«Trop d’impôts tue l’impôt.» Jamais cet adage n’aura été aussi criant de vérité qu’en République Démocratique du Congo aujourd’hui. Alors que le pays cherche la voie de l’émergence, un sondage réalisé par Les Points dans les grandes métropoles du pays dresse un tableau alarmant d’une population à bout de souffle. Entre la flambée des denrées alimentaires (constatée par 85 % des personnes interrogées) et la multiplication incontrôlée des taxes parfois illégales, ce sont 76 % des Congolais qui déclarent vivre dans une précarité extrême. Plus qu’un simple cri d’alarme, cette enquête révèle le fossé grandissant entre les instructions présidentielles de réforme et la réalité du terrain, où l’initiative privée est quotidiennement asphyxiée par un harcèlement fiscal que 84 % des répondants jugent toujours aussi oppressant. Sondage
«Asphyxie économique en RDC : quand la prolifération des taxes étouffe la population »
Face à la flambée persistante des prix des produits de première nécessité en République démocratique du Congo (RDC), une large frange de la population vit aujourd’hui une véritable asphyxie économique. En cause : une fiscalité jugée excessive, opaque, désorganisée et parfois illégale.
Un récent sondage réalisé auprès de citoyens et d’opérateurs économiques met en lumière une détresse sociale profonde, un ras-le-bol généralisé et un appel pressant à des réformes structurelles urgentes.
La RDC traverse une période marquée par une hausse vertigineuse du coût de la vie, particulièrement dans les grands centres urbains. Cette situation est largement attribuée à l’hypertaxation des entreprises locales, à la lourde fiscalisation des activités économiques et à la multiplication incontrôlée des taxes, souvent appliquées à des taux jugés exorbitants par les acteurs du secteur.
Le sondage, mené du 20 au 22 janvier 2026 dans plusieurs grandes villes du pays, a concerné diverses catégories sociales : consommateurs, petits commerçants, vendeurs ambulants et sur étalage, motards, détenteurs de boutiques, kiosques et restaurants, opérateurs économiques ainsi que des citoyens engagés pour le bien-être collectif.
Le constat est sans appel : tous dénoncent un étranglement progressif des activités économiques et une dégradation continue de leurs conditions de vie.
Réalisée selon la méthode des quotas (voir fiche technique, page 2), l’enquête révèle que la prolifération des taxes, impôts et autres prélèvements affecte l’ensemble de la chaîne économique (de la production à la vente au détail, en passant par le transport et la distribution ) dans un contexte où le coût de la vie reste extrêmement élevé.
Ainsi, 76 % des personnes interrogées déclarent vivre dans une situation économique très précaire (voir graphique 2).
Plus de 82 % affirment avoir vu leur pouvoir d’achat diminuer au cours des six derniers mois, notamment en lien avec la fluctuation du taux du dollar américain (voir graphiques 4 et 6).
Les répondants dénoncent également des prélèvements opérés non seulement par les services habilités de l’État, mais aussi par certaines provinces, communes et parfois par des structures non autorisées ou des agents indélicats. Beaucoup évoquent un climat d’harcèlement fiscal quasi permanent (voir graphiques 8, 10 et 12).
Cette fiscalité qualifiée d’anarchique a des effets directs et dévastateurs sur les prix des biens et services.
85 % des répondants constatent une hausse spectaculaire des denrées alimentaires de base (riz, farine, poisson, viande, légumes), des produits pharmaceutiques, des matériaux de construction et des coûts de transport, et ce malgré la baisse du prix du carburant à la pompe.
Les répercussions sociales sont préoccupantes : aggravation de la pauvreté, insécurité alimentaire, montée de la criminalité urbaine, creusement des inégalités et enfermement de nombreuses familles dans une spirale de sous-pauvreté chronique (voir graphiques 14, 16 et 18).
Lors de la 57I” réunion ordinaire du Conseil des ministres du 5 septembre 2025, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avait pourtant donné des instructions claires pour réviser la fiscalité nationale, supprimer certaines taxes, protéger les industries locales, créer des emplois et renforcer la souveraineté économique.
Le 13 décembre 2025, face à la jeunesse congolaise, le Chef de l’État s’était également étonné de l’application disparate des taxes sur l’ensemble du territoire national.
Cependant, 84 % des personnes interrogées estiment qu’aucune mesure concrète n’a réellement été mise en œuvre pour traduire ces orientations en actions tangibles (voir graphiques 18, 20 et 22).
Au lieu d’assainir l’environnement économique, certaines administrations fiscales et financières (notamment la DGDA, la DGI, la DGRAD, les régies provinciales et certains établissements publics) sont accusées de multiplier des initiatives isolées qui contribuent à la hausse continue des prix (voir graphique 24).
Les petits commerçants et entrepreneurs évoquent un harcèlement fiscal et moral quotidien, matérialisé par des tickets et jetons à payer, sans transparence sur l’affectation réelle des fonds collectés.
Selon plusieurs opérateurs économiques interrogés, cette situation étouffe l’initiative privée, décourage les investissements nationaux et étrangers, freine la création d’emplois et installe un climat des affaires hostile, au détriment du développement économique du pays.
Sondage Les Points


















