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Ralentissement économique en Chine, quelles conséquences pour l’Afrique (Projet Afrique Chine)

Alors que les exportateurs chinois sont confrontés à des barrières commerciales croissantes ailleurs, le commerce avec l’Afrique a connu une forte augmentation. Graphique via The Atlantic Council/Rhodium Group.

Dans un rapport publié cette semaine, «China’s economic slowdown and spillovers to Africa», le think tank américain Atlantic Council jette un œil sur les conséquences que le ralentissement économique chinois pourrait avoir sur le continent africain. Au cours des deux dernières décennies, la croissance à deux chiffres chinoise a boosté la demande de matières premières en Afrique. Plusieurs pays riches en ressources naturelles étaient devenus les principaux fournisseurs de la Chine de ces ressources. Il en est ainsi du pétrole pour l’Angola, le Soudan et le Nigéria, ou encore du cuivre et du cobalt pour la RDC ou la Zambie.

Et donc avec le ralentissement économique observé en Chine, plusieurs en Afrique et ailleurs se demandent quelles pourraient en être les conséquences pour l’Afrique et particulièrement dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis. Il n’est donc pas question de savoir s’il y aura des retombées mais plutôt de quelle nature seront-elles et comment les décideurs africains devraient s’y préparer.

Le rapport identifie trois trajectoires qui se dessinent pour la Chine d’ici 2030. Dans le scénario du ralentissement prolongé, Pékin renonce à de véritables réformes et s’appuie davantage sur l’investissement industriel pour soutenir son économie, au risque d’aggraver ses déséquilibres internes. Le deuxième scénario est celui du Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit que la Chine continuera de ralentir progressivement, mais demeurera limitée à amortir les chocs.

Et finalement, un troisième, plus optimiste, dans lequel Pékin accepte une période d’ajustement douloureuse — refonte fiscale, renforcement de la consommation, réduction des surcapacités — pour retrouver une croissance plus durable autour de 4 % à l’horizon 2030. Et ce sont ces choix qui détermineront les dynamiques commerciales et financières futures entre la Chine et l’Afrique.

Les exportations africaines vers la Chine

Le premier impact, selon le rapport, sera sur la demande chinoise de produits africains, plus particulièrement de matières premières. Dans le secteur pétrolier, la situation reste préoccupante. La consommation d’hydrocarbures en Chine approche d’un plateau, tirée vers le bas par l’essor des véhicules électriques et le ralentissement industriel. Quel que soit le scénario, les exportateurs africains de pétrole — Angola, Nigeria, Congo — devront composer avec une demande chinoise moins dynamique et des recettes extérieures plus volatiles.

En ce qui concerne le pétrole, les pays africains ne figurent plus parmi les principaux fournisseurs de pétrole de la Chine. Depuis le lancement de la Nouvelle Route de la Soie (Belt and Road Initiative) qui a conduit à une diversification de ses approvisionnements en pétrole, la Chine consomme davantage de pétrole en provenance des régions du golfe, de l’Iran et de la Russie.

À l’inverse, la demande en minerais critiques  demeure un point positif. La Chine continuera d’importer massivement du cuivre, du cobalt, du lithium, du graphite ou encore du manganèse, directement liés à ses ambitions industrielles dans l’énergie propre. Les projets géants comme Simandou pourraient même redessiner les flux mondiaux de minerai de fer.

En ce qui concerne les produits agricoles, rien ne devrait changer de façon substantielle. Les volumes devraient rester marginaux, et ce malgré les différentes mesures prises par Pékin pour encourager les exportations agricoles africaines en direction de la Chine. Cependant dans un contexte où la Chine s’engage dans des réformes, la situation pourrait mais pourrait changer positivement.

Même si la Chine s’engage dans un processus de réformes qui encouragera la consommation intérieure et la demande extérieure, il faudra encore que l’Afrique soit en mesure de produire d’abord suffisamment pour se nourrir, puis pour être capable d’exporter vers la Chine. Il en est de même pour les produits manufacturiers africains.

LES EXPORTATIONS CHINOISES VERS L’AFRIQUE

Le deuxième secteur qui sera impacté sera celui des exportations chinoises vers l’Afrique. Dans le premier scénario où l’économie chinoise continue son ralentissement, les exportations chinoises vers l’Afrique – produits manufacturés, panneaux solaires, acier, véhicules électriques, machines, équipements – pourraient bien augmenter, en posant davantage de problèmes pour les producteurs africains. Dans un contexte de guerre commerciale avec l’Europe et les États-Unis, l’Afrique pourrait bien être la principale destination de cette surproduction chinoise. Cependant, dans un scénario réformateur, en réduisant ces excédents, on offrirait un environnement plus respirable pour les ambitions d’industrialisation africaine.

Le rapport identifie les exportations de produits chinois, tels que les panneaux solaires et les véhicules électriques, vers l’Afrique comme un danger pour les producteurs africains. Cependant en regardant le paysage industriel africain, très peu de pays sont en position de produire localement ces produits. Par contre, les exportations de ces excédents, surtout des produits technologiques, pourraient bien profiter au continent en lui donnant accès à de nouvelles technologies mais à des prix accessibles.

LES FLUX FINANCIERS

Finalement, il y a le domaine des flux financiers. Les prêts chinois ne retrouveront pas leur niveau passé, mais pourraient connaître un léger rebond, ciblé sur les projets stratégiques. Les secteurs miniers pourraient en être les principaux bénéficiaires.

Les investissements directs demeureront dynamiques, notamment dans les mines, les infrastructures et l’industrie. Une Chine réformatrice pourrait même encourager davantage de délocalisations industrielles vers l’Afrique.

Le rapport conclut. L’avenir dépendra fortement de la voie que choisira Pékin. Une Chine en stagnation accroîtrait la pression concurrentielle et réduirait certaines opportunités commerciales, tandis qu’une Chine réformatrice ouvrirait davantage la voie à une industrialisation africaine et à une demande plus stable de produits africains. En un mot : l’Afrique a le plus à gagner d’une Chine qui se réforme, même si la transition promise sera longue, mouvementée et inégale.

FLOW DES INVESTISSEMENTS DIRECTS CHINOIS EN AFRIQUE EN 2024

En 2024, l’Afrique du Sud (594 millions USD), le Mozambique (408 millions USD), le Niger (365 millions USD), l’Algérie (359 millions USD) et l’île Maurice (357 millions USD) ont été les principales destinations des investissements directs chinois en Afrique. Ce sont les conclusions publiées par la China Africa Research Initiative (CARI) de l’université Johns Hopkins, aux États-Unis, qui a mis à jour ses données sur le flux et le stock des investissements directs chinois en Afrique.

La position de l’Afrique du Sud, du Mozambique et du Niger ne surprend pas. L’Afrique du Sud, grâce à son tissu économique et industriel, attire de nombreuses entreprises chinoises qui évoluent dans plusieurs secteurs. Elle est aussi le premier partenaire économique de la Chine en Afrique depuis plusieurs années. Quant au Niger, les investissements pétroliers la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont certainement été les principales sources de ces investissements. Cependant avec les relations qui se sont tendues entre la CNPC et la junte au pouvoir, les données de 2025 devraient peindre un tableau différent.

La grande surprise de cette liste est sans doute l’île Maurice, la petite île de l’océan Indien qui se hisse à la cinquième place. Deborah Brautigham, l’une des plus grandes expertes sur les questions de financement chinois, explique cette position en précisant qu’il s’agit davantage de «la consolidation de la place de l’île comme plateforme financière pour les entreprises offshore». Ce qui aura pour conséquence que les capitaux provenant de Chine ou des États-Unis, mais transitant par Maurice, seront comptabilisés dans les statistiques internationales comme des investissements « mauriciens, et non comme chinois ou américains.»

En termes de stocks des IDE, les IDE chinois, 43,8 milliards USD, sont légèrement en deçà des américains qui s’élèvent à 47,4 milliards USD.

Dans le classement des cinq principales destinations africaines des flux d’investissements chinois, seule l’Afrique du Sud figure également parmi les cinq premiers partenaires commerciaux de la Chine sur le continent. En revanche, si l’on regarde le top 5 des stocks d’IDE chinois en Afrique, l’Afrique du Sud y côtoie la République démocratique du Congo, l’Égypte et l’Angola — trois pays qui faisaient partie des cinq principaux partenaires commerciaux de la Chine en 2024.

Avec projetafriquechine.com