Le sommet sur la sécurité tenu à Kigali sonne comme un camouflet pour Kinshasa. Alors que l’accord signé à Washington le 4 décembre 2025 laissait entrevoir un repositionnement stratégique en faveur de la RDC, les États-Unis et Israël semblent désormais faire du Rwanda leur point focal en Afrique. Sous le thème de « l’alignement des États-Unis, d’Israël, de l’Afrique et du nouveau Moyen-Orient », la rencontre a esquissé une architecture sécuritaire où Kigali jouerait le rôle de relais privilégié sur le continent, reléguant Kinshasa au second plan. Une reconfiguration diplomatique qui interroge sur la portée réelle des promesses faites à la RDC.
C’est ce qui s’apparente de plus en plus à une douche froide pour la diplomatie congolaise. Alors que l’accord bilatéral signé à Washington, le 4 décembre 2025, avec les États-Unis avait été présenté par certains comme une avancée majeure vers un partenariat stratégique renforcé, la réunion qui s’est tenue mercredi à Kigali révèle une tout autre réalité.
Sous le thème évocateur de « L’alignement des États-Unis, d’Israël, de l’Afrique et du nouveau Moyen-Orient », des représentants américains, israéliens et africains se sont en effet retrouvés dans la capitale rwandaise pour dessiner les contours de la coopération sécuritaire de demain sur le continent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Rwanda s’est taillé la part du lion.
Kigali, nouvelle porte d’entrée de l’axe Washington-Tel-Aviv en Afrique
L’objectif de cette conférence, rapporté par le média Times of Israel, ne laisse aucune place au doute. Les organisateurs ont clairement indiqué vouloir positionner l’Afrique « comme la prochaine frontière dans le renforcement de la coopération stratégique entre les États-Unis et Israël», ajoutant un détail qui a dû faire grincer des dents à Kinshasa : « Avec le Rwanda comme partenaire privilégié».
Ce statut de « partenaire privilégié » place Kigali au cœur d’un dispositif où les rôles sont clairement répartis : les États-Unis apportent leur « expérience stratégique et leur leadership mondial »; Israël met à disposition son expertise sécuritaire de pointe et sa capacité d’innovation technologique ; le Rwanda est érigé en « partenaire clé » et en « relais vers les autres pays africains ».
Pour donner de l’épaisseur à cette rencontre, les organisateurs ont pu compter sur la participation à distance de poids lourds de la politique américaine, à l’instar du sénateur républicain Ted Cruz, de la sénatrice démocrate Jacky Rosen, et de Robert O’Brien, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump.
Un sommet aux antipodes des intérêts congolais
Au-delà de la simple désignation d’un partenaire, ce sont les thématiques abordées qui posent question. Quatre tables rondes ont rythmé le sommet, abordant les « Fondements stratégiques » de cette nouvelle alliance, la « Dynamique de sécurité régionale » (avec la participation notable du ministre rwandais des Affaires étrangères), ou encore l’innovation à travers le modèle de la « Start-Up Nation » israélienne.
Autant de sujets qui touchent directement aux défis sécuritaires de la région des Grands Lacs, où la RDC fait face à une crise chronique dans sa partie Est, avec un voisin rwandais régulièrement accusé par l’ONU de soutenir la rébellion du M23. En faisant de Kigali le point focal de la stabilité future en Afrique, Washington et Tel-Aviv envoient un signal diplomatique fort, qui semble faire fi des tensions persistantes entre le Rwanda et la RDC.
L’accord de Washington, simple « somnifère » ?
Pour de nombreux observateurs de la vie politique congolaise, la messe est dite. L’accord de Washington du 4 décembre 2025, qui avait suscité quelques espoirs d’un rapprochement stratégique, n’aura été qu’un « bon somnifère administré à Kinshasa ». Une formule choc qui résume le sentiment d’avoir été berné : le temps que la RDC savoure ce qu’elle croyait être une victoire diplomatique, les véritables alliances se nouaient ailleurs, avec son principal rival régional.
Ce choix de Kigali comme hub sécuritaire interroge sur la vision qu’ont les États-Unis et Israël de la stabilité en Afrique centrale. En consacrant le Rwanda comme « relais » vers le reste du continent, ils placent un pays accusé de déstabiliser ses voisins au centre du dispositif de lutte contre l’insécurité régionale. Un paradoxe qui risque d’alourdir encore un peu plus le climat de défiance dans une région qui en compte déjà trop.
Pour l’heure, Kinshasa n’a pas officiellement réagi à ce sommet de Kigali. Mais dans les allées du pouvoir, l’heure est à la réévaluation d’une relation américaine qui, décidément, semble toujours promettre monts et merveilles sans jamais les livrer.
Hugo Tamusa

