L’insalubrité serait-elle inscrite dans l’ADN des habitants de Kinshasa ? (Tribune)

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Il fut un temps où Kinshasa portait fièrement son surnom de « Kin la belle ». Aujourd’hui, la capitale de la République démocratique du Congo offre le visage affligeant d’une immense poubelle à ciel ouvert, où les immondices remplacent les fleurs et où les caniveaux, jadis vecteurs d’évacuation des eaux, sont devenus des dépotoirs sauvages. Des artères de la Gombe aux marchés Gambela et Zikida, en passant par l’avenue Itaga, la crasse s’étale, s’incruste et s’impose comme un décor honteux que plus personne ne semble vouloir regarder en face. Odeurs nauséabondes, maladies des mains sales, inondations à répétition : le tableau est celui d’une ville qui étouffe sous le poids de l’irresponsabilité collective. Pourtant, l’histoire nous rappelle que Kinshasa n’a pas toujours été cette ombre d’elle-même. Alors, faut-il se résoudre à croire que l’insalubrité serait inscrite dans l’ADN des Kinois ? Dans une tribune au ton pamphlétaire, notre confrère Jean-Romance Mokolo Mololo refuse la fatalité et pose un diagnostic sans concession. Entre éducation, répression et gestion pérenne des déchets, il trace trois axes d’une thérapie urgente. Car si la saleté n’est pas une fatalité, elle est d’abord une responsabilité – celle de toute une société qui, à force de fermer les yeux, finit par ne plus voir l’odeur.

La capitale de la République démocratique du Congo a-t-elle été toujours insalubre ?

Ceux qui sont nés ou arrivés à Kinshasa il y a plus de trois décennies ou moins pourront être tentés de répondre affirmativement à cette question, mais les anciens qui ont été témoins de l’époque où la capitale congolaise arborait en permanence sa plus belle robe au point de mériter l’appellation de « Kin la belle » savent que la différence est similaire à celle entre la nuit et le jour.

La capitale de la République Démocratique du Congo est devenue l’ombre d’elle-même depuis plusieurs années et présente la figure d’une grande poubelle à ciel ouvert.

En effet, il suffit de faire un tour dans les différents quartiers, et même à la Gombe – le siège des institutions politiques – pour se rendre compte de la gravité de la situation : Les rues et les avenues de Kinshasa sont « décorées » par de montagneuses immondices éparpillées ça et là. Les caniveaux, construits pour canaliser les eaux pluviales, sont transférés en dépotoirs publics sauvages par les riverains et même les passants – c’est le cas de l’avenue Itaga, en pleine réhabilitation, dans son tronçon compris entre l’avenue ex-24 novembre et l’avenue Kasa-vubu.

Et personne – autorité comme population – n’est apparemment incommodée par ce décor environnemental honteux et lamentable qui parfume horriblement la capitale. En plus de l’odeur nauséabonde, la malpropreté est souvent – point n’est besoin de rappeler les règles élémentaires d’hygiène – la cause de nombreuses maladies.

L’inconfort olfactif est entré dans les mœurs autant que le délestage de fourniture d’eau ou d’électricité. Ce trio constitue la première et repoussante curiosité au touriste. La maladie des mains sales épargne à peine quelques familles.

Dans les différents marchés de la capitale à l’exemple de Gambela, de Zikida, …, ce sont des montagnes d’immondices qui attirent l’attention des visiteurs.

Il est donc imaginable dans ce monde d’inconscients de faire venir des touristes visiter ces oeuvres conséquentes de l’irresponsabilité collective comme on visiterait le mont Kilimandjaro, au Kenya.

Et d’ailleurs, les caniveaux hérités de la colonisation et censés servir d’évacuation des eaux sont devenus les dépotoirs au même titre que les rivières inondées de déchets de toutes sortes, y compris les matières fécales provenant des W.C dépourvus des fausses sceptiques. Il suffit de la moindre pluie pour qu’ils rendent à la population le fruit de son inconscience, surtout des bouteilles en plastique qui obstruent le passage des eaux de pluie, provoquant régulièrement des inondations des routes et des quartiers résidentiels.

Les trois axes majeurs

Le mal étant profond, la thérapie doit l’être si pas davantage. Au-delà de l’action menée actuellement sur terrain à Kinshasa par la Task Force du Service national, il faudra ainsi adopter ce que j’appelle « la politique de la carotte et du bâton », en travaillant sur trois axes.

Primo, il sera nécessaire d’aborder la question en commençant par la campagne d’éducation et à la salubrité à l’intention de la population kinoise, pour l’amener à comprendre l’importance de vivre dans un environnement propre, en observant scrupuleusement les règles élémentaires d’hygiène et de salubrité publique, pour se prémunir notamment des maladies des mains sales ;

Secundo, il faut envisager des mesures répressives contre les contrevenants, ceux qui, malgré la campagne d’éducation et de sensibilisation menée par l’Etat, continueraient à fouler aux pieds les règles d’hygiène et de salubrité publique, en jetant les déchets et des détritus sur la chaussée et dans les canalisations d’eau pluviale. Et  le service d’hygiène, appuyé par la Police nationale congolaise, ainsi que la Task Force du Service National peuvent être mis à contribution pour sanctionner sévèrement ces kinois réfractaires au changement des mentalités, en matière de salubrité publique.

C’est ainsi qu’au-delà de quelques dérapages déplorables, les actions coercitives menées par les éléments du Service national contre certains habitants de la capitale, qui enfreignent ces règles d’hygiène publique, sont à encourager, au nom de cette « politique de la carotte et du bâton ». L’exemple le plus emblématique est celui d’avoir imposer aux habitants de l’immeuble « Le Flamboyant » (situé dans la commune de la Gombe) d’assainir leur milieu de vie.

Des fortes amandes et d’autres mesures de coercition peuvent également être envisagées par les pouvoirs publics contre les récalcitrants.

Enfin, au lieu des opérations ponctuelles du genre « Kin-Bopeto » ou celles que mènent actuellement le Service national, il faut mettre en place un dispositif efficace et pérenne de gestion des déchets ménagers et des immondices de la part des pouvoirs publics, à l’instar du projet PARAU qu’avait mis en place l’Union Européenne, de façon à rendre la capitale rd-congolaise plus salubre qu’avant, mais également pour lui redonner sa beauté d’antan.

Rien ne sert de s’indigner face à certains médias occidentaux présentant Kinshasa comme la ville la plus sale au Monde, mais nous devons travailler sérieusement pour rendre la ville propre. Ce n’est pas en cassant le thermomètre que l’on guérit de la fièvre, mais en prenant le traitement contre la maladie à la base de cette fièvre.

Le plus étonnant est de savoir que nombre d’habitants et même des dirigeants de la capitale ont longtemps vécu en Europe ou dans des pays où l’hygiène et la propreté sont de rigueur et inscrites dans l’ADN des citoyens. Apparemment, nous ici, c’est donc la saleté et l’insalubrité qui sont inscrites dans notre ADN.

Jean-Romance Mokolo Mololo

Journaliste et Analyste des questions de société.

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