Dialogue inclusif à Brazzaville, pourparlers avec le M23 à Genève : Kinshasa sur un fil… 

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Au moment où la République Démocratique du Congo s’enfonce dans une crise sécuritaire et politique sans précédent, le pouvoir de Kinshasa se retrouve pris en tenaille entre deux voies de résolution qui pourraient bien s’avérer incompatibles. D’un côté, un dialogue national inclusif se prépare sous la médiation des présidents du Congo-Brazzaville et du Burundi. De l’autre, des négociations directes avec la rébellion de l’AFC/M23 se poursuivent à Genève. Une double stratégie qui ressemble davantage à un exercice d’équilibriste qu’à une feuille de route claire.

Le 9 juillet 2026, Brazzaville a une nouvelle fois démontré son rôle central dans la quête de stabilité en Afrique. Le président Denis Sassou N’Guesso a reçu le cardinal Fridolin Ambongo et Mgr Donatien Nshole, deux figures majeures de l’Église catholique congolaise, pour préparer le terrain. Mais la médiation ne s’arrête pas là : les présidents Sassou N’Guesso du Congo-Brazzaville et Évariste Ndayishimiye du Burundi s’activent désormais ensemble en vue de favoriser un dialogue inclusif réunissant les principaux acteurs politiques congolais.

Brazzaville, carrefour du Dialogue national

L’objectif affiché est clair: créer un cadre de concertation permettant aux différentes sensibilités politiques de se retrouver autour d’une même table pour aborder les défis majeurs auxquels le pays est confronté. Les deux chefs d’État entendent privilégier une approche fondée sur l’écoute, le consensus et la recherche de solutions durables. Une initiative qui intervient dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes et une situation sécuritaire préoccupante dans l’est de la RDC.

Du côté de Kinshasa, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a fini par céder aux pressions. Le 17 juillet 2026, il a annoncé son accord de principe pour l’organisation d’un dialogue national inclusif, apaisé et républicain. Une décision arrachée après des mois de pressions de l’opposition, des appels répétés des leaders religieux et des diplomates. Les discussions devraient porter sur l’insécurité dans l’Est, les tensions politiques, la gouvernance, les difficultés économiques et sociales, ainsi que les réformes nécessaires à la consolidation de la paix.

Mais la partie est loin d’être gagnée. La Coalition Article 64 (C-64), qui regroupe une large frange de l’opposition, a certes suspendu ses manifestations de rue prévues à Kinshasa, mais elle a posé un ultimatum : le Dialogue doit être convoqué officiellement au plus tard le 15 août 2026. Faute de quoi, la rue pourrait de nouveau s’embraser.

Genève, l’autre table des négociations

Pendant que Brazzaville prépare ses assises, un autre processus se déroule à des milliers de kilomètres de là. Les négociations entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 avaient repris le 14 avril 2026 à Genève, en Suisse, pour un neuvième round de discussions. Une reprise qui intervenait après la signature, le 14 octobre 2025 à Doha (Qatar), d’un mécanisme conjoint destiné à vérifier le respect du cessez-le-feu.

Des indiscrétions annoncent désormais une nouvelle réunion à la fin du mois d’août, toujours en Suisse, dans le cadre de la poursuite des discussions pour un retour durable de la paix dans l’Est. Les pourparlers devraient se dérouler près de Montreux, sous médiation qatarie et américaine.

Un dilemme qui interroge

Le problème, c’est que ces deux processus pourraient bien se marcher sur les pieds. Le Dialogue national inclusif de Brazzaville vise à rassembler l’ensemble des forces vives du pays – mais inclura-t-il l’AFC/M23 ? Rien n’est moins sûr. Certains acteurs politiques ont déjà alerté sur deux raisons qui commanderaient l’exclusion de l’AFC/M23 du dialogue national. À l’inverse, les pourparlers de Genève reconnaissent de facto la rébellion comme un interlocuteur valable.

En effet, les précédents dialogues nationaux en RDC n’ont pas toujours abordé les causes profondes des crises. Ils ont souvent servi de véhicules pour le gouvernement afin de neutraliser la dissidence en cooptant ses rivaux. Le risque est grand que celui-ci subisse le même sort.

Pendant ce temps, sur le terrain, les combats se poursuivent dans certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aggravant les déplacements des populations et leurs souffrances humanitaires. Le M23 agit désormais comme un gouvernement de facto dans une zone qu’il dit abriter 11 millions de personnes, et contrôle les deux plus grandes villes de l’Est – Goma et Bukavu.

Kinshasa joue donc sur deux tableaux. Mais à force de vouloir ménager tout le monde, le pouvoir risque de ne satisfaire personne. La date butoir du 15 août approche. L’opposition attend des actes concrets. Les rebelles du M23 poursuivent leurs négociations à Genève. Et Brazzaville se prépare à accueillir un Dialogue dont on ignore encore qui y sera convié.

Econews

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