L’élection du président burundais Évariste Ndayishimiye à la présidence tournante de l’Union africaine pour 2026 sonne comme une victoire diplomatique pour Félix Tshisekedi et une douche froide pour Paul Kagame. Scellée en marge du 39ème Sommet d’Addis-Abeba, cette désignation consacre l’influence croissante du tandem Kinshasa–Gitega sur la scène continentale et pourrait infléchir la position de l’UA face à la crise persistante dans l’Est de la RDC. Tandis que Kigali affiche sa réserve, l’arrivée d’un allié assumé de Kinshasa à la tête de l’organisation panafricaine ouvre un nouveau chapitre diplomatique dans la région des Grands Lacs, avec en ligne de mire la paix, l’intégration économique et la mise en œuvre de l’Agenda 2063.
Alors que le 39ème Sommet de l’Union africaine s’achevait ce dimanche à Addis-Abeba, c’est une véritable onde de choc diplomatique qui a parcouru les couloirs du continent. Le président burundais Évariste Ndayishimiye a officiellement pris les commandes de l’organisation panafricaine pour l’année 2026, une accession perçue comme une victoire stratégique pour la République Démocratique du Congo (RDC) et une douche froide pour le Rwanda.
Dans la capitale éthiopienne, les observateurs n’ont pas manqué de relever un absent de marque : le président rwandais Paul Kagame. Une absence qualifiée de «préméditée» par les sources diplomatiques sur place, qui contraste avec la présence affichée du président congolais Félix Tshisekedi, venu soutenir son «ami fraternel» burundais.
Un tournant diplomatique dans la crise des Grands Lacs
L’arrivée d’Évariste Ndayishimiye à la tête de l’UA est loin d’être anecdotique. Dans la complexe équation sécuritaire de l’Est de la RDC, le Burundi s’est imposé comme un allié de premier plan de Kinshasa. Ce rapprochement stratégique suscite les plus vives inquiétudes à Kigali, qui voit désormais l’instance panafricaine présidée par un acteur directement impliqué dans le dossier.
«Dans les coulisses, on prédit que l’arrivée du président burundais pourrait marquer un tournant dans la position de l’organisation sur la crise sécuritaire», souffle une source présente au sommet, laissant présager une approche potentiellement moins conciliante envers les intérêts rwandais dans la région.
Les trois piliers d’un mandat sous haute tension
Dans son discours d’acceptation, le nouveau président de l’UA a néanmoins voulu se montrer rassembleur, plaçant son mandat sous le signe des défis multidimensionnels du continent. Évariste Ndayishimiye a articulé son action autour de trois piliers stratégiques : le renforcement de la paix et de la sécurité (avec un accent particulier sur la région des Grands Lacs), l’accélération de l’intégration économique via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), et la gouvernance et solidarité entre États membres.
«La mise en œuvre de l’Agenda 2063 sera ma grande préoccupation. C’est un contrat moral qui engage plusieurs générations africaines et trace la voie d’une Afrique maîtresse de son destin», a martelé le chef d’État burundais, qui entend également activer les dossiers de la jeunesse et de l’eau et assainissement, thématique phare de l’année.
Kinshasa savoure une victoire stratégique
Côté congolais, on ne cache pas sa satisfaction. Pour Félix Tshisekedi, cette élection «consacre le leadership et le rôle croissant du Burundi sur la scène continentale, et tout en honorant l’Afrique centrale, reflète la confiance que les États africains lui accordent».
Dans un message publié sur son compte X par sa porte-parole, Tina Salama, le président Tshisekedi a tenu à réitérer «son amitié fraternelle et sa haute considération» à son homologue. Kinshasa en profite pour réaffirmer sa «disposition entière à œuvrer au renforcement de la solidarité entre les États, au respect des principes de l’Acte constitutif, notamment en matière de paix et de sécurité».
Cette passation de pouvoir intervient quelques semaines seulement après l’accord ambitieux conclu le 4 décembre 2025 entre la RDC et les États-Unis à Washington. Un double succès diplomatique qui renforce la position de Kinshasa sur l’échiquier international, alors que les tensions avec Kigali ne faiblissent pas.
L’ère Ndayishimiye à l’UA s’annonce d’ores et déjà comme un test majeur pour la stabilité de la région des Grands Lacs.
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