À la veille de l’échéance de l’AGOA et alors que plane l’incertitude sur sa reconduction, la République Démocratique du Congo se trouve à un tournant stratégique. Dotée d’un immense potentiel agricole encore sous-exploité, la RDC peine à transformer l’accès préférentiel au marché américain en véritable moteur de diversification économique. Entre opportunité historique et risque d’occasion manquée, l’enjeu met à l’épreuve le leadership du Ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, engagé dans la structuration d’un cadre national ambitieux pour faire de l’AGOA un levier de développement des filières agricoles et de croissance inclusive. Tribune.
Expirer en septembre 2025, et en attente de reconduction, l’African Growth and Opportunity Act est une loi commerciale du congrès américain et gérée par le département de commerce des États-Unis, traduit en français par la loi de croissance et les opportunités économiques en Afrique. L’AGOA, au-delà d’une simple loi, est une offre commerciale qui accorde aux produits des pays de l’Afrique subsaharienne un accès préférentiel en franchise des droits de douane sur le marché Américain. Elle est néanmoins conditionnée par le respect des critères de bonne gouvernance et du respect des droits humains.
En tout, 35 pays subsahariens aux portefeuilles diversifiés des produits bénéficient des avantages qu’accorde cette loi. L’existence des débouchés Américains a favorisé le développement des filières agricoles aux rendements d’échelle croissants dans plusieurs pays bénéficiaires.
Le volume cumulé des échanges en exportation des pays africains sous préférence AGOA a connu une avancée significative et a atteint la barre de plus de 130 USD en 25 ans de coopération.
L’offre des produits AGOA proposée est essentiellement soutenue par des produits agricoles tels que les textiles, la vanille, le cacao, le café, le manioc, les fruits, le clou de girofle, le thé, l’huile végétale, le poisson et, les plantes médicinales. En tout 7000 produits composent ce packaging commercial.
AGOA en Afrique : analyse factuelle de 5 pays leaders.
En un quart de siècle d’existence, seuls 5 pays subsahariens en dotation moindre en ressources agricoles que la RDC ont réellement tiré profit. D’après l’Agence Ecofin, ces pays sont : 1. La côte d’ivoire : le cacao (cumul de valeur d’exportation de 2000 à 2025 : 15,5 milliards USD) ; 2. L’Afrique du Sud : fruits, vin et poisson (cumul de valeur d’exportation de 2000 à 2025 : 6,8 milliards USD) ; 3. Le Ghana : le cacao et le manioc (cumul de valeur d’exportation de 2000 à 2025 : 3,6 milliards USD ; 4. Le Madagascar : vanille et clou de girofle (cumul de valeur d’exportation de 2000 à 2025 : 3,6 milliards USD) ; 5. Le Kenya : le café, le thé et le textile (cumul de valeur d’exportation : 2,1 milliards USD)
AGOA et le potentiel exportable en RDC
La RDC a été réintégrée en AGOA en 2021, après avoir été suspendue pendant plusieurs années. Depuis lors, le pays œuvre à tirer profit de cette opportunité commerciale. Ministère du commerce extérieur.
Au regard du potentiel agricole et exportable de la RDC, Il est fort regrettable que le pays n’ait pas suffisamment profité des opportunités commerciales issues de l’accord, particulièrement en ce qui concerne les produits non miniers.
C’est ici l’occasion de reconnaître le leadership du Ministre du Commerce Extérieur, SEM Monsieur Julien PALUKU qui a réussi en peu de temps à offrir un cadre national (Comité National AGOA) avec des objectifs chiffrés, par exemple, porter la valeur des exportations sous préférence AGOA de 600 millions USD à 3 à 5 milliards d’ici 2030. (Décret n°24/16 du 10 novembre 2024, Comité national AGOA RDC. Magazine Mining and Business).
AGOA et autres partenariats de substitution
Plusieurs programmes américains en direction de l’Afrique sont menacés depuis le retour du Président Donal TRUMP. AGOA étant en attente de reconduction, peut connaitre le même sort que l’USAID. Par anticipation, les pays de l’Afrique devraient réfléchir à des débouchés de substitution si le partenariat venait à être rompu. Sans contredit la CHINE et l’Asie demeurent des destinations de substitution sures. En 2024, les exportations africaines sous AGOA ont atteint 8 milliards de dollars contre 295 milliards de dollars des exportations de l’Afrique avec la CHINE. Deutsche Welle. Bien que ces statistiques ne soient pas segmentées en quota des produits miniers et non miniers. Les initiatives africaines en matière de commerce telles que portées par l’UA et la BAD sont recommandable. Par exemple, le marché commun africain via la création des zones de libre-échange. Au niveau national RDC, les travaux accomplis par SEM Julien PALUKU alors Ministre de l’industrie sont précurseurs à l’architecture des zones de libre-échange en RDC.
Contribution théorique de la situation du commerce en RDC.
Le commerce international est au cœur de plusieurs débats. Pour les uns, il est considéré comme un levier de croissance et pour d’autres une source de dépendance économique. Les théoriciens économiques, partant d’Adam Smith (avantage absolu), à David Riccardo (avantages comparatifs) en passant par Heckscher-Ohlin-Paul Samuelson (dotation en facteur de production) et Paul Krugman (la nouvelle théorie du commerce international), soutiennent clairement que le commerce international offre des gains et des opportunités d’enrichissement mutuelles.
Cela étant, les politiques publiques en matière de commerce extérieur demeurent au centre de tous les enjeux au niveau national. Les récentes guères commerciales entre les Etats-Unis et la Chine illustrent mieux la situation, et les chocs commerciaux issus de de cette confrontation poussent les États à devenir de plus en plus protectionniste en dépit des dispositions de l’OMC.
Par définition, le terme d’échange est une mesure qui permet d’expliquer les différences de gains d’échange entre pays. En effet, depuis un certain temps un constat général se dégage dans le comportement des pays au terme d’échange défavorable. Ce constat interrogeant, nous pousse à formaliser et introduire dans le champ théorique du commerce international le concept de « gain critique » il se définit comme étant la somme des avantages perçus par les pays au terme d’échange défavorable, résultant de politiques publiques résilientes en faveur du commerce extérieur. (Rôle institutionnel de promotion des politiques publiques efficaces)
Le régime commercial de faveur qu’offre AGOA est avantageux pour solidifier l’économie nationale avec de longs effets de ruissellement sur plusieurs secteurs. A l’instar des 5 pays sus énumérés la République Démocratique du Congo en attendant la grande conférence AGOA, et du déploiement complet de l’équipe d’experts du comité national AGOA a intérêt à mobiliser les ressources autour du CN-AGOA dans l’objectif de refonder les filières agricoles, source de croissance et de développement national. Les plantations de café, cacao, the, huile de palme pour ne citer que cela existent dans l’arrière-pays. Un accompagnement responsable du gouvernement avec le concours de la FEC et d’autres parties prenantes occasionnera l’essor des filières agricoles.
En sommes la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique AGOA en sigle dans le cas échéant constituent une opportunité et un levier de croissance inclusive.
Sigis Aberi Amooti
Economiste et acteur politico-économique

