En marge des discussions sur la sécurité dans l’Est de la RDC, mercredi à Paris, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a profité de sa visite à l’Élysée pour tenter de rallier la France à sa cause et contrer la candidature de Louise Mushikiwabo à un troisième mandat à la tête de l’OIF. Une rencontre stratégique alors que le sommet de la Francophonie, prévu en novembre au Cambodge, s’annonce comme le théâtre d’une confrontation inédite entre la RDC et le Rwanda. Pour l’instant, Paris joue la carte de l’équilibre, mais Kinshasa veut plus d’engagement pour isoler davantage Kigali.
Sous les dorures du Palais de l’Élysée, le président Félix Tshisekedi a mené, mercredi 25 février, ce que l’on peut considérer comme une opération séduction de haute volée. Officiellement, ce déjeuner de travail avec son homologue Emmanuel Macron visait à aborder la «situation sécuritaire préoccupante» dans l’Est de la RDC et les questions bilatérales. Mais derrière les sourires protocolaires, un autre dossier, tout aussi brûlant, était au cœur des échanges : la bataille pour le trône de la Francophonie.
Kinshasa l’a bien compris : pour bloquer la route de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, candidate déclarée à sa propre succession pour un troisième mandat à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il faut convaincre les poids lourds de l’institution. Et la France, pays hôte du siège de l’OIF, est un allié de poids incontournable. L’objectif de la diplomatie congolaise est clair : «pas de troisième mandat pour Mushikiwabo», et faire valoir le poids démographique et stratégique de la RDC, premier pays francophone du monde.
LA RIVALITE RDC-RWANDA S’INVITE A LA FRANCOPHONIE
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans le prolongement des tensions sécuritaires qui embrasent l’Est du Congo. Pour Kinshasa, il est inconcevable que l’OIF reste sous la direction d’une personnalité issue d’un pays accusé de soutenir militairement la rébellion du M23 et de piller les ressources congolaises. «L’OIF devait, par devoir, soutenir la position ferme de la RDC, en raison de toutes les fissures que le Rwanda fait subir à l’Organisation», souffle-t-on du côté de la présidence congolaise.
De fait, la candidature annoncée par la RDC pour le secrétariat général change la donne. Ce poste, convoité, devient le nouveau terrain de jeu d’une rivalité jusqu’ici cantonnée aux champs de bataille du Nord-Kivu.
Qu’est-il ressorti du huis clos parisien? Officiellement, la France a réaffirmé son «engagement au respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la RDC». Une déclaration forte, mais qui reste dans le cadre du discours habituel. Début février, lors de la visite de la ministre déléguée à la Francophonie, Éléonore Caroit, Paris avait déjà pris soin de rappeler qu’elle était «ouverte à toutes les candidatures», fixant la date limite de dépôt au 15 mai.
Une position que Kinshasa espère voir évoluer en un soutien plus explicite. Car si la France reconnaît la «légitimité de la RDC à jouer un rôle de premier plan au sein de l’institution», elle entretient également des relations complexes avec Kigali. «Félix Tshisekedi peut-il croire à la sincérité d’Emmanuel Macron ? Difficile à prédire», confie un observateur.
LE CAMBODGE, PROCHAINE BATAILLE
Il est évident que le prochain sommet de l’OIF, prévu les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge, s’annonce comme un affrontement majeur. D’ici là, chaque camp multipliera les missions diplomatiques pour agréger les voix. Pour Kinshasa, il s’agit de consolider les appuis et de projeter l’image d’un acteur incontournable, tandis que Louise Mushikiwabo, forte de sept ans à la tête de l’institution et d’un réseau solide, joue la carte de l’expérience et de la continuité.
Sous les lambris de l’Élysée, la partie a commencé. Et à mesure que novembre approche, chaque capitale comptera ses voix avec la minutie d’un orfèvre, dans une guerre diplomatique dont l’issue redessinera peut-être les équilibres de l’espace francophone.
Econews

