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Pour contrer Kabila et stopper le Rwanda, Tshisekedi réchauffe l’axe Kinshasa-Bujumbura

Face aux défis régionaux et aux récentes prises de position de Joseph Kabila, le président Félix Tshisekedi resserre les rangs avec son allié burundais, Évariste Ndayishimiye. Une rencontre éclair à Kinshasa, ce dimanche, a permis aux deux dirigeants de consolider leur axe stratégique et de préparer la riposte commune, à quelques jours d’un sommet clé sur la stabilité des Grands Lacs. Une démonstration de force discrète, mais significative.

À peine 48 heures après l’intervention médiatisée de l’ancien président Joseph Kabila, le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a réagi en consolidant son partenariat stratégique avec le Burundi. Dimanche, son homologue burundais, Évariste Ndayishimiye, a effectué une visite éclair à Kinshasa pour des discussions bilatérales, marquant une nouvelle étape dans la coopération entre les deux pays face aux défis sécuritaires et politiques de la région.

Une réponse rapide à Kabila et aux enjeux régionaux

La rencontre entre les deux présidents intervient dans un contexte particulier. Vendredi, Joseph Kabila, silencieux depuis des mois, a rompu son mutisme dans un discours empreint de regrets et d’ambitions politiques renouvelées. Un message perçu comme une menace par l’entourage de Tshisekedi, qui a immédiatement activé ses réseaux diplomatiques pour contrer toute velléité de déstabilisation.

Le choix du Burundi comme premier partenaire consulté n’est pas anodin. Allié historique de la RDC dans la région des Grands Lacs, Bujumbura partage avec Kinshasa des intérêts sécuritaires communs, notamment face aux incursions rwandaises et aux groupes armés actifs dans l’Est du Congo. Le président Ndayishimiye, qui assure actuellement la présidence tournante du Mécanisme régional de suivi (MRS) de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, joue un rôle clé dans la stabilisation de la région.

Selon un communiqué de la présidence burundaise, les échanges entre les deux dirigeants ont porté sur la relance de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, signé il y a plus de dix ans par onze pays pour promouvoir la paix et la coopération en Afrique centrale. Les deux présidents ont également préparé le 12ème sommet du MRS, prévu le 28 mai 2025 à Kampala,en Ouganda, où Ndayishimiye passera le flambeau à un nouveau dirigeant régional.

Bien qu’aucune déclaration officielle n’ait été faite à l’issue des discussions, les observateurs soulignent l’importance croissante de l’axe Kinshasa-Bujumbura dans la géopolitique des Grands Lacs. Les deux pays, qui partagent près de 230 km de frontières terrestres et lacustres, collaborent étroitement dans les domaines militaire et économique.

Une alliance stratégique face aux défis sécuritaires

La visite de Ndayishimiye confirme la détermination de Tshisekedi à s’appuyer sur des partenariats solides pour isoler tant les adversaires politiques internes, comme Kabila, que les menaces externes, notamment le Rwanda accusé de soutenir les rebelles du M23. En renforçant ses liens avec le Burundi, le président congolais envoie un signal fort à ses détracteurs : Kinshasa ne reste pas passive face aux manœuvres de déstabilisation.

Reste à savoir si cette diplomatie proactive suffira à contrer les ambitions de Joseph Kabila et à endiguer l’influence rwandaise. La réponse pourrait se préciser lors du prochain sommet de Kampala, où les dirigeants de la région devront afficher une unité souvent fragilisée par des rivalités persistantes.

La visite éclair du président burundais à Kinshasa illustre cette stratégie, mais la stabilité de la RDC dépendra aussi de sa capacité à transformer ces alliances en actions concrètes sur le terrain.

Econews