
Adolphe Lumanu, Jean-Charles Okoto et Lambert Mende, … ces figures de l’ère Kabila appelées à contribuer à la préparation d’un processus du « Dialogue national », voulu par le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi. C’est dire qu’en République Démocratique du Congo, l’histoire est un éternel recommencement.
Le « Dialogue national », voulu par le Président Félix Tshisekedi, commence à prendre forme, avec une configuration qui ne manque pas d’interpeller.
Alors que le Chef de l’État maintient ses lignes rouges à l’égard de ceux qui ont pris les armes contre la République, notamment l’AFC/M23 et les acteurs se réclamant de Joseph Kabila, la préparation du processus fait émerger d’anciens visages du pouvoir kabiliste.
Dans les cercles proches de la Présidence de la République, le message se veut désormais clair : la machine du Dialogue est en marche et rien ne semble devoir l’arrêter.
Une équipe préparatoire est progressivement constituée pour baliser le terrain, définir les contours du processus et préparer les conditions de son organisation. Mais le choix de certains profils attire particulièrement l’attention.
Parmi les personnalités appelées à jouer un rôle dans cette phase préparatoire figurent, notamment Adolphe Lumanu, Lambert Mende et Jean-Charles Okoto, trois personnalités qui ont occupé des responsabilités importantes sous Joseph Kabila.
Leur présence donne au processus une coloration particulière. Elle traduit, à tout le moins, la volonté d’élargir le cercle des compétences sollicitées au-delà des seuls soutiens historiques du pouvoir actuel.
Des anciens du régime Kabila autour de Tshisekedi
Adolphe Lumanu, Lambert Mende et Jean-Charles Okoto ne sont pas des inconnus de la scène politique congolaise. Ils ont, chacun à son niveau, incarné une partie de l’appareil politique et institutionnel de l’ancien régime. Leur retour dans une séquence politique pilotée par Félix Tshisekedi constitue donc un signal qui ne peut passer inaperçu.
Il révèle surtout une distinction que le pouvoir entend maintenir entre l’opposition politique et la prise d’armes contre l’État. Autrement dit, le Dialogue national ne serait pas conçu comme une table ouverte indistinctement à tous les acteurs de la crise congolaise.
Le Président Tshisekedi a déjà fixé une limite : ceux qui ont choisi la voie militaire contre la République ne peuvent, selon cette logique, prétendre bénéficier du même statut que les acteurs politiques restés dans le champ institutionnel.
C’est dans cet espace que peuvent retrouver une place certaines figures de l’ancien régime.
Une ouverture politique, mais des lignes rouges
La présence des ex-kabilistes dans l’équipe préparatoire pourrait ainsi être interprétée comme une volonté de ne pas transformer le Dialogue en simple rendez-vous entre le pouvoir et ses alliés. Elle traduit plutôt la recherche d’un large spectre politique, capable de réunir des personnalités issues de différentes séquences de l’histoire récente de la RDC.
Le paradoxe est saisissant : alors que Joseph Kabila lui-même se trouve au cœur d’une controverse politique majeure avec le pouvoir de Kinshasa, plusieurs anciens membres de son système se retrouvent désormais associés à la préparation d’un processus porté par son ancien adversaire politique.
Une situation qui témoigne de la complexité du paysage congolais, où les appartenances politiques d’hier ne déterminent pas nécessairement les alliances ou les responsabilités d’aujourd’hui.
Tshisekedi veut garder la main
Pour Kinshasa, l’essentiel demeure toutefois ailleurs: le Dialogue doit se tenir sur le terrain défini par le chef de l’État. Félix Tshisekedi entend ainsi éviter que le processus ne soit récupéré par ceux qui, selon lui, ont choisi la confrontation armée.
Le pouvoir veut également empêcher que le Dialogue ne devienne une plateforme de légitimation de l’AFC/M23 ou de ceux qui se reconnaissent dans la démarche de Joseph Kabila.
La présence de Lumanu, Mende, Okoto et d’autres personnalités issues de l’ancien pouvoir pourrait donc participer d’une stratégie plus large: rassembler des sensibilités politiques diverses sans renoncer aux principes que le président considère comme non négociables.
Le message est désormais double. D’un côté, Kinshasa veut ouvrir un espace de discussion suffisamment large pour que le Dialogue ait une véritable portée nationale. De l’autre, le pouvoir entend verrouiller les conditions d’accès à cette table.
Le retour des anciens comme signal politique
Le fait de voir d’anciens kabilistes participer à la préparation du Dialogue constitue, en définitive, l’un des premiers signaux forts du processus. Il montre que le pouvoir Tshisekedi ne cherche pas nécessairement à bâtir le Dialogue autour d’une seule famille politique. Il semble plutôt vouloir puiser dans différentes expériences de l’État congolais, y compris auprès de personnalités ayant servi sous Joseph Kabila.
Car derrière la composition de l’équipe préparatoire se dessine déjà la véritable bataille du Dialogue : qui sera autour de la table, qui en sera exclu et surtout quelles concessions chacun sera prêt à faire pour que la recherche de la paix ne se transforme pas en nouvelle confrontation politique ?
Econews


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