Le jeu d’échecs se resserre. Alors que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) occupent de plus en plus le terrain médiatique et politique autour de la tenue d’un dialogue entre Congolais, le pouvoir de Kinshasa semble avoir choisi son répondant.
Son nom : Dodo Kamba. Ce pasteur, figure montante de certaines Églises de réveil et connu pour sa proximité revendiquée avec le régime en place, vient de se hisser à la tête d’une nouvelle structure : le Conseil inter-religieux congolais. Une initiative lancée tambour battant, avec un objectif clair : faire contrepoids au tandem CENCO-ECC, jugé trop influent et trop indépendant.
Un « plan B » activé dans l’urgence
Dans les coulisses du pouvoir, on ne cache plus une certaine irritation face à la médiatisation et au poids politique croissant des deux principales confessions chrétiennes du pays. Leur positionnement, perçu comme une forme de tutelle morale sur le processus politique, inquiète jusqu’au sommet de l’État.
C’est dans ce contexte que le pasteur Dodo Kamba a été, sinon mandaté, du moins encouragé à structurer une alternative confessionnelle. Depuis plusieurs jours, ce dernier multiplie les consultations avec des représentants de la société civile, des forces vives et certaines sensibilités religieuses, dans le cadre de son Conseil inter-religieux.
Officiellement, il s’agit de « créer un cadre de réflexion spirituelle et citoyenne ». Dans les faits, cette offensive vise clairement à diluer l’autorité morale de la CENCO et de l’ECC sur le terrain du dialogue national.
Une proximité assumée avec le pouvoir
Difficile, en effet, de ne pas relever les accointances entre Dodo Kamba et la mouvance présidentielle. Ces dernières années, le pasteur s’est illustré par des prises de position favorables au chef de l’État et une présence régulière aux côtés de certaines figures de la majorité. Une porosité qui alimente les soupçons d’une instrumentalisation politique du religieux.
Du côté de la CENCO et de l’ECC, on observe cette montée en puissance avec une prudence teintée d’inquiétude. Officiellement, aucune déclaration n’a encore été faite. Mais en interne, plusieurs voix évoquent une tentative de « diversion » visant à brouiller le message des deux églises historiques.
Les précédents qui inquiètent
Ce n’est pas la première fois que Kinshasa cherche à équilibrer le jeu des acteurs religieux. Beaucoup se souviennent encore des tensions autour de l’élection de Denis Kadima à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), il y a quelques années. À l’époque déjà, les confessions religieuses s’étaient déchirées, entre soutiens affichés au pouvoir et défenseurs farouches de l’indépendance des institutions.
Le spectre de cette fracture semble aujourd’hui resurgir. En ouvrant un « front religieux », Dodo Kamba prend le risque d’attiser les divisions au sein d’une communauté chrétienne déjà fragilisée par des décennies de tensions internes et d’instrumentalisations politiques.
Quel avenir pour le dialogue ?
À mesure que l’idée d’un dialogue intercongolais gagne du terrain, la bataille pour le contrôle de sa légitimité s’intensifie. Qui sera assis à la table ? Qui parlera au nom des croyants ? Et surtout, quelle médiation sera jugée crédible ?
En activant ce « plan B », Kinshasa envoie un message clair : elle n’entend pas laisser le monopole de la parole morale aux seules CENCO et ECC. Mais à vouloir trop contrôler le jeu, le pouvoir prend aussi le risque de fragiliser un processus qui, pour être durable, aura besoin de toutes les bonnes volontés.
Les prochaines semaines diront si ce pari politique portera ses fruits ou s’il ne fera qu’ajouter une couche de défiance à un climat déjà saturé de suspicions.
Hugo Tamusa

