Longtemps miné par le désordre, les arrangements opaques et les querelles autour du « manque à gagner » dû aux opérateurs, le secteur pétrolier congolais amorce un tournant décisif. Sous l’impulsion du Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, la régulation des prix des produits pétroliers et le paiement dû aux distributeurs ont été remis sur des rails plus lisibles. Une réforme saluée par les opérateurs du secteur, mais qui dérange certains réseaux habitués à prospérer dans la confusion.
Depuis plusieurs semaines, des critiques virulentes circulent dans certains médias et sur les réseaux sociaux, tentant de jeter le discrédit sur les ajustements opérés par le ministère de l’Économie nationale. Pour les observateurs avertis, cette offensive médiatique n’est pas anodine. Elle coïncide avec la fin d’un système où le flou réglementaire permettait à des intérêts mafieux de tirer profit du secteur pétrolier, devenu au fil des années une véritable platebande pour certains réseaux.
Décryptage
Dans l’arène économique congolaise, peu de dossiers sont aussi sensibles et stratégiques que celui du prix des produits pétroliers. Un secteur historiquement opaque, souvent décrit comme le terrain de jeu de réseaux d’influence, est aujourd’hui au cœur d’une vaste réforme pilotée par le VPM Daniel Mukoko Samba. Si ses initiatives suscitent une levée de boucliers parmi d’anciens bénéficiaires du système, elles reçoivent en revanche un accueil étonnamment favorable d’un acteur clé : les pétroliers distributeurs eux-mêmes.
Ces derniers, par la voix de leurs représentants, saluent une «clairvoyance » qui aurait ramené de l’ordre dans la régulation et le paiement des compensations dues, mettant fin à des années de flou artistique préjudiciable. «Avec Daniel Mukoko, le secteur pétrolier n’est plus une platebande de certains réseaux », affirme un observateur averti, pointant du doigt les origines des critiques actuelles qui inondent les réseaux sociaux et une frange de la presse kinoise.
La fin d’une «économie de la confusion »
Au cœur de la réforme, un nouvel outil : le Comité technique chargé de l’élaboration et du calcul du prix à la pompe. Sa méthodologie, présentée comme transparente et collégiale, a reçu l’aval rapide des professionnels. « Ils ont abattu un grand travail, tout a été très bien fait au départ. […] Tout ce qu’on nous a exposé, c’était pratiquement des éléments concordants. […] On a tout adopté en très peu de temps », témoigne un pétrolier distributeur, membre de l’association du secteur.
Le problème historique résidait dans un décalage inapplicable entre le «taux de structure » (le coût théorique utilisé pour les calculs) et le « taux de change » officiel. « Pendant longtemps, le premier était figé à 2.600 FC, tandis que le second évoluait autour de 2.300 FC. Ce hiatus créait une distorsion immédiate, une zone grise où les pratiques peu orthodoxes fleurissaient, et mettait les pompistes en difficulté pour appliquer les prix officiels », fait part un opérateur du secteur.
La grande avancée, permise par l’appréciation récente du franc congolais, a été l’alignement de ces deux taux à 2.300 FC. « Les taux sont égaux et ça facilite tout le monde », se félicite un distributeur pétrolier. Cet alignement n’est pas qu’une simple simplification comptable. Il élimine une source majeure de litiges et de spéculation, rendant le marché plus lisible et prévisible pour tous les acteurs, de l’importateur au consommateur final.
Un effet domino sur l’économie nationale
L’optimisme des opérateurs va au-delà de la simplification administrative. Ils y voient un levier puissant pour l’ensemble de l’activité économique. « Nous sommes contents puisque […] ça donne la facilité à tous les autres opérateurs économiques de voir à quelle mesure ils peuvent baisser le prix de leurs produits », explique un autre responsable du secteur. « L’impact est majeur à tous les niveaux. Vous savez, quand le prix des produits pétroliers baisse, ça impacte pratiquement tous les autres secteurs : le transport, l’agriculture, l’industrie ».
Cette baisse des coûts en cascade est présentée comme le principal bénéfice macro-économique de la réforme. En stabilisant et en rationalisant le prix d’un intrant aussi crucial que le carburant, le gouvernement espère réduire un facteur important de l’inflation et redonner du pouvoir d’achat. « À l’application de cette structure, les gens seront contents puisque le taux parallèle sera pratiquement égal au taux de structure. Tout est bien fait », prédit un pétrolier contacté par Econews.
Polémique : la contre-attaque des « réseaux » défaits ?
Face à ces éloges, la virulence des attaques contre Daniel Mukoko Samba interroge. Pour ses partisans et de nombreux observateurs, cette campagne n’est que la réaction prévisible d’intérêts lésés.
« Ce sont les détracteurs qui se nourrissaient du désordre dans le secteur pour se faire des bénéfices », assène une source proche du ministère.
L’assainissement des procédures, la fin des arrangements opaques autour du « manque à gagner » et la transparence imposée dans la fixation des prix couperaient en effet l’herbe sous le pied de circuits financiers occultes.
Ces critiques, qualifiées « d’incongruités » par les défenseurs du ministre, semblent pour l’instant buter sur le soutien affiché des principaux opérateurs économiques du secteur. Ce soutien constitue un rempart crédible pour le Vice-Premier Ministre, lui permettant de légitimer sa politique par l’adhésion des professionnels directement concernés.
Une réforme encore sous surveillance
Si un premier pas décisif semble franchi, le secteur pétrolier congolais reste sous haute surveillance. La pérennité de la stabilité dépendra de la capacité à maintenir la cohérence entre taux de change et taux de structure, et à faire appliquer strictement la nouvelle grille sur l’ensemble du territoire, au-delà des grandes villes. La réunion de Livingstone sur la sécurité dans l’Est rappelle par ailleurs que l’instabilité géopolitique reste une épée de Damoclès susceptible de perturber toute l’économie, y compris le secteur des hydrocarbures.
Néanmoins, en imposant une méthode claire et consultative, Daniel Mukoko Samba a indéniablement redonné une « nette visibilité » à un secteur vital. Le défi est maintenant de transformer cet élan technique en bénéfices tangibles pour la population et les entreprises, afin que la baisse théorique des coûts se traduise par une baisse effective des prix à la consommation et un soulagement durable de l’économie congolaise. La bataille des chiffres à la pompe est aussi une bataille pour la crédibilité de la gouvernance économique.
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