Coup dur pour l’initiative du prix « Kanyaka ». Deux figures connues de la lutte contre la prédation financière, Florimond Muteba et Jules Alingete, ont sèchement décliné leur nomination, infligeant un sérieux revers à l’ONG « Congo n’est pas à vendre (CNPAV) ». Les deux personnalités dénoncent un manque d’objectivité et de crédibilité dans le processus de sélection, allant jusqu’à mettre en cause les motivations de cette ONG qui se présente pourtant comme un acteur majeur de la lutte contre la corruption en RDC.
Ce devait être une cérémonie de consécration pour l’ONG Congo n’est pas à vendre (CNPAV). Ce sera finalement un fiasco retentissant. Le prix « Kanyaka », décerné par une organisation dont la réputation dans la lutte contre la corruption est de plus en plus contestée, vient de subir un double camouflet cinglant. Le professeur Florimond Muteba, président du Conseil d’administration de l’ODEP, et Jules Alingete, l’emblématique patron de l’Inspection générale des finances (IGF), ont tous deux refusé leur nomination avec une virulence qui en dit long sur les tensions qui traversent l’écosystème de la gouvernance en RDC.
L’information, qui s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, révèle un véritable séisme dans le microcosme de la société civile et de la lutte antifraude. Loin de se laisser attendrir par une prétendue reconnaissance, les deux hommes ont opposé une fin de non-recevoir cinglante, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une mascarade.
« Retirez mon nom ou je conteste » : le coup de gueule de Florimond Muteba
Joint par une source proche de son entourage, le professeur Florimond Muteba n’a pas mâché ses mots. Dans une conversation dont les échos ont filtré sur la toile, le président du Conseil d’administration de l’ODEP (Observatoire de la dette publique) balance : « Je suis au regret de ne pas participer à cette cérémonie pour absence d’objectivité et de crédibilité dans les choix opérés. Je demande aux organisateurs de retirer mon nom sur cette liste sous peine d’une contestation officielle, sauf s’ils acceptent de faire refléter la réalité de la lutte contre la corruption dans notre pays ».
Une déclaration qui sonne comme un réquisitoire contre les méthodes et la partialité présumée du CNPAV. Pour le professeur Muteba, figure respectée de la société civile congolaise, il est hors de question de cautionner une cérémonie qui, selon lui, ne traduit pas la réalité des efforts et des résultats obtenus dans la traque des antivaleurs.
Jules Alingete : CNPAV, « une ONG à la solde des prédateurs »
Mais la réponse la plus cinglante est sans doute venue de Jules Alingete, l’homme qui a transformé l’IGF en véritable épouvantail pour les « prédateurs financiers ». Celui que l’on surnommait le « flic financier en chef de la nation », celui-là même qui a causé des insomnies aux détourneurs de deniers publics, a littéralement dynamité l’initiative du CNPAV.
Avec un ton sec et déterminé, Jules Alingete a justifié son refus par une mise en cause radicale de la crédibilité de l’ONG : « Je ne peux jamais accorder un crédit à cette ONG financée par les Occidentaux et à la solde des prédateurs financiers. Je décline cette initiative et demande aux intéressés d’enlever mon nom sur leur liste au risque que je monte au créneau pour dénoncer leur affaire dont j’ignore la raison cachée ».
Des propos d’une rare dureté qui visent directement le cœur du réacteur.
En accusant le CNPAV d’être « financé par les Occidentaux » et « à la solde des prédateurs », Jules Alingete ne se contente pas de refuser un prix : il jette une ombre considérable sur l’intégrité de l’organisation et questionne ses véritables motivations.
Un prix « Kanyaka » qui tourne au vinaigre
Ce double refus est un désaveu public cinglant pour le CNPAV, qui tentait sans doute de capitaliser sur la notoriété de ces deux figures de proue de la lutte contre la corruption pour redorer son blason.
L’incident met en lumière les profondes divisions et les suspicions qui règnent dans le paysage de la gouvernance en RDC. D’un côté, des acteurs comme Jules Alingete et Florimond Muteba, qui mènent un combat quotidien sur le terrain avec des résultats concrets. De l’autre, des organisations comme le CNPAV, dont les méthodes et les sources de financement sont désormais ouvertement remises en question par ceux-là mêmes qu’elles prétendaient honorer.
Alors que la lutte contre la corruption reste un cheval de bataille majeur pour le gouvernement congolais, cet épisode révèle que la bataille se joue aussi sur le terrain de la crédibilité et de la légitimité. Reste à savoir si le CNPAV répondra aux ultimatums des deux lauréats ou s’il maintiendra coûte que coûte ses nominations, au risque d’aggraver encore la controverse.
Réactions à chaud de Florimond Muteba et Jules Alingete
Prof Florimond Muteba : « Je viens de lire le document de CNPAV sur les nominés et les faits graves de corruption du prix KANYAKA.
Pour ma part, je considère qu’il n’y a d’objectivité dans les choix opérés.
Pendant 5 ans, j’ai participé à la lutte contre la corruption dans le pays et j’en connais beaucoup.
Je me demande pourquoi l’IGF en tant qu’institution n’est pas là par rapport à la Cour des Comptes et à la CENAREF. Le travail abattu par l’IGF dans la lutte contre la corruption ces 5 dernières années reste inégalable.
C’est inacceptable !
J’ai encore des doutes sur le sérieux de cette initiative au regard de certaines personnalités physiques nominées.
Comment peut-on parler des faits graves de corruption en RDC sans évoquer des grands scandales comme celui de 71 Millions Usd de l’Etat perdus dans l’affaire des FORAGES, de BUKANGA-LONZO pour 200 Millions de USD, 45 Millions USD de la BCC détournés par BGFI BANK au profit de la Société EGAL, 630 Millions USD des avancés fiscales de la GECAMINES disparus à la BCC.
Pour ma part, tout en remerciant l’ONG CNPAV pour m’avoir choisi parmi les nominés, je suis au regret de ne pas participer à cette cérémonie pour absence d’objectivité et de crédibilité dans les choix opérés et leur demande de retirer mon nom sur cette liste sous peine d’une contestation officielle, sauf si les organisateurs acceptent de faire refléter la réalité de la lutte contre la corruption dans notre pays ».
Jules Alingete : « Comment peut-on parler des acteurs personnes physiques dans la lutte contre la corruption et n’est pas cité le Prof Florimond Muteba qui a pris des risques énormes dans ce secteur ?
Je ne saurais comprendre le choix porté sur des personnalités telles que l’ancien Procureur Général près la Cour des Comptes. Un corrompu au service des prédateurs financiers.
Ce Monsieur a défendu la prédation financière au BCECO, il a pris parti pour les détourneurs du dossier FORAGES.
La Cour des Comptes a accepté de se faire payer les véhicules de fonction en 2024 sans crédits budgétaires, sans passation des marchés et plus grave encore en procédure d’urgence surfacturés de 100 % auprès de Jacky KAZADI. En quoi, elle a mené des actions plus que l’IGF ?
Triste ! Je ne peux jamais accorder un crédit à cette ONG financée par les Occidentaux et à la solde des prédateurs financiers. Je décline cette initiative et demande aux intéressés d’enlever mon nom sur leur liste au risque que je monte au créneau pour dénoncer leur affaire dont j’ignore la raison cachée ».
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