Dialogue inclusif : qui sème le sang récolte les postes et l’argent (Par Henri Mutombo M.*)

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Henry Mutombo (*) Acteur politique, Écrivain et Chercheur en fiscalité

1. Le constat historique: de la conférence Nationale à Sun City

Dans les années 90, la conférence Nationale Souveraine avait une ambition particulière, celle d’enterrer la dictature de Mobutu et ouvrir le jeu démocratique au Zaïre (RDC). L’idée etait simple, le peuple devait parler, voter, et le peuple devait choisir ses dirigeants en toute transparence.

Mais en 2002 à Sun-City, on a enterré autre chose: l’idée même de la République.

Le pays était découpé en trois morceaux. D’un côté, le MLC de Jean Pierre Bemba soutenu par l’Ouganda, de l’autre, le RCD de Ruberwa soutenu par le Rwanda. Au centre, le pouvoir issu du putsch après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, dirigé par Joseph Kabila sous la tutelle du même Rwanda.

Sun-City n’avait pas réuni le peuple, elle avait plutôt partagé le butin de guerre. Ministères, provinces, argent, armes, etc. C’est ce jour-là que l’impunité est devenue doctrine d’Etat. Le message était clair pour toute une génération:

Au Congo, la kalachnikov vaut plus que le bulletin de vote.

2. Le modus operandi installé

Depuis, la règle est connue de tous : « Qui sème le sang récolte les postes et l’argent ».
La violence est devenue un programme politique, le crime, une qualification, le chantage, une méthode de dialogue.

On ne négocie plus avec les idées. Comme dans un cartel de narcotrafiquants, on négocie avec ceux qui tirent à balles réelles sur les corps humains.

Sociologiquement, on a fabriqué la méfiance et Philosophiquement, on a inversé la morale, et personne ne s’en émeut. Ce n’est plus le mérite qui élève, c’est la menace qui impose le tempo

3. L’hypocrisie constitutionnelle et le retour à Goma

Et pourtant, la loi est écrite noir sur blanc.

La Constitution du 18 février 2006, promulguée par Joseph Kabila lui-même, dit:

Article 5 : La souveraineté nationale appartient au peuple. Aucun individu ne peut se l’attribuer.

Article 64 alinéa 2 : Tout Congolais a le devoir de faire échec a tout individu qui prend le pouvoir par la force.

Il la connaissait. Il l’a signée. Il l’a jurée.

Mais alors, une question brûlante nous ronge:

En promulguant cette Constitution, l’avait-il vraiment lue ? Ou s’est-il contenté d’apposer sa signature sur un pacte social dont il ignorait le contenu véritable ?

Comment peut-on inscrire dans la loi suprême l’interdiction de prendre le pouvoir par les armes, quand on sait d’où l’on vient et comment on est arrivé au pouvoir ?

Mais voilà la tragédie.

Cet homme qui a promulgué l’interdiction du recours aux armes n’a pas su s’arrêter.

Sénateur à vie, couvert de privilèges, d’honneurs et de garanties, cela ne lui a pas suffi.

Depuis 3 ans, il a quitté clandestinement Kinshasa. Il s’est installé à Goma, sous la protection de qui ? Du Rwanda. Le même pays qui agresse notre sol, qui tue nos frères, qui pille nos minerais, qui viole nos sœurs et mères, qui éventre nos enfants et qui arme ses supplétifs du M23.

Pensez-y !

Le garant d’hier de la Constitution dort aujourd’hui sous la tente de ceux qui violent cette même Constitution à coups de bombes.

Il a choisi le camp de l’agression contre son propre pays. Par cet acte, il donne raison à ceux qui doutent de son appartenance à la nation congolaise.

C’est cela le point de non-retour. Ce n’est plus de la politique, c’est une haute trahison.

Quand celui qui a écrit la règle du jeu décide de jouer contre son propre camp, alors le jeu est truqué pour 100 millions de Congolais.

4. La conclusion: un nouveau contrat ou la mort de la République

Un dialogue inclusif n’a de sens que s’il désarme les armes et arme les idées.

Tant que nous continuerons a payer le sang en postes ministériels et en dollars, nous programmerons la prochaine guerre.

La RDC n’a pas besoin d’un nouveau Sun City. La RDC a besoin d’un nouveau serment. Un serment ou l’on accède au pouvoir par la conviction, le travail et le vote du peuple. Pas par la trahison, pas non plus par l’invasion.

Sinon l’histoire va se répéter au cours du prochain siècle. Conférence Nationale, Sun-City, Goma… et demain un autre nom. Mais toujours le même sang. Et toujours les mêmes fossoyeurs.

Nous pouvons donner une nouvelle référence et des nouveaux repères à notre peuple. Que ceux qui font couler le sang des innocents paient de leur propre sang, ça sera une justice inexorable rendue aux victimes de ceux qui veulent toujours semer le sang pour en récolter les postes et l’argent.

Vive la République !

Vive la RDC !

(*) Acteur politique, Écrivain et Chercheur en fiscalité

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