L’économie congolaise a frôlé la surchauffe, non pas à cause des marchés, mais par un court-circuit entre le régulateur et les opérateurs. En choisissant la voie de l’apaisement face à une Fédération des entreprises du Congo (FEC) vent debout contre la réforme de la facture normalisée, Judith Suminwa Tuluka vient de réaffirmer une vérité essentielle : en matière de réformes, la force du texte ne vaut rien sans l’adhésion de ceux qui l’appliquent.
Le bras de fer était devenu dangereux. D’un côté, la volonté légitime du Ministre des Finances, Doudou Fwamba, de moderniser la collecte fiscale et de lutter contre la fraude via la facture normalisée. De l’autre, un secteur privé dénonçant une mise en œuvre brutale, perçue comme un arbitraire administratif risquant de gripper l’activité en pleine période de fin d’année. Le spectre d’un conflit ouvert entre l’État et les créateurs de richesse menaçait directement le panier de la ménagère.
En convoquant le Cadre de dialogue public-privé, la Première ministre a agi en véritable sapeur-pompier de l’économie. Sa démarche ne doit pas être interprétée comme un recul de l’autorité de l’État, mais comme un exercice de réalisme politique. Le score de 37 % au baromètre du climat des affaires en 2023 est un rappel cinglant : la RDC reste un terrain difficile pour l’investissement. Dans ce contexte, imposer des réformes sans un accompagnement pédagogique et technique sur le terrain revient à construire un édifice sur du sable.
Le message du président de la FEC est clair : la volonté politique est là, mais c’est l’exécution qui blesse. L’engagement de la Cheffe du Gouvernement à privilégier des « concertations sectorielles » montre que le diagnostic est posé. On ne peut pas transformer l’économie nationale par de simples décrets; il faut une transition fluide, une écoute active et, surtout, de la prévisibilité.
Ce retour au dialogue permanent est une victoire pour la stabilité sociale. En désamorçant cette crise, Judith Suminwa protège non seulement le pouvoir d’achat des Congolais en cette période festive, mais elle envoie aussi un signal fort aux partenaires extérieurs : en RDC, le Gouvernement sait écouter ses partenaires sociaux pour mieux réformer.
La paix est signée, les promesses sont faites. Il reste maintenant à transformer ce climat de confiance retrouvé en résultats concrets. Car si le dialogue apaise, seule l’efficacité des réformes nourrira la croissance de demain.
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