Depuis Luozi, dans le Kongo Central, le Ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, affiche clairement sa ligne politique. En tournée dans son fief de Manianga, dans le territoire de Luozi, l’autorité morale de l’AVC plaide ouvertement pour un changement de la Constitution afin de rendre possible un éventuel troisième mandat du Président Félix Tshisekedi. À l’heure où, au sein de l’Union sacrée, les voix discordantes sont rappelées à l’ordre, Didier Budimbu se positionne parmi les soutiens actifs de cette option et promet d’intensifier la mobilisation populaire, du Kongo Central jusqu’à Kinshasa.
Pendant que Kinshasa bruisse des premières tensions au sein de l’Union sacrée, la base, elle, se prépare à une nouvelle guerre d’influence. Envoyé spécial dans le territoire de Luozi, Didier Budimbu, ministre des Sports et autorité morale de l’Autre Vision du Congo (AVC), a lancé ce week-end une offensive politique d’envergure. Loin des salons feutrés de la capitale, c’est en terre ancestrale, sur les rives du fleuve Congo, qu’il a choisi de planter le décor d’un projet qui pourrait bien changer le visage de la République : le changement de la Constitution pour offrir un troisième mandat à Félix Tshisekedi.
Sous un soleil de plomb écrasant la cité fluviale, devant une foule acquise à sa cause, venue en nombre des villages environnants, Didier Budimbu n’a pas mâché ses mots. Vêtu d’une tenue sobre mais arborant les couleurs de son mouvement politique, il a harangué les populations locales, mêlant habilement le registre du développement local à celui, plus brûlant, de l’avenir institutionnel du pays.
«Le pays tient désormais un chef dont l’amour de la nation est indéniable », a-t-il lancé, déclenchant des applaudissements nourris, avant de s’engager formellement à « proposer à l’Union sacrée de soutenir une révision de la Constitution afin de permettre ce troisième mandat ».
Un discours rodé, millimétré, qui sous des airs de reconnaissance patriotique cache mal l’ambition inavouée d’une perpétuation au pouvoir. Mais ici, à Luozi, à des centaines de kilomètres de Kinshasa, le message passe avec une simplicité déconcertante. Pour beaucoup, le Chef de l’État a ramené la paix et lancé des chantiers. Alors, pourquoi lui refuser plus de temps ?
Le pèlerinage de Nienge
La journée du ministre a débuté par une étape à forte portée symbolique, presque mystique, au village Nienge, terre de ses ancêtres. Le natif du terroir de Manianga, accompagné d’une délégation fournie, s’est longuement recueilli sur la tombe de son père, feu Ntubwanga. Selon son entourage, ce moment de recueillement visait à « communier avec les ancêtres avant d’entamer une journée marathon ».
Un geste qui, dans l’imaginaire collectif, ne doit rien au hasard. Demander la bénédiction des anciens avant une bataille politique est un classique. Et c’est bien d’une bataille dont il s’agit.
Après la traversée du fleuve vers la cité de Luozi, le ton a changé. Le recueillement a laissé place à l’offensive politique. Devant une population venue en masse, Didier Budimbu a déroulé le programme de l’AVC : une tournée méthodique dans tout le Kongo Central, passant par Seke Banza, Kasangulu et Moanda, pour « amener la population à adhérer au projet de changement de la Constitution ». L’objectif est clair : transformer le bastion historique de l’opposition (celle de feu Étienne Tshisekedi) en un rempart pour le maintien au pouvoir de son fils.
Kinshasa s’embrase, Budimbu avance
Pourtant, pendant que Budimbu prêche la bonne parole à la base, l’atmosphère dans la capitale se charge d’une électricité orageuse. L’étau se resserre implacablement sur les récalcitrants. Modeste Bahati, deuxième vice-président du Sénat et poids lourd politique du Sud-Kivu, en a fait les frais avec une brutalité qui en dit long sur la nervosité du pouvoir. Pour avoir osé s’écarter du nouveau dogme présidentiel, pour avoir sans doute émis des réserves ou tenté de temporiser, il fait désormais l’objet d’une mise en demeure cinglante de la part de la majorité.
Le message est clair et il est terrible : dans cette Union sacrée, l’allégeance au Chef de l’État ne se mesure plus à une simple fidélité politique. Elle se doit désormais d’être active, démonstrative et exclusive. Elle se fixe sur l’appui inconditionnel au projet de changement constitutionnel. Les oublis du passé, les promesses de campagne, tout semble balayé par cette exigence nouvelle. Pendant que Bahati est sommé de se ranger ou de sortir, Budimbu, lui, est propulsé en première ligne. Une différence de traitement qui illustre les nouvelles lignes de fracture au sein du pouvoir : d’un côté, les hésitants qu’on broie ; de l’autre, les zélateurs qu’on encense et qu’on envoie au front.
Le développement comme appât, les promesses comme boussole
Didier Budimbu, stratège avisé, joue la carte de la gratitude et de la proximité. Il a longuement salué les projets de développement en cours dans la région, citant pêle-mêle des routes, des écoles, des centres de santé. Il a appelé à la « continuité du leadership » pour « achever les chantiers engagés ». L’argument est imparable pour une population qui a soif de progrès tangible : « Vous voulez que ça continue ? Alors, il faut que celui qui a commencé puisse finir ».
Mais derrière le miroir aux alouettes des infrastructures, le peuple Manianga, tout en exprimant sa gratitude, n’a pas perdu la mémoire. Plusieurs sages et notables, prenant la parole, ont profité de cette tribune inespérée pour rappeler certaines promesses qui, elles, n’ont pas encore vu le jour. Parmi les attentes majeures, une revient comme une litanie : la dotation de deux nouveaux bacs, solennellement annoncée par le Chef de l’État lui-même. Cet équipement, jugé essentiel pour désenclaver la région et faciliter les échanges fluviaux entre les deux rives, notamment entre Luozi et le village de Kimbemba, est attendu avec une impatience qui frôle l’exaspération.
Un rappel amer que le développement ne saurait être une monnaie d’échange contre un blanc-seing politique. Si la population écoute, si elle acclame, elle n’oublie pas. Elle note, elle compare, elle attend.
Le dispositif mis en place par l’AVC et Didier Budimbu ne se limite pas à cette seule étape de Luozi. Il s’inscrit dans un plan méthodique de conquête des esprits. D’ores et déjà, dès son retour à Kinshasa, le ministre promet un meeting populaire d’une ampleur inédite au terrain GD de Lemba. L’objectif affiché : « vulgariser sans complexe » le projet porté par son mouvement. Transformer un meeting sportif en tribune politique pour marteler le message et, surtout, montrer à la face du pays et aux hésitants de l’Union sacrée que la base, elle, est prête à suivre.
En choisissant Lemba, une commune populaire de la capitale, Budimbu ne laisse rien au hasard. C’est un signal fort envoyé à la jeunesse, aux électeurs des quartiers densément peuplés. Le message est simple : « Nous avons l’onction des ancêtres à Luozi, nous aurons la force du nombre à Kinshasa ».
Le Kongo Central adhère
Pendant que certains, comme Modeste Bahati, fléchissent ou tentent de résister, d’autres, comme Didier Budimbu, se préparent à brûler les étapes pour écrire une nouvelle page de l’histoire politique de la RDC. Quitte à réécrire les règles du jeu en cours de partie. Le Kongo Central, terre de résistance et de lutte pour la démocratie, est devenu le laboratoire d’une ambition présidentielle. Et le débat sur la Constitution, un test de loyauté implacable où se joue peut-être l’avenir de tout un pays.
A tout prendre, la campagne pour le « oui » au changement de la Constitution a commencé. Elle est discrète, méthodique, enveloppée dans le manteau du développement et du recueillement. Mais elle est bel et bien là. Et elle descend le fleuve, portée par des hommes politiques déterminés, pour venir jusqu’à nous. Le peuple, lui, observe, espère et retient.
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