Accusé depuis l’étranger, le pouvoir contre-attaque. Après les déclarations de Matata Ponyo sur TV5 Monde dénonçant une prétendue « justice tribale », le gouvernement congolais a choisi de riposter sans détour. Sur le plateau de Perfect TV, le porte-parole Patrick Muyaya a fustigé un « fugitif sans leçon à donner » et renvoyé l’ancien Premier ministre à son propre bilan, affirmant que le régime Kabila, auquel Matata a longtemps appartenu, incarnait un tribalisme bien plus assumé que celui qu’il reproche aujourd’hui au pouvoir Tshisekedi.
La scène politique congolaise est de nouveau le théâtre d’un vif échange, à distance, entre le pouvoir actuel et une figure de l’ancien régime. En réponse aux critiques formulées par l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo depuis son exil européen, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a répliqué avec fermeté sur la chaîne Perfect TV, défendant l’action du président Félix Tshisekedi et renvoyant l’accusation de tribalisme à l’ère Kabila.
L’origine de la polémique remonte à une interview de Matata Ponyo accordée à TV5 Monde. L’ancien chef du gouvernement, condamné par la Cour constitutionnelle dans l’affaire du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo et actuellement en fuite pour éviter l’exécution de cette décision de justice, avait entre autres dénoncé une justice à caractère « tribal » sous l’actuel régime.
Une attaque que Patrick Muyaya a vivement rejetée, en s’attaquant d’abord à la légitimité de son contradicteur. « Matata Ponyo est un fugitif qui n’a aucune leçon à donner aux Congolais », a-t-il lancé d’un ton sans équivoque, rappelant que l’élu de Kindu (Maniema) « s’est soustrait à la Justice » après sa condamnation.
Le cœur de la réplique : la comparaison des régimes
La réponse de Muyaya est allée bien au-delà de la forme pour s’attaquer au fond. Contre l’accusation de tribalisme, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement a retourné l’argument. « Le régime Kabila était bien plus tribaliste que le régime Tshisekedi », a-t-il affirmé catégoriquement.
Pour étayer sa déclaration, Patrick Muyaya a invoqué la composition des gouvernements et l’attribution des postes de commande sous les deux présidences. « La composition du Gouvernement ainsi que l’attribution des postes clés en sont une illustration éloquente », a-t-il soutenu, sous-entendant que sous Joseph Kabila, ces nominations étaient bien plus marquées par un favoritisme ethno-régional qu’à l’heure actuelle.
Cette réplique s’inscrit dans un débat récurrent en République Démocratique du Congo, où la question de l’équilibre régional et de la représentativité dans les institutions est extrêmement sensible. Le pouvoir actuel de Félix Tshisekedi se présente régulièrement comme plus inclusif et plus soucieux d’une représentativité nationale que le précédent.
Le véritable enjeu : la fuite des responsabilités
Le plus accablant dans cet échange n’est pas la violence des mots, mais leur vacuité. Pendant que Muyaya et Matata se renvoient la balle du tribalisme, des millions de Congolais attendent des réponses sur les sujets qui déterminent leur survie : l’inflation galopante, la guerre qui dévore l’Est, les services sociaux en déliquescence.
Le fait que Matata, empêtré dans ses propres affaires judiciaires, se pose en moraliste, et que le gouvernement réplique en exhumant les péchés du passé, révèle un profond mépris pour l’intelligence des citoyens. On les invite à choisir leur camp dans une guerre mémorielle, plutôt qu’à exiger des comptes sur le présent.
Ce dialogue de sourds, où chacun pointe l’autre du doigt, est la parfaite illustration de l’impasse. La RDC n’a pas besoin d’une cour des comptes du tribalisme, mais d’une justice indépendante qui jugerait les dossiers, comme celui de Bukanga Lonzo, sur le fond, et d’un exécutif qui cesserait de se cacher derrière les fautes des autres pour masquer les siennes.
La leçon est amère : dans l’arène politique congolaise, il est toujours plus rentable d’accuser l’adversaire d’hier que de présenter un projet pour demain. Et le peuple, une fois de plus, est pris en otage dans ce duel stérile où les pierres sont lancées depuis des maisons de verre.
Econews

