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Combat de cage entre Magistrature vs Mutamba : l’Assemblée nationale dans le rôle d’arbitre

La guerre ouverte entre Constant Mutamba et la magistrature atteint son paroxysme. Le Garde des Sceaux et ministre d’Etat en charge de la Justice, qui avait fait de la traque des fraudeurs son cheval de bataille, est désormais accusé d’avoir contourné les règles dans un contrat opaque de 39 millions USD pour la construction d’une prison à Kisangani. Alors que la Cour de cassation demande la levée de son immunité parlementaire, le sort du ministre controversé se joue maintenant à l’Assemblée nationale, où une commission spéciale examine son cas. Du chasseur de corrompus au chassé, Constant Mutamba vit un retournement de situation qui pourrait bien sceller son destin politique.

Ce qui n’était qu’une tension latente entre le ministre d’Etat en charge de la Justice, Constant Mutamba, et la magistrature congolaise a viré au conflit ouvert. Aujourd’hui, le Garde des Sceaux, connu pour ses méthodes musclées, se retrouve lui-même dans le collimateur de la justice.

Le Parquet général près la Cour de cassation a demandé à l’Assemblée nationale la levée de son immunité parlementaire pour une enquête sur un présumé détournement de 39 millions USD lié à la construction d’une prison à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo.

Un ministre qui voulait « chasser » les corrompus… 

Dès sa prise de fonction, Constant Mutamba avait marqué les esprits en se présentant à la cérémonie de passation avec son chien, symbole de sa détermination à «traquer » les fraudeurs. Mais c’est sa volonté de réformer – voire dissoudre – le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui a déclenché l’hostilité des juges, l’accusant de vouloir asphyxier leur indépendance.

Aujourd’hui, ce sont ses propres pratiques qui sont scrutées. Le contrat attribué sans appel d’offres à Zion Construction, une entreprise aux antécédents flous, pour la construction d’une prison à Kisangani, fait l’objet de vives suspicions. Des sources concordantes rapportent que près de 19 millions USD auraient été débloqués sans l’aval du ministre des Finances ni le respect des procédures budgétaires.

Interpellé par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, sur ces irrégularités, Constant Mutamba se retrouve désormais sous le feu des magistrats qu’il a souvent malmenés. Le procureur général près la Cour de cassation a officiellement saisi l’Assemblée nationale pour lever son immunité, une demande qui pourrait conduire à des poursuites judiciaires.

L’Assemblée nationale, arbitre du duel

De la Chambre basse du Parlement, on apprend qu’une commission parlementaire a été mise en place pour examiner la requête du parquet. Si certains députés, alliés du pouvoir, pourraient tenter de protéger Mutamba, d’autres, y compris dans la majorité, pourraient saisir l’occasion pour limiter l’influence d’un ministre controversé.

En quelques mois, le chasseur de corrompus est devenu la cible d’une magistrature en quête de revanche. Son sort dépend désormais des députés nationaux. S’il échappe à la levée d’immunité, sa crédibilité sera durablement entachée. Si elle est votée, ce sera un coup dur pour un homme qui incarnait la lutte contre l’impunité… avant d’en être accusé lui-même.

Econews