On l’a dit mort politiquement et on l’a enterré. Trop vite. L’homme de l’ombre est de retour. Celui qui avait alors passé le pouvoir « démocratiquement » à son successeur, Félix Tshisekedi, après les élections générales de 2018, et que l’on croyait à la retraite est là. Et il semble revenu plus solide que jamais ! La RDC, rongée par la mal gouvernance, et surtout l’affaiblissement de l’opposition politique, fragilisée par les querelles d’égo, divisée, ont remis en selle l’ancien chef de l’État qui jouit encore d’un important réseau de soutien aussi bien de la SADEC (Afrique australe), que de l’EAC (Afrique de l’Est) et de la CEEAC (Afrique centrale). Il veut apparaître comme l’homme providentiel et incontournable qui pourrait inverser le cours des choses dans le pays et en finir avec une crise sécuritaire multidimensionnelle qui s’aggrave.
Taiseux et expert dans l’art de manier le secret, l’ancien chef de l’État, Joseph Kabila, 54 ans, qui a dirigé la République Démocratique du Congo (RDC), de 2001 à 2019, est de retour au pays qu’il a quitté à la fin de 2023. Il est apparu pour la toute première fois en public, jeudi 29 mai, à Goma, ville sous contrôle de l’opposition armée AFC/M23, même silhouette carrée, son habituelle barbe en moins.
Quelques jours auparavant, dans le cadre d’une adresse à la nation de 45 minutes diffusée sur YouTube, vendredi 23 mai, il avait annoncé son intention de mettre fin « à une année d’exil » et de « se rendre prochainement à Goma ». Aussi, il s’était dit prêt « à jouer sa partition » pour mettre un terme à « la dictature, mieux à la tyrannie » du pouvoir de Kinshasa. Il appelle à un « pacte citoyen » pour sauver la RDC. Ce « pacte citoyen » articulé autour de douze points clés viserait, selon lui, à restaurer la stabilité, la démocratie et le développement en RDC.
Ce retour annoncé avait inquiété Kinshasa ces dernières semaines, dans un contexte d’instabilité liée à l’intensification du conflit dans l’Est du pays. Sur injonction du gouvernement, l’immunité de Joseph Kabila a été levée ouvrant la voie à des poursuites devant un tribunal militaire pour complicité avec l’opposition armée AFC/M23. Il est ainsi accusé de « crimes de guerre » et « trahison ».
Joseph Kabila est-il devenu le sauveur de la RDC ? C’est l’image qu’il veut sans doute se donner. Celle de son apparition à Goma donne à voir aux Congolais un homme plus serein mais toujours aussi mordant. Il vient de damer le pion à une opposition politique décriée pour son affaiblissement accéléré et constant face au pouvoir de Kinshasa.
UNE OPPOSITION POLITIQUE FAIBLE
L’opposition politique congolaise prétend incarner l’aspiration du peuple, mais se montre encore faible à aller au bout de sa démarche. Tout se passe sans qu’elle ne puisse vraiment agir. Cet état de fait soulève des inquiétudes quant aux espoirs placés en elle par la population.
Les Congolais sont abandonnés à eux-mêmes dans un dénuement total. La situation dans laquelle se trouve le pays ne semble pas offusquer cette opposition sans fougue et ardeur nécessaires pour mener à bien le combat politique. C’est là que le bât blesse.
Pour beaucoup de Congolais, l’opposition politique est assez faible pour dénoncer haut et fort la misère noire et indescriptible dans laquelle ils vivent. Les marches (une liberté contrôlée par le pouvoir) n’ont plus aucun sens. Les Congolais sont fatigués des journées d’action sans lendemain. Et au niveau de la diaspora, en Europe notamment, les manifestations, les réunions, les conférences, les rencontres…sont organisées. Mais si ces initiatives sont louables, il convient de reconnaitre qu’elles n’ont eu, jusqu’à présent, aucun impact sur la situation dans le pays.
Alors, à quoi sert cette opposition politique ? Est-elle problématique ? Ces questions taraudent sans cesse les esprits et reviennent toujours dans les débats au sujet de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire de la RDC, qui est en fait déplorable et rend difficile son émergence. Pourtant, cette opposition a tout ce qu’il faut comme matière grise. Seulement, elle montre, tous les jours que Dieu fait, qu’elle n’est constituée que des amateurs non éclairés et faibles. Sinon, elle ne se ferait pas balader, jour et nuit, de midi à quatorze heures, du 1er janvier au 31 décembre par une majorité au pouvoir qui, à la vérité, peine à satisfaire les aspirations du peuple.
MAJORITÉ – OPPOSITION, MÊME COMBAT !
La situation politique, économique, sociale et sécuritaire de la RDC est angoissante. Elle est dramatique. Les Congolais sont aujourd’hui embarqués dans une crise qui ne cesse de prendre de l’ampleur au vu et au su d’une opposition politique en panne de réflexion, incapable de s’organiser, de dire la vérité –avec force et vigueur – aux dirigeants au pouvoir, de s’opposer aux injustices institutionnalisées, de combattre les antivaleurs, et de mesurer le poids de la responsabilité qui est la sienne ! Elle ne réalise à quel point son attitude porte préjudice à la bonne marche du pays.
Ce n’est pas lui faire injure de dire qu’elle ne joue pas son rôle face à la majorité au pouvoir, ni vis-à-vis du peuple et de la nation ; qu’elle n’est pas à mesure de s’acquitter de sa tâche. La vérité est qu’elle est aussi prise dans l’engrenage de l’opportunisme. Les intérêts bassement égoïstes ont pris le dessus sur les intérêts fondamentaux de la nation.
Des antivaleurs comme la corruption, des comportements partisans, tribaux et démagogiques, le détournement des deniers publics, le mensonge, le népotisme… sont érigés en système de gouvernance. On se demande si l’opposition politique ne se complait-elle pas dans la mal gouvernance. Elle ne dit mot, silence (complice ?) Motus et bouche cousue !
Si l’attitude et l’image des hommes au pouvoir à Kinshasa jettent un discrédit sur leur engagement, parce qu’ils n’ont pas su montrer, jusque-là, toute la noblesse du service politique, il faut dire aussi que les membres de l’opposition ne sont pas exempts de responsabilités. Comme leurs pairs de la majorité, ils mènent tous le même combat. Lapidairement : assumer le pouvoir politique, coûte que coûte. Autrement dit, les aspirations populaires, on verra plus tard.
Quid de la situation pour mettre un terme au conflit dans l’Est du pays, ayant déjà fait 10 millions de morts, 500 000 femmes violées, 7,1 millions de déplacés ? Ni le pouvoir de Kinshasa, ni l’opposition politique ne semblent proposer un remède en termes de dynamique libératrice.
Au regard de ce qui se passe en RDC, on a l’impression que l’opposition politique n’existe que par l’étiquette qu’on lui donne. Minés par des querelles intestines et des egos surdimensionnés, les opposants congolais s’emploient corps et âme à s’autodétruire, courbent l’échine devant le régime au pouvoir et une conception d’opposition désuète et folklorique.
Les Congolais n’ont point besoin d’une opposition politique amorphe et dont la cupidité se dispute à la fourberie. Ils ont besoin d’un véritable contre-pouvoir à même de leur apporter des solutions pour se tirer du bourbier dans lequel ils se trouvent actuellement. En d’autres mots, ils réclament une opposition forte, structurée et unie, pas une opposition faible (« opposition ya pete ») minée par la guéguerre de quelques barons qui ne pensent qu’à leur égo, et a du mal à se distinguer avec le pouvoir parce qu’elle n’arrive pas à sortir des corporatismes.
À ce jour, l’opposition politique congolaise semble être trouée, perdue et ne propose aucune alternative réelle face au régime actuel. Qu’elle n’oublie pas que l’immobilisme, c’est la mort à long terme.
KABILA, L’HOMME PROVIDENTIEL ?
Joseph Kabila est de retour en RDC, il est à Goma, une ville contrôlée par l’opposition armée AFC/M23. Les questions que tous les Congolais se posent, c’est évidemment : « Pourquoi faire ? Est-ce pour faire la guerre ? Est-ce pour assouvir ses ambitions personnelles ? Que veut-il vraiment ? » La question principale est de savoir s’il est l’homme providentiel.
L’ancien chef de l’État laisse peu de doutes sur sa volonté de revenir au premier plan après plusieurs années de silence. L’homme a une très haute idée de lui-même. Il se croit un homme providentiel investi d’une « mission » : celle de régenter la RDC ad vitam aeternam. Ainsi il est décidé à récupérer le pouvoir « cédé » à Félix Tshisekedi en janvier 2019. C’est en partie la nostalgie d’un pouvoir exécutif fort qu’il a exercé pendant 18 ans. La persistance de la mauvaise gouvernance, associée à l’affaiblissement de l’opposition politique, incapable de jouer efficacement son rôle face à la gestion du pays par le régime actuel, conduit à valoriser une telle démarche.
Pourtant, si tous les efforts nécessitent d’être considérés pour sauver le pays, Joseph Kabila peut-être un obstacle. Il doit plutôt être vu comme une étape pour finir avec l’actuel régime, pas comme l’homme providentiel. Comme dit l’adage, nul n’est indispensable… Tout est remplaçable.
Contre la très mauvaise passe que traverse la RDC, un renouvellement du personnel et des pratiques politiques devient une nécessité, qu’on se le dise !
Robert Kongo (CP)

