La sortie médiatique de Joseph Kabila critiquant la gestion économique actuelle a déclenché une contre-offensive sans précédent du pouvoir en place. Entre les échecs des PEG sous Kabila et le récent accord réussi avec le FMI sous Tshisekedi, entre la «planche à billets» d’hier et l’inflation maîtrisée d’aujourd’hui, c’est toute une guerre des mémoires économiques qui se joue. Face à ce bilan, le Président Félix Tshisekedi peut afficher gratuité scolaire, couverture santé, stabilité macroéconomique et paiement régulier des salaires. La réplique est cinglante.
Le paysage politique congolais est secoué par un violent affrontement par médias interposés entre le camp du président Félix Tshisekedi et celui de son prédécesseur Joseph Kabila. L’étincelle ? Le récent message à la nation de l’ancien chef de l’État, dont les critiques acerbes sur la gestion économique actuelle ont provoqué une contre-offensive sans précédent de la part des fidèles du pouvoir en place.
Tout commence lorsque Joseph Kabila, dans une intervention largement médiatisée, dresse un tableau alarmant de la situation économique du pays : «L’inflation et la dépréciation monétaire, jadis vaincues, sont de retour », déplore-t-il, avant d’ajouter : «La corruption a atteint des niveaux inédits et l’endettement public dépasse désormais les 10 milliards de dollars ».
Ces déclarations ont immédiatement déclenché une levée de boucliers dans l’entourage présidentiel. « C’est le monde à l’envers ! Celui qui a laissé le pays exsangue ose aujourd’hui donner des leçons », s’indigne un proche collaborateur de Félix Tshisekedi.
LES SUCCES AVEC LE FMI
«Contrairement à l’ère Kabila marquée par l’échec des deux Plans Émergence (PEG de 2005 et 2012) et l’incapacité à conclure un programme formel avec le FMI, nous avons réussi à finaliser avec succès notre programme en 2024 », souligne le ministre des Finances, citant les dernières évaluations positives de l’institution de Bretton Woods.
Les économistes du régime brandissent les chiffres : inflation ramenée sous la barre des 10%, stabilisation relative du franc congolais après les années de « planche à billets », et croissance maintenue malgré le contexte international difficile.
«La gratuité de l’enseignement de base, la couverture santé universelle, le PDL-145T… Jamais autant de mesures sociales n’avaient été mises en œuvre », se dit-on au ministère de l’Education nationale, avant de préciser : « Contrairement à avant, l’argent du peuple sert enfin au peuple ».
LE DOSSIER SENSIBLE DE LA DETTE
Sur ce point particulièrement sensible, les arguments fusent des deux côtés. Alors que Kabila met en garde contre un endettement « hors de contrôle », le Gouvernement rétorque que la dette reste soutenable et mieux gérée qu’auparavant.
« Notre ratio dette/PIB est l’un des plus bas d’Afrique subsaharienne », affirme un conseiller à la Primature. Et d’ajouter : « Si notre gestion était si catastrophique, les institutions financières internationales ne continueraient pas à nous soutenir ».
L’accusation d’arriérés de salaires massifs provoque particulièrement l’ire du camp présidentiel. « C’est tout simplement faux ! Aucun fonctionnaire ne connaît aujourd’hui les retards de paiement systématiques de l’ère Golgotha », tonne un membre du Gouvernement.
Quant à la corruption, si le pouvoir reconnaît qu’elle reste un défi, il rejette toute comparaison avec l’ancien régime : « Au moins aujourd’hui, il y a des procès pour détournement, ce qui n’était pas le cas avant ».
UNE BATAILLE AUX ENJEUX MULTIPLES
Au-delà des chiffres, cet affrontement révèle les profondes fractures de la scène politique congolaise : la bataille des mémoires : chaque camp tente d’imposer sa narration de l’histoire économique récente du pays; la préparation de 2028 : alors que la prochaine élection présidentielle se profile, chaque camp affine ses arguments ; la légitimité économique : dans un contexte de crise mondiale, la capacité à gérer l’économie devient un enjeu central de légitimité politique.
Contactés par notre rédaction, plusieurs économistes indépendants appellent à la nuance. «La réalité est toujours plus complexe que ces oppositions binaires», estime un enseignant d’Economie à l’Université de Kinshasa. « Certains indicateurs se sont effectivement améliorés, mais des défis majeurs persistent », note-t-il.
Alors que les échanges se font de plus en plus vifs, une chose est certaine : cette guerre des chiffres et des mémoires ne fait que commencer. Dans les prochains jours, les deux camps promettent de nouvelles sorties médiatiques pour appuyer leurs positions. Une bataille qui, au-delà des arguments économiques, dessine les contours de la future campagne électorale.
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