Alors que Kinshasa affichait sa volonté de maîtriser le format et le cadre du « Dialogue entre Congolais », l’épicentre des tractations semble désormais se déplacer vers Luanda. Investi d’une mission de médiation, le président angolais João Lourenço multiplie les consultations en vue de jeter les bases d’un dialogue inclusif, appelé à rassembler tous les protagonistes de la crise congolaise. Entre les allers-retours diplomatiques du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, et la montée en puissance de l’initiative angolaise, une réalité s’impose : les contours, le lieu et le format du futur dialogue se dessinent désormais hors des frontières congolaises, dans une dynamique internationale qui redéfinit les équilibres du processus de paix.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Depuis plusieurs semaines, les allers-retours du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, entre Kinshasa et Luanda s’apparentent moins à des visites de courtoisie qu’à des consultations contraintes. Car, dans l’ombre des protocoles et des communiqués aseptisés, une vérité dérangeante s’impose : le fameux « Dialogue entre Congolais », censé incarner une solution endogène à la crise sécuritaire qui mine l’Est du pays depuis trois décennies, est désormais piloté depuis l’Angola.
Ce glissement silencieux, mais décisif, n’a échappé à aucun observateur avisé de la scène diplomatique régionale. Tandis que le Président Tshisekedi s’épuise à réclamer, devant les corps diplomatiques réunis à Kinshasa, un dialogue « à son goût » et organisé « sur le sol congolais », la médiation angolaise poursuit son chemin, imperturbable.
Luanda, nouvel épicentre du dialogue
« Personne ne sera mis de côté. Mais tout se décide à Luanda : le lieu, le format, le calendrier », tranche, sous le sceau de l’anonymat, un diplomate en poste dans la capitale congolaise. Son constat est sans appel : «Le Président Félix Tshisekedi a beau crier, la dynamique internationale en a décidé autrement. Il a été battu en brèche. Comme tous les autres protagonistes, il doit désormais se plier à la volonté de João Lourenço. »
Une analyse partagée par plusieurs sources diplomatiques, qui soulignent l’isolément progressif de Kinshasa sur ce dossier. Car l’Angola ne se contente pas d’héberger les discussions. João Lourenço, mandaté par l’Union africaine et bénéficiant du soutien discret mais ferme des Nations Unies, a reçu instruction d’élargir le spectre des consultations. Son objectif : poser les bases d’un dialogue véritablement inclusif, où tous les protagonistes de la crise – y compris ceux que Kinshasa espérait tenir à distance – seront conviés.
La fin d’un monopole
Pour le pouvoir congolais, ce basculement a des airs de désaveu. Depuis des mois, Kinshasa tentait d’imposer sa vision : un dialogue intercongolais piloté depuis le territoire national, sous le regard bienveillant des autorités, et dont les conclusions auraient pu être, sinon verrouillées, du moins orientées. C’était sans compter sur la détermination du facilitateur angolais, qui a su imposer un cadre neutre, hors d’atteinte des pressions directes.
« Luanda est devenu le véritable centre de gravité du processus », analyse un politologue, joint par Econews. « Ce n’est pas seulement une question de lieu. C’est un transfert de légitimité. La médiation angolaise a réussi à capter la confiance de la communauté internationale et, dans une large mesure, des acteurs politiques et armés impliqués. »
Kinshasa face au fait accompli
Reste à savoir comment Kinshasa digérera ce rapport de force défavorable. Officiellement, les autorités congolaises affichent leur soutien indéfectible à la médiation angolaise.
Dans les faits, l’amertume est palpable. Certains conseillers du Chef de l’État évoquent en privé une forme de « mise sous tutelle » diplomatique.
Mais le temps n’est plus aux états d’âme. João Lourenço avance ses pions, méthode et discret. Dans les prochains jours, la présidence angolaise devrait dévoiler le cadre précis du dialogue, le lieu retenu – probablement Luanda – et la liste des participants. Une liste dont Kinshasa ne dictera pas le contenu.
L’Afrique en première ligne, Kinshasa en retrait
Ce recentrage du processus autour de l’Angola confirme, s’il en était besoin, la nouvelle donne diplomatique sur le continent. Ce ne sont plus les capitales occidentales qui mènent la danse, mais bien les médiations africaines, portées par des chefs d’État rompus aux réalités complexes des conflits régionaux.
Pour Félix Tshisekedi, le défi est désormais existentiel: accepter de jouer le jeu de Luanda, quitte à en rabattre sur ses prérogatives, ou s’enfermer dans une posture de refus qui l’isolerait un peu plus. Entre l’orgueil et la raison, Félix Tshisekedi n’a probablement déjà plus le choix.
Le dialogue aura lieu. Il se fera sans doute avec lui, à moins qu’il choisisse de s’en exclure. Mais il ne se fera plus sans les autres. Luanda veille !
Econews

