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Cobalt : les entreprises européennes s’invitent dans la filière artisanale en RDC (Agence Ecofin)

Longtemps critiquée pour des violations de droits de l’homme et le travail des enfants, l’exploitation artisanale du cobalt en RDC est en rédemption. L’Entreprise générale du cobalt, société publique qui détient un monopole dans la filière, s’efforce de garantir un approvisionnement responsable.

Eurasian Resources Group (ERG), entreprise contrôlée à 40 % par le gouvernement du Kazakhstan, a signé le mardi 10 février un protocole d’accord avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC) pour renforcer l’exploitation minière artisanale du cobalt en République Démocratique du Congo. Forte du monopole que lui a accordé l’État congolais sur la filière, l’EGC multiplie les partenariats avec des acteurs européens pour structurer l’exploitation artisanale de cette ressource, de la production jusqu’à l’exportation.

Créée en 2019 par le gouvernement congolais, l’EGC est en principe la seule entreprise habilitée à acheter, traiter et exporter le cobalt extrait par les mineurs artisanaux congolais, qui représentent historiquement entre 15 et 30 % de la production nationale. Des contraintes opérationnelles, administratives et financières ont cependant limité pendant plusieurs années son action.

Approvisionnement responsable

La mise en place de quotas d’exportations en octobre 2025, consécutive à l’embargo imposé plus tôt dans l’année, a offert un second souffle à l’entreprise. Avec 1775 tonnes pour 2025, et 5640 tonnes pour 2026 et 2027, l’EGC dispose en effet du cinquième volume le plus important pour l’exportation parmi les exploitants dans le pays. Dans la foulée, elle a annoncé en novembre 2025 la production de 1000 tonnes de cobalt provenant de l’exploitation artisanale et entièrement traçables, une première. Alors que ce segment a été souvent associé à des cas de violations de droits de l’homme, l’EGC revendique un cobalt « propre, rentable et aligné sur les standards ESG internationaux ».

C’est dans cette logique que s’inscrit le protocole d’accord conclu avec Eurasian Resources Group. Signé en marge du Mining Indaba, grand-messe annuelle du secteur minier africain organisé à Cape Town en Afrique du Sud, ce partenariat implique un projet pilote déployé sur une concession appartenant à la filiale locale du groupe kazakh. EGC y supervisera l’exploitation du cobalt avec des mineurs artisanaux, qui devraient voir leurs conditions de travail s’améliorer.

«En encadrant et en supervisant l’exploitation minière artisanale sur un site délimité, nous garantissons une extraction minière responsable, conforme aux standards nationaux et internationaux, avec pour objectif de développer un modèle réplicable à long terme », explique Eric Kalala, directeur général de l’EGC.

Exportations via Lobito

Pour commercialiser le cobalt produit sur les différents sites sous son contrôle, l’EGC s’appuie sur des partenariats avec les maisons de négoce suisses Mercuria et Trafigura. En début de semaine, Mercuria a annoncé sa première transaction de cuivre et de cobalt avec la société congolaise, sans en préciser le volume. De son côté, Trafigura a fait état d’un accord avec l’entreprise, pour une première livraison de ces deux métaux sur les marchés mondiaux, via le corridor de Lobito.

Mercuria n’a toutefois pas indiqué si cette infrastructure ferroviaire, qui relie les mines congolaises aux marchés internationaux via le port angolais de Lobito, sera utilisée pour exporter la production. Il faut rappeler que l’accord de partenariat signé en décembre 2025 entre la RDC et les États-Unis prévoit qu’au cours des cinq prochaines années, 50 % du cuivre et 30 % du cobalt commercialisés par les entreprises publiques congolaises transitent par le corridor de Lobito. Ce dernier est exploité par un consortium contrôlé par Trafigura, le portugais Mota-Engil et le belge Vecturis.

«Nous sommes ravis de collaborer avec EGC afin de faciliter l’acheminement responsable du cuivre et du cobalt vers les marchés mondiaux, via la voie de transport la plus efficace depuis la Copperbelt en RDC », a commenté Franck Rogozin, responsable Métaux et minéraux pour l’Afrique chez Trafigura.

Avec des partenariats bien établis et un appétit déjà visible du marché international pour sa production, l’EGC dispose désormais de plusieurs atouts pour remplir sa mission. Reste à voir si la société saura capitaliser sur ces premiers succès pour multiplier les sites de production placés sous son contrôle et intégrer l’ensemble des mineurs artisanaux du pays.

Agence Ecofin