Il fut un temps où l’on chantait «Kin la belle » avec fierté. Une ville vibrante, bouillonnante, chaotique peut-être, mais vivante. Aujourd’hui, le refrain a changé : Kinshasa n’est plus une métropole pleine de promesses, mais une ville-poubelle où l’insalubrité s’étale, où les embouteillages rappellent chaque jour que le temps des Kinois n’a aucune valeur aux yeux de leurs dirigeants.
Vivre dans la capitale congolaise est devenu un combat quotidien. Se déplacer relève de la corvée. Y travailler, un marathon. Y respirer, un défi.
Kinshasa est le miroir de la RDC. Et ce miroir est fêlé. La ville est abandonnée à elle-même. Les immondices s’accumulent, les routes sont impraticables, les carrefours deviennent des trappes à automobilistes.
Face à ce chaos, l’autorité urbaine semble absente. Le Gouverneur, censé être le premier garant de l’ordre, de la propreté et de la mobilité, brille trop souvent par son absence… ou par son impuissance.
À quoi sert un pouvoir local si, au cœur de la capitale, il ne peut ni organiser la circulation, ni assurer la salubrité, ni protéger la population contre cette dégradation accélérée ?
La vérité, aussi crue soit-elle, est que Kinshasa est mal gouvernée. Les Kinois ne méritent pas ce laisser-aller devenu presque institutionnel.
Kinshasa n’est pas une ville comme les autres. C’est la capitale, la vitrine politique, économique et morale du pays. Elle porte l’image du Congo à l’extérieur et incarne le quotidien de près de 15 millions d’habitants.
Laisser cette ville s’enfoncer, c’est envoyer un message clair : la dégradation peut devenir la norme.
Le Président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions, ne peut plus ignorer l’effondrement de sa propre capitale. Jusqu’à quand laissera-t-il Kinshasa dériver dans un gouffre que chacun constate, mais que peu semblent prêts à affronter ?
Changer de gouvernance n’est plus un luxe. C’est une urgence nationale.
Kinshasa a besoin d’un sursaut : d’une gouvernance urbaine pragmatique et présente; d’une politique de salubrité soutenue, appliquée et contrôlée; d’un plan réaliste de mobilité urbaine; et, surtout, d’un leadership qui n’a pas peur de rendre des comptes.
Laisser la capitale pourrir n’est pas seulement une question d’esthétique ou de confort : c’est une question de dignité, de santé publique, de sécurité et de crédibilité.
Kinshasa n’est plus «Kin la belle ». Mais elle peut le redevenir. À condition que ceux qui en ont la charge cessent enfin de détourner le regard.
Econews

