1200 21

IGF : fini la vindicte populaire, place à la mobilisation générale : avec Christophe Bitasimwa, la corruption devient l’affaire de tout le monde

Un vent nouveau souffle sur l’Inspection générale des finances (IGF). Fini le temps où l’on livrait des noms en pâture à l’opinion publique sans preuves judiciairement constituées. Sous l’impulsion de son nouveau patron, Christophe Bitasimwa Bahii, l’IGF change de cap : discrétion, rigueur et appel à une mobilisation sociétale globale contre la corruption. Le message est clair : ce fléau ne se combat pas seul, et certainement pas au mépris de la présomption d’innocence.

C’est une petite révolution silencieuse qui s’est engagée depuis mai 2025. Pendant des années, l’IGF avait pris l’habitude de livrer en pâture à l’opinion publique les noms des personnes ou structures contrôlées, sans toujours attendre la moindre procédure judiciaire. Une méthode qui faisait florès entre 2020 et 2025, mais qui appartient désormais au passé.

Jeudi, au chapiteau du Restaurant 19, lors du quatrième jour du séminaire de renforcement des capacités des partenaires médias et société civile, Christophe Bitasimwa a posé les bases d’une nouvelle doctrine. Une déclaration qui sonne comme un acte de rupture.

«Il n’est pas du devoir de l’IGF de révéler les conclusions de ses enquêtes en public en citant des noms. Nous ne le ferons pas.» Le ton est posé, mais la détermination est totale. Le patron de l’IGF enfonce le clou : «L’IGF continuera cependant à communiquer, mais ne citera pas de noms des personnes ou structures mises en cause pour ne pas donner l’occasion à l’opinion publique de les vilipender. »

Cette déclaration est un séisme dans le petit monde des « flics financiers » congolais. Longtemps, l’IGF a fonctionné comme une arme de dénonciation massive, parfois au détriment du sacro-saint principe de la présomption d’innocence. Des carrières brisées, des réputations détruites sur la base de simples conclusions administratives, sans passage devant un juge.

Aujourd’hui, Christophe Bitasimwa dit stop. « Le travail de l’IGF est censé se faire dans le secret. Il n’est pas question de jeter des gens en pâture… » Une formule qui en dit long sur la philosophie du nouveau patron : la rigueur plutôt que le spectacle, l’enquête méthodique plutôt que la vindicte populaire.

Mais attention : ce changement de méthode n’est en aucun cas un relâchement dans la lutte contre la corruption et les détournements. Bien au contraire. Le « flic financier en chef » de la République l’assure : la traque des fraudeurs reste au cœur de son action. Simplement, elle ne se fera plus au mépris des droits fondamentaux.

LE «CONTROLE SYSTEMIQUE» : ATTAQUER LE MAL A LA RACINE

Là où le discours de Christophe Bitasimwa prend une dimension inédite, c’est lorsqu’il élargit le champ de la responsabilité. Pour lui, la corruption n’est pas l’affaire exclusive des technocrates de l’IGF ou des magistrats. C’est une question de société. Et elle commence bien avant les faits divers judiciaires.

«La corruption n’est pas l’affaire de la seule IGF. C’est une affaire de toute la société congolaise.» Derrière cette phrase apparemment simple se cache une conviction profonde : tant que l’éthique ne sera pas réapprise dans les familles, dans les écoles, dans les églises, les contrôles les plus stricts ne suffiront pas à éradiquer le mal.

Le patron de l’IGF appelle ainsi à une mobilisation générale. Aux médias, à la société civile, aux citoyens : tous doivent s’emparer du sujet. « La corruption est une affaire sociétale qui exige la mobilisation de tous », martèle-t-il, lançant un véritable appel aux armes contre ce fléau qui ronge la RDC depuis des décennies.

LA NOUVELLE ARME DISCRETE MAIS REDOUTABLE

Derrière ce changement de discours, il y a aussi une mutation technique. Christophe Bitasimwa mise sur une nouvelle approche : le « contrôle systémique ». Objectif : renforcer le dispositif de contrôle en amont, pour protéger les finances publiques avant même que les détournements ne se produisent. Une logique de prévention et de dissuasion, plutôt que de sanction a posteriori.

Ce séminaire, qui s’achève ce samedi, marque ainsi l’appropriation par différents partenaires sociaux du Plan stratégique triennal 2026-2028 de l’IGF. Trois années pour insuffler ce nouveau cap, dans la discrétion et l’efficacité.

L’enjeu est immense. Après des années où l’IGF était aussi crainte pour ses excès médiatiques que pour ses capacités d’investigation, Christophe Bitasimwa tente un pari ambitieux : prouver que l’on peut lutter contre la corruption sans briser des vies sur la place publique, et en impliquant chaque Congolais dans cette bataille.

Le vent du changement souffle désormais sur l’IGF. Reste à voir si la société congolaise, trop souvent spectatrice passive des scandales, se lèvera pour répondre à l’appel. Car comme le rappelle le patron de l’IGF : cette affaire est désormais l’affaire de tous.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *