prévues autour de la paix, de la sécurité, du développement, des investissements et des partenariats économiques.

Une chose est certaine: l’absence présidentielle sera observée de près, mais elle ne doit pas être transformée trop rapidement en preuve d’une crise diplomatique.

Le véritable indicateur se trouvera dans les messages délivrés par Judith Suminwa dans ses rencontres avec les responsables américains et dans les éventuelles déclarations de Washington sur la RDC.

Les anglophones diront : wait and see !

Econews

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