Quelle ville abritera le «Dialogue national inclusif» ? : Tshisekedi choisit Brazzaville plutôt que Luanda

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Le Président de la République, Félix Tshisekedi, privilégie Brazzaville à Luanda pour la tenue du « Dialogue national inclusif » congolais. Alors que le chef de l’État angolais João Lourenço s’est fortement investi pour faire aboutir cette médiation, le cercle du pouvoir à Kinshasa opte fermement pour l’arbitrage de Denis Sassou Nguesso. En évitant la capitale angolaise au profit de la République du Congo, où les préparatifs d’accueil seraient déjà lancés, la Présidence de la République entend sceller la réconciliation nationale dans un cadre qu’elle juge idéal.

Le Dialogue national inclusif tant attendu aura bel et bien lieu. Mais ce ne sera ni à Kinshasa ni à Luanda. Dans l’entourage du Président de la République, Félix Tshisekedi, on le martèle en coulisses : seul Brazzaville, capitale de la République du Congo voisine, offre les conditions idéales pour offrir aux Congolais une chance de se réconcilier. Un choix lourd de sens, qui ressemble à un désaveu pour le président angolais João Lourenço, pourtant très investi dans ce dossier depuis des mois.

Si João Lourenço s’est échiné à amener les protagonistes congolais autour d’une même table, à Kinshasa, on ne préfère pas la route qui mène à Luanda. La préférence va clairement à Denis Sassou Nguesso, le président du Congo-Brazzaville, que Félix Tshisekedi n’hésite pas à qualifier de « sage de l’Afrique ».

Les indiscrétions se multiplient : Brazzaville se prépare déjà à accueillir les parties congolaises. Les confessions religieuses, qui ont joué un rôle clé dans l’annonce du dialogue le 17 juillet dernier, ont d’ailleurs salué la contribution du président congolais (de Brazzaville) à ces efforts.

Un rôle discret, mais déterminant

Denis Sassou Nguesso ne se contente pas d’offrir ses salons. Il agit en véritable facilitateur, en coulisses. C’est lui qui aurait proposé à Tshisekedi de solliciter l’expertise de l’ancien président guinéen Alpha Condé, une « personne de confiance » pour Sassou Nguesso. Une implication discrète, qui remonte au début du mois de juillet, lorsque Condé se trouvait à Brazzaville au moment de la visite de travail de Tshisekedi.

Ce jeu d’équilibre régional témoigne d’une volonté manifeste de Kinshasa de s’affranchir de l’ombre portée de Luanda.

Car le choix de Brazzaville est aussi un camouflet pour João Lourenço. Officiellement mandaté en février dernier par la communauté internationale pour engager des consultations en vue d’un dialogue politique en RDC, le président angolais peine à faire aboutir son initiative. Selon plusieurs sources diplomatiques, le projet se trouve pour l’instant dans l’impasse, et Lourenço se fait de plus en plus discret.

À Kinshasa, on estime que la médiation angolaise, trop impliquée dans les dossiers sécuritaires de l’Est, n’offre pas les garanties de neutralité nécessaires à un dialogue véritablement inclusif. Brazzaville, en revanche, incarnerait un espace plus neutre et plus propice à la réconciliation nationale.

Un dialogue sous haute surveillance

Le choix de Brazzaville suscite cependant des interrogations. Le Réseau national des ONG des droits de l’homme (Renadhoc) s’est déjà prononcé en faveur d’une tenue du dialogue à Brazzaville sous la médiation de Sassou Nguesso. Mais d’autres voix, notamment au sein de l’opposition, redoutent que ce cadre n’offre pas toutes les garanties d’impartialité nécessaires.

Le dialogue, qui doit être « inclusif, apaisé et résolument républicain », selon les termes de la Présidence de la République, devra désormais convaincre l’ensemble des forces vives de la RDC. Son organisation à Brazzaville, si elle se confirme, marquera un tournant diplomatique majeur dans la région des Grands Lacs.

En choisissant Sassou plutôt que Lourenço, Félix Tshisekedi assume un pari risqué : celui de placer la réconciliation nationale sous le signe d’une médiation ouest-africaine et congolaise (de Brazzaville), plutôt que sous l’égide d’un voisin angolais dont l’implication dans la crise de l’Est est perçue avec méfiance.

Le succès de ce dialogue dépendra désormais de la capacité de toutes les parties à saisir cette main tendue pour engager la RDC dans la voie d’une paix durable.

Econews

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