L’effervescence de l’African Mining Indaba de cette année a été marquée par une mise au point musclée, mais nécessaire, de la délégation congolaise. Face aux rumeurs d’une « vente » en bloc des ressources nationales à l’Oncle Sam, Kinshasa a choisi la voie de la fermeté diplomatique et de l’ambition économique.
L’enjeu est colossal : la République Démocratique du Congo n’est plus simplement un réservoir de matières premières ; elle se rêve désormais en « Arabie Saoudite des métaux critiques ».
Le message du Ministre des Mines, Louis Watum, est limpide : la RDC ne cède rien, elle négocie. L’Accord signé avec Washington en décembre dernier n’est pas un acte de vente, mais un cadre stratégique.
En rappelant que le Code minier congolais reste la seule boussole, Kinshasa cherche à rassurer une opinion publique nationale et internationale souvent échaudée par des décennies de contrats opaques.
L’approche présentée par le Vice-Premier Ministre Daniel Mukoko Samba est, elle aussi, révélatrice d’un changement de paradigme. Ce n’est plus l’investisseur qui impose sa vue, mais la RDC qui soumet une liste de projets stratégiques à l’examen. Un rapport de force qui tente de s’équilibrer.
Alors que la guerre froide technologique entre les États-Unis et la Chine se cristallise autour du cobalt, du lithium et du coltan, Kinshasa refuse de se laisser enfermer dans un choix binaire.
« Il y a de la place pour tout le monde », martèle Louis Watum.
Cette neutralité pragmatique est un luxe que seule une nation détenant 76 % de la production mondiale de cobalt peut s’offrir. En affirmant que seulement 10 % de ses ressources sont exploitées, la RDC se positionne comme le pivot incontournable de la transition énergétique mondiale, de l’intelligence artificielle et de l’industrie de défense.
Pourtant, au-delà des discours de salon à Cape Town, le véritable test Kinshasa reste domestique. Transformer cette rente géologique en éducation, en emplois et en développement pour 120 millions d’habitants est le défi d’une génération.
Si la RDC veut réellement imiter le succès de l’Arabie Saoudite des années 1980, elle devra transformer ses minerais sur son sol, créer de la valeur ajoutée et, surtout, pacifier durablement l’Est du pays — un point d’ailleurs central de l’accord avec les Américains.
En résumé, la RDC a profité de Mining Indaba pour rappeler au monde qu’elle est consciente de sa position. Elle ne veut plus être le terrain de jeu des puissances, mais l’arbitre d’un marché dont elle détient les clés.

