Le secteur de l’Éducation nationale amorce une phase de restructuration profonde. À travers des sanctions administratives ciblées, la réforme de la prime de gratuité et un audit rigoureux du fichier de paie, la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, engage une démarche d’assainissement visant à restaurer la transparence et la crédibilité de la gestion publique. Loin d’être une initiative conjoncturelle, cette dynamique s’inscrit dans une volonté affirmée de sécuriser les rémunérations des enseignants, de rationaliser les effectifs et de consolider les acquis de la gratuité de l’enseignement en République démocratique du Congo. Dans un contexte marqué par des résistances et des tensions internes, ces mesures apparaissent, pour leurs partisans, comme une étape nécessaire vers une gouvernance plus rigoureuse, plus responsable et plus équitable du système éducatif.
Prime de gratuité : intégration et controverse
Au cœur des débats figure la prime de gratuité de l’enseignement. Contrairement aux accusations relayées sur les réseaux sociaux, le ministère assure que celle-ci n’a pas été supprimée ni réduite, mais intégrée directement dans le salaire des enseignants.
Jusqu’ici logée dans les frais de fonctionnement des établissements et administrée localement, cette prime aurait souffert d’irrégularités : retards, disparités de traitement et gestion opaque. Son intégration dans le circuit officiel de la paie de l’État vise, selon les autorités, à sécuriser et régulariser son versement.
Sanctions et audit à la DINACOPE
Dans la foulée, des sanctions ont frappé la Direction nationale de la préparation de la paie (DINACOPE). Le directeur national ainsi que son adjoint chargé du système d’information ont été suspendus pour des incohérences informatiques liées au traitement des salaires.
Un audit administratif et physique a également été lancé, en collaboration avec les services compétents, y compris la Présidence de la République. L’objectif affiché : clarifier les effectifs, identifier d’éventuelles anomalies et renforcer la transparence dans la gestion des ressources humaines.
Revalorisation salariale et rajeunissement du corps enseignant
Parallèlement, le ministère met en avant une augmentation salariale de 100 000 francs congolais en faveur des enseignants. Mille enseignants admis à la retraite ont quitté le service après avoir perçu leurs indemnités de sortie, estimées à plus de 10 000 dollars américains chacun. Ils ont été remplacés par de nouveaux enseignants, dans une logique de rajeunissement et de redynamisation du corps éducatif.
Infrastructures : accélération des constructions
Sur le plan des infrastructures, 1 384 écoles auraient été construites au cours de l’exercice 2025. Ces nouvelles structures visent à absorber l’afflux d’élèves consécutif à la politique de gratuité de l’enseignement primaire, devenue un pilier des réformes sociales en RDC.
Entre assainissement et tensions
Malgré ces annonces, la contestation persiste dans certains milieux administratifs et syndicaux. Des motions et prises de position publiques traduisent un malaise face à la rapidité et à la méthode des changements engagés.
Pour les partisans de la réforme, ces résistances s’expliquent par la fin de pratiques jugées opaques. Pour les critiques, elles soulèvent des interrogations sur la gouvernance et la concertation.
Quoi qu’il en soit, la séquence actuelle met en lumière la complexité de transformer un secteur stratégique. Entre volonté d’assainissement, impératif de transparence et tensions internes, l’Éducation nationale demeure un champ central des enjeux politiques et sociaux en République démocratique du Congo.
Tighana MASIALA

