Sous la pression directe de Washington, le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, s’apprête à signer cette semaine un accord de paix avec Paul Kagame, malgré l’absence de retrait des troupes rwandaises et la persistance des avancées du M23. Une rencontre annoncée comme historique, mais que nombre d’analystes assimilent déjà à une capitulation diplomatique : Kinshasa n’obtient aucun de ses préalables, le Rwanda maintient ses exigences, et le terrain reste inchangé. Une paix de façade, qui sent la compromission plus que la résolution durable du conflit dans les Grands Lacs.
La ligne rouge est franchie. Contraint et forcé par la pression diplomatique américaine, le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’apprête à se rendre à Washington ce 4 décembre pour signer un accord de paix avec le Rwanda de Paul Kagame. Une rencontre historique, probablement orchestrée sous les auspices du président américain Donald Trump, qui vise à apaiser les tensions chroniques dans la région des Grands Lacs. Mais à Kinshasa, cette annonce est accueillie comme une capitulation, une « paix qui sent la compromission ».
L’annonce de cette signature sonne comme un aveu d’échec pour la diplomatie congolaise. Tous les préalables posés par Kinshasa, au premier rang desquels figurait le retrait des troupes rwandaises du sol congolais, ont été purement et simplement balayés d’un revers de main par l’administration américaine. Pendant ce temps, sur le terrain, la rébellion du M23, largement considérée comme soutenue par Kigali, continue de contrôler de vastes territoires dans l’Est de la RDC.
LA LOI DU PLUS FORT
«Nous avons capitulé », lâche, deçu, un analyste politique congolais sous couvert d’anonymat. «On a tout cédé au Rwanda. La RDC ne gagne rien de cet Accord. Tout ce qu’il a posé comme préalable n’a pas été pris en compte. C’est le prix à payer quand on est faible ».
Cette analyse rejoint la célèbre fable de La Fontaine : « La loi du plus fort est toujours la meilleure ». Une réalité qui semble s’imposer cette semaine à Washington.
Le professeur Bob Kabamba, enseignant de sciences politiques à l’Université de Liège, en Belgique, partage ce pessimisme. Il résume l’impasse actuelle : « D’une part, il y a le fait que le Congo veut conditionner la suite du programme de mise en œuvre de Washington par le retrait des mesures défensives du Rwanda. Du côté rwandais, eux, disent qu’il est impératif que le Congo neutralise les FDLR [rebelles hutu rwandais] pour que le Rwanda puisse arrêter ses forces défensives. Rien que pour cette étape, on n’est encore nulle part ».
UN ACCORD SANS IMPACT SUR LE TERRAIN ?
La situation sur le front militaire ne montre aucun signe d’amélioration. Aucune des deux parties n’a satisfait aux exigences de l’autre, et les accusations mutuelles de bloquer le processus de paix continuent de fuser. Kigali a récemment accusé Kinshasa de retarder la signature, une accusation vivement rejetée par le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya.
«Nous l’attendons [le Rwanda] sur le terrain du respect de ses engagements », a déclaré Patrick Muyaya à la Deutsche Welle, appelant chaque partie à « faire le point sur les avancées dans ses engagements ».
Un discours qui contraste avec l’empressement affiché pour la cérémonie de Washington.
Pour le professeur Bob Kabamba la signature de jeudi risque d’être un coup d’épée dans l’eau : «Même si on peut signer à Washington, ce qu’on va signer n’aura aucun impact sur le reste du processus de conflit sur le terrain ».
L’OMBRE DE L’INTEGRATION ECONOMIQUE
Parmi les documents qui devraient être paraphés figure un accord-cadre d’intégration économique, dont l’importance a été soulignée par le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe. Ce cadre prévoit des investissements conjoints dans divers secteurs économiques.
Alors que les capitales congolaise et rwandaise se préparent pour cette journée décisive, la question reste entière : cet accord, signé sous pression et sans garanties pour Kinshasa, marquera-t-il le début d’une ère nouvelle ou n’étouffera-t-il que temporairement un conflit prêt à renaître à la première étincelle? Pour beaucoup en RDC, la paix ne peut être durable que si elle est juste, et non imposée.
Econews

