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Constitution, ni parole biblique, ni trophée politique : Henri Mutombo tance les pasteurs exégètes et les politiciens gladiateurs.

Dans une tribune sans concession, l’écrivain et chercheur en fiscalité, Henry Mutombo Mikenyi, dénonce avec une clarté rare la double dérive qui fragilise le débat sur la Loi fondamentale congolaise. D’un côté, des hommes de Dieu qui lisent la Constitution comme un verset sacré, l’interprètent en chaire et veulent dicter la volonté céleste à la cité. De l’autre, une classe politique transformée en arène de catch, où la question de la révision constitutionnelle devient un match à la gloire d’un camp, quitte à oublier l’unique souverain : le peuple congolais. Ni la soutane, ni la cravate ne peuvent parler à sa place, rappelle l’auteur. Et si l’heure du choix venait, c’est dans l’urne, dans le calme et la dignité, que ce peuple devra dire son dernier mot. Parce qu’une Constitution ne se brandit ni comme une arme, ni comme une relique — elle se vit par et pour le peuple. Tribune.

En République Démocratique du Congo, la Constitution est devenue une chaire.

Du haut des pupitres, certains pasteurs en font l’exégèse comme s’il s’agissait du livre de Daniel dans la Sainte Bible. On y cherche des signes, on y lit des prophéties, on tranche entre le bien et le mal avec la ferveur d’un dimanche de culte. Le texte fondamental de 2006 est convoqué dans les homélies, brandi comme une relique, parfois tordu comme un verset qu’on veut faire dire ce qu’il ne dit pas.

Face à eux, la classe politique s’est transformée en arène. Les uns et les autres se défient, s’invectivent, comptent les points, dans la querelle de responsabilité. La révision ou le changement de la Constitution devient un match non homologué…On dirait qu’un trophée attend le camp des “pro” ou des “anti”, qu’une coupe sera levée au coup de sifflet final. On oublie l’essentiel :

Il ne s’agit ni d’un championnat, ni d’un sermon. Il s’agit de la Constitution. La Loi fondamentale ! Et il s’agit du peuple. Car dans une République, un seul souverain existe : Le peuple congolais.

Ni la soutane, ni la cravate ne peuvent parler à sa place. L’article 5 de notre Constitution le rappelle avec une clarté que nul ne peut réciter à demi-mot : « La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple ».

Or, que voyons-nous ? Des prises de parole multiples, pressées, et bruyantes. Chacun veut dire le droit avant le juge, dire la volonté du peuple avant le peuple. On instrumentalise la peur, on agite le spectre du chaos, on sanctifie ou on diabolise un texte qui, après tout, n’est que l’ouvrage des hommes pour organiser la vie des hommes vivant dans un territoire nommé RDC!

La Constitution n’est pas la Bible. Elle n’est pas intangible. Les nations vivent, évoluent, et leurs lois avec elles. Mais elle n’est pas non plus un chiffon que l’on déchire selon les humeurs d’une saison politique. Entre le dogme et le mépris, il y a un chemin, celui du respect.

Respect des procédures qu’elle prévoit elle-même. Respect du débat contradictoire, serein, documenté. Respect surtout de ce moment où les micros se taisent et où seul le bulletin parle dans l’urne.

Aux hommes de Dieu, nous disons : votre rôle est d’éclairer les consciences, non de commander les urnes. Prêchez la paix, la justice, la vérité. Mais laissez César et le peuple régler les affaires de César.

Aux hommes politiques, nous disons : Cessez de transformer un débat juridique en concours d’invectives. Aucun trophée ne nous sera remis. L’Histoire, elle, retiendra si nous avons été dignes ou si nous avons préféré le vacarme à la nation. Et au peuple congolais, rappelons ceci : le dernier mot vous appartient. Pas aux chaires, pas aux estrades. À vous!

Quand viendra l’heure, si elle vient, ce sera à vous de dire oui ou non. Dans le calme. Dans la dignité. Dans la souveraineté. Car une Constitution ne vaut que par le peuple qui la porte. Et un peuple n’est grand que lorsqu’il refuse d’être le spectateur de son propre destin.

« Quand la Constitution devient une arme contre le peuple, c’est que quelqu’un l’a braquée à l’envers. »

Henry MUTOMBO MIKENYI

Écrivain et chercheur en fiscalité

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