Christian Tshiwewe

Tshiwewe, Ntumba, Ndaywel… : ces généraux de haut rang assignés à résidence pour atteinte à la sécurité de l’État

Une onde de choc traverse les hautes sphères des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Plusieurs généraux, dont des personnalités ayant occupé les postes les plus sensibles de l’institution, ont été assignés à résidence pour des « faits hautement répréhensibles liés à la sécurité de l’État ». Cette révélation faite samedi par le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, confirme les rumeurs qui circulaient depuis des semaines sur une vaste opération de nettoyage au sein de l’armée.

Lors d’un point de presse tenu à Kinshasa, le général Ekenge a dévoilé la teneur des griefs sans toutefois citer nommément les concernés. Cependant, des sources concordantes au sein de l’état-major des FARDC ont permis d’identifier certains des hauts gradés visés. Parmi les noms qui reviennent figurent en tête le général d’armée Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major général des FARDC, une position qui fait de lui le commandant en second de l’armée nationale. À ses côtés, le général Christian Ndaywel, ancien commandant de l’état-major des renseignements militaires (ex-DEMIAP), et le général Franck Ntumba Buamunda, qui fut le chef de la Maison militaire du Chef de l’État, sont également dans le collimateur de la justice militaire.

«Tous sont désormais assignés à résidence », a confirmé le porte-parole des FARDC, mettant ainsi fin aux spéculations sur le sort de ces officiers dont la disparition soudaine de la scène publique alimentait tous les commentaires.

LES DESSOUS DES CARTES

«Le dossier est encore dans la phase préjuridictionnelle. C’est vrai que plusieurs officiers généraux et supérieurs des FARDC sont actuellement interpellés. Nous le confirmons. Ils le sont pour des faits hautement répréhensibles liés à la sécurité de l’État. Pour des besoins d’investigations approfondies, leur durée de détention est prolongée conformément à la loi, à la demande du parquet militaire qui mène les enquêtes. Cette procédure est prévue par les textes en vigueur », a affirmé le général-major Sylvain Ekenge.

Concernant les préoccupations liées à la durée de ces interpellations et à la fixation des dossiers devant la justice, le porte-parole des FARDC a assuré que chaque prolongation est faite avec l’aval du parquet militaire, en raison de la multiplicité de ramifications de l’affaire : «Chaque fois que le délai de détention arrive à terme, les responsables de l’instruction préjuridictionnelle sollicitent une prolongation. En raison des multiples connexions du dossier, ces enquêtes sécuritaires nécessitent du temps. À ceux qui racontent des histoires sur leur lieu de détention, les Forces armées de la République Démocratique du Congo précisent qu’ils sont assignés à résidence, dans des conditions acceptables. Ils sont sous le régime de la liberté contrôlée ».

Par ailleurs, le porte-parole des FARDC a également assuré qu’une fois les différentes étapes de l’instruction achevées, les audiences débuteront devant la justice militaire : « Les arrestations effectuées et ces détentions ne sont pas irrégulières et ne violent ni la loi ni le droit. Ces officiers ont tous été interpellés conformément aux dispositions en vigueur. Tous les officiers concernés dans le cadre des enquêtes en cyberdéfense sont à la disposition de l’Auditeur général des FARDC pour l’approfondissement du dossier. Une fois l’affaire portée devant le juge, les médias disposeront de tous les détails lorsque le procès sera organisé ».

Pour l’instant, les dossiers sont en instruction au niveau du Parquet militaire, a assuré le général-major Sylvain Ekenge : «Le parquet militaire a la gestion de ce dossier. Il nécessite du temps pour permettre à l’Auditeur général d’approfondir ses enquêtes et d’avoir un dossier complet, bien documenté et bien ficelé avant de présenter les prévenus au Premier président de la Haute Cour. À ce stade, nous ne pouvons pas entrer dans les détails pour ne pas violer le secret de l’instruction ».

UN SECRET DE POLICHINELLE

La traque des officiers généraux suspectés de menées des activités contre la sécurité nationale relève désormais d’un secret de polichinelle. Cette affaire jette une lumière crue sur les tensions et les luttes d’influence qui mineraient le haut commandement des FARDC. Elle intervient dans un contexte sécuritaire déjà volatile, marqué par la recrudescence des activités de groupes armés dans l’Est du pays et par des accusations récurrentes de complots et de détournements de fonds au sein de l’institution militaire.

Le fait que les personnes visées aient occupé des postes clés en charge du renseignement, de la stratégie militaire et de la protection directe du Président de la République souligne la gravité des faits qui leur sont reprochés. Bien que les détails précis de l’accusation n’aient pas été rendus publics, l’expression « faits hautement répréhensibles liés à la sécurité de l’État » laisse planer le spectre d’atteintes à la sûreté nationale, pouvant inclure des tentatives de déstabilisation, des complots ou des intelligences avec l’ennemi.

UN FEUILLETON JUDICIAIRE QUI S’INSTALLE DANS LA DUREE

Les interpellations de ces généraux ne sont que l’épisode le plus récent et le plus médiatique d’un feuilleton plus large. Depuis plusieurs mois, une opération de grande envergure cible des officiers généraux et supérieurs des FARDC, dans ce qui semble être une volonté affichée de l’état-major de reprendre le contrôle et d’assainir les rangs.

Les observateurs s’interrogent désormais sur la suite à donner à cette affaire. S’agit-il d’une opération politique destinée à écarter des rivaux encombrants ou d’une réelle volonté de réforme et de moralisation au sein des FARDC ? La justice militaire, désormais saisie du dossier, devra trancher.

Le plus évident est que le feuilleton judiciaire relatif à ces arrestations haut de gamme est loin d’être terminé. Il promet de continuer à agiter le microcosme politico-militaire congolais dans les prochains jours, alors que le pays tente de stabiliser sa sécurité interne face à de multiples défis.

Econews