
Alors que Kinshasa multiplie les assurances sur l’évolution favorable de la riposte, les signaux venus du front épidémique invitent à davantage de prudence. Africa CDC affirme que la transmission reste active et que les progrès demeurent inégaux. La convocation, par Washington, d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 consacrée à Ebola, le 23 septembre à New York, rappelle surtout que la bataille est loin d’être terminée.
L’optimisme affiché par les autorités congolaises doit encore composer avec une réalité épidémiologique beaucoup plus exigeante. Certes, des signes encourageants apparaissent dans certaines zones d’Ituri. Mais Africa CDC vient de rappeler que la transmission du virus Ebola demeure active en RDC, appelant les partenaires à renforcer la riposte plutôt qu’à la relâcher.
Ce rappel intervient alors que les États-Unis ont décidé de réunir, le 23 septembre à New York, les ministres des Affaires étrangères du G20 autour de la lutte contre Ebola. La rencontre, organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, réunira les membres du G20, des pays donateurs, les gouvernements concernés et plusieurs organisations internationales. La RDC et l’Ouganda sont également attendus à cette rencontre.
Une mobilisation internationale qui en dit long
La convocation de cette réunion au plus haut niveau diplomatique constitue un signal important.
Alors que l’Ouganda a officiellement déclaré la fin de son épidémie le 27 août, la situation congolaise reste suffisamment préoccupante pour justifier une mobilisation internationale renforcée. Africa CDC souligne que les progrès observés dans certaines zones ne doivent pas masquer la persistance de la transmission et le risque d’une nouvelle expansion géographique.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déjà documenté cette progression.
Le dernier rapport de situation de la Task Force présidentielle Ebola 17, daté du 19 septembre 2026, fait état d’un cumul national de 7.614 cas confirmés de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, dont 3.676 décès, soit un taux de létalité de 48,3 %.
L’épidémie touche désormais sept (7) provinces et 63 des 167 zones de santé du pays (37,7 %). Sur ce total, 1.864 patients ont été déclarés guéris et 909 demeurent actuellement en isolement ou en centre de traitement.
Au cours des seules dernières 24 heures, 73 nouveaux cas et 37 décès supplémentaires ont été enregistrés, tandis que le suivi des contacts reste stable à 87,8 %.
Ces données donnent une autre dimension au débat sur le degré de contrôle de l’épidémie.
Des progrès, mais pas encore la victoire
L’OMS elle-même apporte une nuance importante. Le 16 septembre, son Directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, reconnaissait des signes encourageants, notamment une baisse de la transmission dans les zones les plus affectées de l’Ituri, l’absence de nouveaux cas au Sud-Kivu depuis mai et plus de 1.700 guérisons. Mais il soulignait parallèlement que des défis importants demeuraient.
Autrement dit, la courbe peut évoluer favorablement sans que l’épidémie soit pour autant considérée comme définitivement maîtrisée.
C’est précisément sur ce terrain que le Gouvernement est attendu : maintenir la pression jusqu’à l’interruption effective de toutes les chaînes de transmission.
Africa CDC : « Il faut intensifier, pas relâcher »
Le message du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies est particulièrement clair.
Pour l’agence de l’Union africaine, les acquis doivent être consolidés et les interventions renforcées dans les zones où la transmission persiste ou augmente. Le moment est à l’intensification de la riposte, pas au relâchement, insiste Africa CDC.
Cette position rejoint l’alerte formulée en août par Africa CDC et l’OMS, qui estimaient que, dans certaines zones de l’Est congolais, l’épidémie progressait plus rapidement que la riposte et appelaient à renforcer urgemment la détection, le suivi des contacts, la prise en charge et l’accès des communautés aux soins.
La réunion du 23 septembre à New York devrait donc constituer un nouveau rendez-vous majeur pour la mobilisation des ressources et la coordination internationale.
Africa CDC entend notamment y plaider pour une accélération du financement et une traçabilité complète des ressources, du donateur jusqu’aux dépenses et aux résultats obtenus dans les communautés affectées.
L’enjeu est de taille pour la RDC : maintenir les équipes sur le terrain, renforcer la surveillance, assurer la prise en charge des malades, protéger les personnels de santé et empêcher que de nouvelles zones ne basculent dans la transmission active.
La vigilance doit rester maximale
Le débat ne devrait donc pas opposer optimisme et pessimisme, mais résultats et vigilance. Les progrès enregistrés sont réels et méritent d’être consolidés. Mais les données disponibles montrent également que l’épidémie continue de faire des victimes et de s’étendre géographiquement.
Washington mobilise le G20, Africa CDC appelle à accélérer la riposte et l’OMS continue de relever des défis importants : autant de signaux qui imposent à Kinshasa de maintenir la mobilisation jusqu’à la fin effective de la transmission. Car dans une épidémie d’Ebola, une amélioration de la situation ne signifie pas encore la fin de la bataille. La véritable victoire ne pourra être proclamée qu’après l’interruption durable des chaînes de transmission.
Econews


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