ECO 1152 31

La 13ème Conférence des gouverneurs officiellement fixée en mars 2026 à Bandundu-ville, un test pour la décentralisation

Après un report forcé par les contraintes logistiques, Bandundu-Ville s’apprête enfin à devenir le centre de gravité politique de la RDC. Initialement prévue en décembre dernier, la 13ème Conférence des gouverneurs de provinces se tiendra du 3 au 7 mars 2026 dans le chef-lieu de la province du Kwilu. Entre évaluation de la décentralisation et défis sécuritaires, ce forum institutionnel — convoqué par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani — marque la fin d’une course contre la montre pour la mise à niveau des infrastructures d’accueil locales.

Initialement programmée en décembre 2025, la 13ème Conférence des gouverneurs de provinces se tiendra finalement du 3 au 7 mars 2026 à Bandundu-ville, chef-lieu de la province du Kwilu. L’annonce a été faite par le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, dans une communication officielle adressée aux présidents des Assemblées provinciales ainsi qu’aux gouverneurs des 26 provinces que compte la République Démocratique du Congo.

Cette décision met fin à plusieurs mois d’incertitude quant à la tenue de ces assises, qui constituent l’un des rendez-vous majeurs de la vie institutionnelle du pays. Le report, intervenu en toute fin d’année dernière, avait été motivé par ce que les autorités avaient qualifié de «déficiences en infrastructures» dans la région hôte.

Des travaux de dernière minute pour accueillir les délégations

Concrètement, ce sont principalement les capacités d’accueil limitées de Bandundu-ville qui ont contraint le Gouvernement à reporter l’événement. La mise à niveau de l’aéroport de la ville, afin de permettre l’atterrissage d’appareils de plus grande capacité transportant les délégations venues de toutes les provinces, a nécessité des travaux urgents. Parallèlement, la réhabilitation et la construction de certaines infrastructures hôtelières et d’hébergement ont été entreprises pour faire face à l’afflux attendu de participants.

La province du Kwilu, dont Bandundu-ville est le chef-lieu, avait été désignée pour accueillir cette édition de la Conférence des gouverneurs lors du précédent sommet tenu en juin 2025 à Kolwezi, dans le Lualaba. Ce choix s’inscrivait dans la volonté du Gouvernement central de décentraliser l’organisation de ces assises et de promouvoir l’ensemble des provinces, y compris celles disposant d’infrastructures moins développées.

Un cadre stratégique pour évaluer la décentralisation

Dans sa communication, le VPM Jacquemain Shabani a été clair : « Les présidents des Assemblées provinciales et les gouverneurs des provinces sont enjoints de prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer leur participation à ces assises. » Cette injonction souligne l’importance capitale que revêt cette conférence pour l’État congolais.

La Conférence des gouverneurs constitue en effet un cadre institutionnel de concertation essentiel entre le pouvoir central et les exécutifs provinciaux. Elle poursuit plusieurs objectifs fondamentaux :

L’évaluation de la mise en œuvre de la décentralisation, un processus constitutionnel clé qui vise à transférer effectivement des compétences et des ressources aux provinces. Plus de 15 ans après la promulgation de la Constitution de 2006, la décentralisation reste un chantier inachevé, avec des disparités importantes entre les provinces.

L’examen des défis sécuritaires : dans un contexte où plusieurs provinces (notamment à l’Est) font face à des défis sécuritaires majeurs, cette conférence permettra de coordonner les réponses entre le niveau central et les gouverneurs, qui sont les commandants en chef de la police provinciale.

L’analyse des défis économiques et sociaux : les gouverneurs auront l’occasion de présenter les réalités spécifiques de leurs provinces et de solliciter l’appui du gouvernement central pour financer des projets de développement.

L’harmonisation des politiques publiques : l’objectif est d’assurer une cohérence dans l’action gouvernementale sur l’ensemble du territoire national, en alignant les programmes provinciaux sur la vision nationale.

Des enjeux multiples dans un contexte de tensions

Cette 13ème édition revêt une importance particulière à plusieurs égards. D’une part, elle intervient dans un climat où les relations entre le pouvoir central et certaines provinces ont parfois été marquées par des tensions, notamment autour de la question des rétrocessions financières. Les gouverneurs réclament régulièrement une plus grande autonomie financière et une application plus stricte des dispositions constitutionnelles sur la part des recettes revenant aux provinces.

D’autre part, la tenue même de cette conférence à Bandundu-ville, après un report lié aux infrastructures, constitue un test grandeur nature pour la politique d’aménagement du territoire et de désenclavement des chefs-lieux de province prônée par le gouvernement. La capacité à organiser avec succès un tel événement dans une ville souvent considérée comme moins bien dotée que les grandes métropoles sera scrutée de près.

Les travaux, qui s’étaleront sur cinq jours, devraient être sanctionnés par une série de recommandations et de résolutions qui orienteront l’action des gouvernements provinciaux pour les mois à venir. Ils seront également l’occasion, pour le Président de la République Félix Tshisekedi, dont on attend la présence pour la cérémonie d’ouverture ou de clôture, de rappeler sa vision pour la décentralisation et le développement à la base.

En attendant le mois de mars, les équipes techniques sont déjà à pied d’œuvre à Bandundu-ville pour finaliser les préparatifs et s’assurer que la cité des Batende soit prête à relever ce défi logistique et organisationnel.

Francis N.