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« Assez de l’impunité ! » : À l’ONU, Suminwa exige des réparations pour les femmes violées pendant la guerre

La voix de la République Démocratique du Congo a résonné comme un coup de semonce dans le silence feutré des Nations Unies. Ce jeudi 12 mars 2026, depuis la tribune du forum de haut niveau, la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, n’est pas venue quémander; elle est venue exiger. Face à un monde trop souvent complice par son inaction, elle a porté la parole des milliers de femmes, de filles et d’enfants de l’Est du Congo, dont les corps sont devenus des champs de bataille.

Sous le thème évocateur « De Kinshasa à Kiev : unir les forces pour les réparations et la justice », la cheffe du gouvernement congolais a brisé le langage diplomatique pour nommer l’innommable. Elle a dénoncé avec une vigueur rare l’utilisation systématique du viol comme « arme de terreur, d’humiliation et de domination » par les groupes armés qui ensanglantent l’Est du pays.

Un siècle de douleurs, zéro réparation

Les chiffres, accablants, donnent le vertige. Du tristement célèbre Mapping Report des Nations Unies de 2010 aux données récentes de l’UNICEF faisant état d’une explosion des violences contre les enfants depuis janvier 2025, la Première ministre a dressé le tableau d’un crime de masse qui persiste, impuni. Derrière ces statistiques, il y a des vies brisées, des villages incendiés et une nation qui saigne.

Mais Kinshasa refuse désormais de tendre l’autre joue. « Nous ne voulons plus de condoléances, nous voulons des actes », a martelé Judith Suminwa dans une allocution qui a électrisé l’assemblée. Elle a détaillé l’arsenal législatif et institutionnel mis en place par le gouvernement pour sortir de l’ornière de l’impunité : la relance de la Politique nationale de réforme de la justice 2017-2026, la création en 2023 du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), l’installation d’une Commission nationale de justice transitionnelle et l’adoption en 2025 d’un Plan national d’action aligné sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité.

Présenté comme le joyau de cette nouvelle politique, le FONAREV incarne une rupture fondamentale. Finie la charité humanitaire au compte-gouttes. La RDC se dote d’un outil intégré qui lie l’urgence humanitaire, la réparation judiciaire et le développement à long terme. «Nous passons d’une réponse ponctuelle à une politique d’État», a insisté la Première ministre, soulignant la modernisation de la justice et la numérisation des dossiers pour traquer les bourreaux jusqu’au bout du monde.

Le Rwanda dans le viseur, l’inaction complice

Judith Suminwa n’a pas éludé les obstacles. L’insécurité chronique, les infrastructures détruites, la difficulté titanesque à recenser toutes les victimes, et surtout, le manque criant de moyens. Mais c’est en évoquant les « dynamiques régionales » que le ton est devenu le plus grave. Sans détour, elle a pointé le soutien du Rwanda à la rébellion du M23, dénonçant le rôle de Kigali dans l’entretien de ce conflit qui perpétue les violences sexuelles.

Son message, lucide, était un appel à la communauté internationale. Pas un appel à l’aumône, mais une injonction morale : «Transformez votre indignation en justice et en réparations effectives ».

L’Afrique regarde, le monde jugé

Alors que la guerre en Ukraine accapare les regards et les financements, la Première ministre congolaise est venue rappeler que les larmes des femmes du Kivu ont la même valeur que celles des femmes de Kiev. Elle a exigé des financements innovants, un appui technique concret et un engagement politique sans faille.

En quittant la tribune, Judith Suminwa a laissé derrière elle une salle médusée et un message gravé dans le marbre de l’Histoire : la RDC ne se contentera plus de soigner ses blessures. Elle exige que justice soit faite. Et elle attend que le monde, enfin, soit à la hauteur.

Hugo Tamusa