En démissionnant de la présidence de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe a évité l’humiliation d’un vote de destitution. Mais ce coup de théâtre, s’il sauve les apparences, plonge la majorité présidentielle dans une crise de succession qui révèle ses fragilités et ouvre une période de recomposition aux enjeux périlleux.
Le jeu politique congolais vient de vivre un de ces coups de théâtre dont il a le secret. La démission de Vital Kamerhe du perchoir de l’Assemblée nationale n’est pas un simple changement de personnel. C’est un séisme qui secoue les fondations de l’Union sacrée de la nation, la majorité au pouvoir.
En jetant l’éponge lundi, Vital Kamerhe a fait bien plus qu’anticiper un verdict incertain : il a habilement brouillé les cartes et mis ses pairs devant leurs contradictions.
La manœuvre est politiquement astucieuse. En partant bien avant que la plénière ne décide de son sort, Kamerhe évite l’humiliation publique d’une destitution. Il se présente en martyr, contrôlant la narration de sa sortie, plutôt qu’en perdant contraint et forcé. Cette décision lui permet de sauver sa dignité, mais aussi de conserver une influence et une capacité de nuisance intactes au sein d’une institution qu’il connaît par cœur.
En agissant ainsi, il retourne la situation : ce n’est plus lui qui est acculé, mais la majorité qui se retrouve prise de court.
Car le vrai problème se pose désormais pour l’Union sacrée. La question « qui remplacera donc Vital Kamerhe au perchoir ? » n’est pas anodine. Elle oblige la coalition hétéroclite du Président Félix Tshisekedi à réfléchir dans l’urgence, et surtout, à trancher dans le vif. Cette succession devient le théâtre de toutes les ambitions, de toutes les rivalités et de tous les calculs. Chaque courant, chaque parti allié va tenter de placer son champion, exposant au grand jour les tensions et les équilibres précaires que la fonction de Kamerhe maintenait sous cloche.
Cette crise de succession est un test décisif pour la solidité de la majorité. Va-t-elle réussir à trouver un consensus rapide autour d’une personnalité fédératrice ? Ou va-t-elle au contraire s’enliser dans des luttes intestines, révélant une fracture béante ?
La démission de Kamerhe n’est donc pas une fin, mais un commencement. Elle ouvre une période d’incertitude et de recomposition politique dont l’issue est loin d’être écrite. Elle rappelle que dans la démocratie congolaise, les équilibres sont fragiles et que le pouvoir se gagne autant dans les urnes que dans le subtil agencement des forces au sein des institutions.
Le prochain visage qui siégera au perchoir devra non seulement incarner l’institution, mais aussi maîtriser l’art délicat de naviguer dans les eaux troubles de la majorité. La suite dépendra de la sagesse, ou de l’appétit, des acteurs en présence.
Econews

