La République démocratique du Congo intensifie sa lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes à destruction massive, dans un contexte où le pays ambitionne une sortie accélérée de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).
Pour atteindre cet objectif stratégique, le gouvernement adopte désormais une approche inclusive en intégrant un acteur longtemps marginalisé dans ce combat : la presse.
C’est dans cette perspective que le ministère des Finances a organisé, jeudi 23 novembre 2025, au Centre financier de Kinshasa, une session de formation de haut niveau à l’intention des professionnels des médias. Une initiative qui marque un virage majeur dans la stratégie nationale de conformité aux standards internationaux.
Une loi renforcée pour un cadre plus strict
Au centre de cette formation se trouvait la vulgarisation de la loi n°22/062 du 27 décembre 2022, modifiée le 1ᵉʳ juillet 2025.
Ce texte constitue aujourd’hui le socle juridique de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les activités liées à la prolifération des armes à destruction massive.
Ces améliorations législatives rapprochent progressivement la RDC des exigences imposées par le GAFI et les organisations régionales telles que le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (GABAC).
« Le blanchiment est une menace systémique pour l’économie »
Devant un parterre de journalistes, David Fidami, Expert Senior du Cabinet IUS, a insisté sur la nature profondément corrosive du blanchiment de capitaux.
Selon lui, il s’agit d’un phénomène aux ramifications multiples, qui dépasse largement le cadre juridique :
« Le blanchiment de capitaux n’est pas un simple problème technique. C’est une menace directe pour l’économie formelle, la transparence publique et la stabilité institutionnelle. Lorsqu’il n’est pas combattu, il contamine tous les secteurs de la société. »
L’expert a également passé en revue les techniques de blanchiment, depuis l’introduction des fonds illicites dans les circuits financiers jusqu’à leur intégration dans l’économie légale, en insistant sur les réseaux informels comme la méthode Hawala, système de transferts souvent utilisé dans des circuits opaques difficiles à tracer.
La Task Force gouvernementale réaffirme la volonté politique de réforme
Le ministère des Finances était représenté par Me Maurice Lipemba, membre de la Task Force chargée de conduire la RDC vers la conformité aux normes internationales.
Il a souligné les « avancées significatives » réalisées grâce au travail du CONASAFIC et au leadership politique du ministre des Finances :
« La RDC reste sous surveillance renforcée, mais les progrès accomplis sont réels. Nous sommes aujourd’hui plus proches que jamais d’une sortie de la liste grise. »
La présence du gouvernement et des experts confirme la priorité nationale accordée à la lutte contre la criminalité financière, devenue une exigence incontournable pour renforcer la crédibilité du pays sur la scène internationale.
Les médias, un nouvel acteur stratégique dans la lutte contre la criminalité financière
Au-delà des aspects techniques, cette session a mis en lumière un changement profond dans la stratégie nationale : l’implication active des médias, considérés comme un maillon essentiel du dispositif.
Les formateurs ont insisté sur trois missions clés confiées aux journalistes :
- Informer et vulgariser les réformes juridiques et institutionnelles ;
- Dénoncer et contrer les dérives financières par des enquêtes documentées ;
- Sensibiliser l’opinion publique afin de créer une culture nationale de transparence.
En renforçant les compétences des journalistes, le gouvernement entend créer une « écosystème de vigilance » où la presse joue un rôle de contre-pouvoir et de relais pédagogique, permettant de réduire les risques de vulnérabilité du pays.
Adapter les normes internationales au contexte congolais
Les échanges ont également porté sur le rôle stratégique du GABAC, qui accompagne les États d’Afrique centrale dans l’adaptation des standards du GAFI.
Dans un pays aussi vaste que la RDC, avec une forte informalité économique, des zones enclavées, et des défis sécuritaires persistants, la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme nécessite des mécanismes innovants, contextualisés et résolument ancrés dans la réalité locale.
Vers une nouvelle culture de transparence en RDC
Pour Kinshasa, l’objectif est clair : assainir durablement l’environnement économique national et restaurer la confiance des partenaires internationaux.
En formant les journalistes, en renforçant les lois et en mobilisant les institutions, le pays veut envoyer un message fort :
La RDC s’engage à se conformer pleinement aux standards mondiaux de gouvernance financière.
Cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation, visant à protéger le système financier, améliorer l’attractivité économique et prévenir les risques liés aux réseaux criminels et aux financements illicites.
Tighana MASIALA

