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Quand Kigali sort de l’ombre : l’aveu calculé d’une agression banalisée (*)

Après l’avoir longtemps niée, Kigali finit par admettre sa « coordination sécuritaire » avec l’AFC/M23, transformant un aveu embarrassant en stratégie de normalisation. En invoquant les FDLR comme menace idéologique persistante, le Rwanda recycle un narratif forgé sur une lecture contestée de l’histoire pour justifier une agression territoriale en RDC. Or, l’analyse historique et anthropologique démontre que le génocide de 1994 s’inscrivait dans un cycle de violences réactives lié à la guerre civile, et non dans une haine atavique planifiée. Aujourd’hui, ce contexte n’existe plus : les FDLR sont affaiblis et ne constituent pas une menace existentielle. L’aveu de Kigali n’éclaire donc pas la vérité — il cherche à la rendre ordinaire.

Après avoir effrontément persisté à le nier, Kigali est réduit à admettre qu’il est effectivement  «engagé dans une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23».

Nouvelle stratégie de recours au stratagème de Sun Tzu : «Ce qui est familier n’attire pas l’attention.  Abusé par la lumière, l’œil ne voit pas ce qui est caché en pleine lumière ».

Il s’agit désormais pour le Rwanda de déclamer cette vérité embarrassante de façon frontale et assumée, afin que ceux qui la reçoivent en viennent à la minimiser et à considérer cette agression territoriale comme normale.

La vérité : le Rwanda instrumentalise la présence des FDLR en RDC pour justifier son agression territoriale et son annexion de facto d’un territoire congolais.

Kagame projette sciemment sur ce groupe une idéologie génocidaire, en essentialisant la violence comme une disposition quasi génétique des Hutu.

Cette essentialisation repose sur des prémisses erronées liées à la guerre civile de 1990-1994 : la  violence génocidaire de 1994 fut réactive et circonstancielle et non proactive ni planifiée de longue date.

La thèse officielle présente le génocide des Tutsi comme l’expression d’une haine ethnique atavique et proactive des Hutu.

L’analyse anthropologique et historique montre que la violence létale de masse est presque toujours réactive (défensive, vengeresse ou instrumentale face à une menace perçue), et très rarement proactive (cruauté gratuite sans déclencheur externe).

Le génocide de 1994 s’inscrit dans un cycle de violence réactive : attaques extérieures (invasion du FPR dès octobre 1990, reprise des hostilités en février 1993 avec capture de territoires comme Ruhengeri et Byumba); représailles internes massives, exacerbées par le chaos, la terreur et les avancées militaires du FPR.

Il s’agit d’un génocide de représailles, déclenché en réaction à la guerre civile et à la perception d’une menace existentielle.

Les faits : L’idée d’un mécanisme d’autodéfense civile émerge après l’attaque du FPR en 1990, mais sa dérive génocidaire s’accélère surtout après la rupture du cessez-le-feu en 1993, lorsque les Hutu comprennent que l’objectif du FPR est la conquête totale du pouvoir.

Comme l’explique Des Forges, le concept d’«autodéfense civile» a été détourné pour mobiliser les civils, sans que la majorité des participants n’ait envisagé initialement une extermination systématique.

Les actions du FPR (invasion, crimes…) exacerbèrent les tensions, favorisèrent  la propagande accusant les Tutsi de complicité avec l’envahisseur, et conduisirent dans le cadre d’une organisation d’auto-défense qui dégénéra, à des massacres de représailles qui, par leur ampleur, ont à raison été qualifiés de génocide.

LE CYCLE HISTORIQUE «ATTAQUE EXTERIEURE – REPRESAILLES INTERNES»

Après la Révolution de 1959-1961, des extrémistes tutsis exilés se désignèrent  comme Inyenzi («cafards»), acronyme signifiant «Ingangurarugo yemeye kuba ingenzi» (membre engagé à la bravoure), et lancèrent des attaques nocturnes contre le nouveau régime.

Chaque agression était suivie de massacres de représailles contre des populations tutsi intérieures.

En 1994, l’assassinat du J. Habyarimana et le chaos créé par l’offensive du FPR transformèrent la réponse de type «massacres de représailles» en génocide.

Aujourd’hui, les circonstances ayant provoqué un génocide de représailles n’existent pas en RDC.

Les FDLR sont affaiblis, avec peu d’anciens FAR ou Interahamwe pas tous  impliqués dans le génocide de 1994.

Kigali persiste à maintenir délibérément le narratif d’une menace idéologique génocidaire persistante, alors que l’idéologie en question n’est plus opérante.

Encore une fois, le génocide de 1994 ne fut pas le produit d’une «idéologie implantée de longue date dans les cerveaux hutu», mais l’amplification disproportionnée d’un cycle habituel attaques / représailles dans un contexte de guerre civile.

Conclusion : Les FDLR ne menacent pas le Rwanda.

(*) Le titre et le chapeau sont de la rédaction

Jean-François Le Drian (CP)

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