Alors que la République Démocratique du Congo affiche des indicateurs macroéconomiques inespérés – appréciation de 20,7 % du franc congolais sur un an, inflation tombée à 2,36 % et accord de principe avec le FMI pour un nouveau décaissement – la Banque Centrale du Congo (BCC) se trouve soudainement prise entre deux feux. D’un côté, une stabilité chèrement acquise, saluée par le Fonds monétaire international (FMI) et matérialisée par un staff-level agreement début mai. De l’autre, une épidémie d’Ebola désormais classée urgence sanitaire mondiale, qui a déjà mobilisé des centaines de millions de dollars américains d’aides d’urgence, mais aussi imposé des restrictions de voyage américaines ciblant les ressortissants congolais. Pour l’Institut d’émission, le dilemme est cruel : faut-il continuer à serrer la vis monétaire pour préserver les acquis macroéconomiques, ou bien desserrer l’étau pour faire face à une crise sanitaire transfrontalière qui menace directement la confiance des agents économiques et la liquidité du système ? En toile de fond, le Conseil d’administration du FMI de juin prochain devra trancher : ces 260 à 300 millions de dollars US promis au titre de la Facilité élargie de crédit suffiront-ils à conjuguer résilience sanitaire et orthodoxie budgétaire ? Tribune de Jerry Bossa Domba, auteur de l’ouvrage intitulé ‘Le labyrinthe fiscal ».
À première vue, la République Démocratique du Congo n’a jamais semblé aussi près de stabiliser sa macroéconomie. Le franc congolais s’échange à 2 247,03 CDF pour un dollar selon le taux indicatif publié par la Banque Centrale du Congo (BCC) le 25 mai, après avoir touché 2 298,5 CDF trois jours plus tôt — une volatilité hebdomadaire qui n’efface pas une appréciation de 20,7 % sur douze mois.
L’inflation en glissement annuel, mesurée à fin avril, est tombée à 2,36 %, contre 10,18 % un an plus tôt, et reste donc largement sous la cible de moyen terme de 7 % fixée par l’institut d’émission. Devant le Conseil des ministres du 15 mai, le gouverneur André Wameso Nkualoloki a fait état d’un cadre macroéconomique « stable », d’un niveau de réserves de change consolidé et d’un système bancaire résilient.
Cette photographie, validée techniquement par le Fonds monétaire international au terme de sa mission Article IV (23 avril–6 mai), a permis aux autorités d’obtenir le 6 mai un staff-level agreement sur la troisième revue de la Facilité élargie de crédit (FEC) et la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). En attendant le Conseil d’administration du FMI prévu en juin, Kinshasa table sur un décaissement de l’ordre de 260 à 300 millions de dollars, dans le cadre d’un programme triennal de 1,73 milliard de dollars approuvé en janvier 2025.
Tout aurait pu s’arrêter à cette mécanique vertueuse. C’était sans compter l’épidémie d’Ebola, dont l’Organisation mondiale de la santé a fait, le 22 mai, une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). À la veille du week-end, le pays comptait 82 cas confirmés, près de 750 cas suspects et 177 décès suspects.
Le scénario sanitaire, désormais transfrontalier puisqu’il touche également l’Ouganda, a déclenché une mobilisation financière inhabituelle : 60 millions de dollars du Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies, 13 millions des États-Unis (assortis, fait notable, de restrictions de voyage imposées aux ressortissants congolais), 3,9 millions de l’OMS, deux millions de CDC Africa et plus de 25 millions mobilisés par la Banque mondiale.

