RDC : faire émerger une nouvelle classe politique

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Quelques acteurs politiques congolais (photo d'archives)

C’est une tragédie nationale. La classe politique congolaise, caractérisée par un manque de vision collective, privilégiant les alliances opportunistes et la recherche du pouvoir personnel, s’éloigne de plus en plus des préoccupations du peuple et irrigue de son discours parfois abscons, parfois figé et rigide, et cousu de contre-vérités, le débat politique. La promulgation de la loi portant organisation du référendum déclarée conforme à la Constitution par la Cour constitutionnelle, mardi 28 juillet 2026, et qui pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi, en est un énième exemple. L’opposition a été flouée. Son manque d’unité franche, sa faible capacité à bloquer le pouvoir face au projet du changement de la Constitution et l’impasse entourant le dialogue national inclusif sont révélateurs d’un manque de stratégie commune. Quand on observe ce petit monde avec ses travers abjects, la déduction est vite faite : la République Démocratique du Congo (RDC) doit faire émerger une nouvelle classe politique.

La classe politique congolaise, à quoi sert-elle ? Cette question revient toujours dans les débats au sujet de la situation politique, économique, sociale et sécuritaire de la RDC, qui est en fait déplorable et rend difficile son émergence. La priorité accordée aux luttes de pouvoir sur le bien-être du peuple s’illustre par la polémique autour du changement de la Constitution et du dialogue national inclusif. La guerre dans l’Est et la pauvreté généralisée sont oubliées !   

CHANGER DE CONSTITUTION

En RDC, débat sur le projet de changement de la Constitution s’accélère avec la validation de la loi référendaire, par la Cour constitutionnelle, fixant les conditions d’organisation du référendum.

Le président de la République, Félix Tshisekedi, a désormais les mains libres pour mener à bien sa réforme sans être  entravé par des règles, des liens ou des obligations. La validation de cette loi ouvre donc la voie à un changement constitutionnel et au maintien au pouvoir du chef de l’État après la fin de son deuxième mandat en janvier 2029.

Quant à l’opposition, elle a du mal à imposer un rapport de force face au pouvoir de Félix Tshisekedi en raison de ses divisions internes (rivalités de leadership, ambitions personnelles et querelles d’ego). Et l’aval donné par la Cour  constitutionnelle au cadre référendaire affaiblit l’argumentaire juridique des opposants qui dénoncent « un coup d’État constitutionnel ». Félix Tshisekedi, qui a le génie de les flouer, à chaque belle occasion, doit se frotter les mains en voyant comment l’opposition bat de l’aile.

L’invitation à Bujumbura des figures de l’opposition pour des consultations sur la crise en RDC par le président de la République du Burundi, président en exercice de l’Union africaine (UA) et allié militaire de Kinshasa, Évariste Ndayishimiye, a été organisée par les soins de Félix Tshisekedi lui-même. Objectif : faire baisser la pression alors que l’opposition était sur la bonne voie en multipliant les manifestations contre un possible « coup d’État constitutionnel ». D’où la manifestation du 8 juillet devant le Palais de la Nation a été reportée au 22 juillet. Le piège a fonctionné.

L’ANNONCE DU DIALOGUE NATIONAL

Quelques jours avant cette date, Félix Tshisekedi change de cap et opte enfin pour un dialogue national inclusif  qui aura pour objectif de « consolider la cohésion nationale ». L’annonce a été faite, vendredi 17 juillet, à l’issue d’une rencontre avec les chefs des confessions religieuses. Une décision réclamée depuis plus d’un an par les Églises, une partie de l’opposition et des organisations de la société civile.

Le dialogue doit désormais entrer dans sa phase de préparation. Le président Félix Tshisekedi devra le convoquer par ordonnance, désigner les facilitateurs, fixer leur mandat ainsi que le calendrier et le cadre des travaux.

Pour l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, l’annonce du président Félix Tshisekedi constitue un changement de cap qui impose un effort à tous les acteurs politiques. Ainsi a-t-il appelé à l’annulation de la manifestation du 22 juillet. L’opposition n’a donc pas été dans la rue pour défendre la Constitution.

Des questions se posent sur l’organisation de ce dialogue : à quand le début de ces discussions et échanges ? Qui seront les facilitateurs ? Dans quel pays se tiendra cette rencontre ? Les opposants ont-ils arrêté une stratégie commune avant d’amorcer ce dialogue ? Sera-t-il réellement inclusif ? Le mouvement « Sauvons la RDC » de Joseph Kabila et l’AFC/M23 accepteront-ils un dialogue piloté par Félix Tshisekedi ? Que se passera-t-il si Félix Tshisekedi n’obéit pas à l’ultimatum fixé au 15 août par l’opposition ?

À la surprise générale, le 28 juillet, la Cour constitutionnelle valide une loi référendaire qui pourrait permettre un changement de la Constitution qui ouvrirait la voie à un possible troisième mandat de Félix Tshisekedi. L’opposition s’agace du « flou » autour de cette initiative. Une désolation. « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » dixit Henri Queuille.

Néanmoins, il est fondamental que l’on se pose les questions suivantes : la loi référendaire sera-t-elle applicable dans la partie Est du pays occupée par les forces rebelles ? Les autorités de ces entités accepteront-elles de participer à ce vote ?

Les observateurs conviennent que dans l’hypothèse où le Nord-Kivu et le Sud- Kivu n’y participeraient pas, l’avenir de la RDC, dans sa configuration actuelle, s’annonce sombre : le risque d’un éclatement total du pays n’est pas à écarter.

L’OPPOSITION NE FERA PAS MIEUX

Faut-il croire à un véritable changement si l’opposition arrivait au pouvoir ? Rien n’est moins sûr. Bon nombre de Congolais pensent que l’opposition au pouvoir ne fera pas mieux. Elle suscite le découragement et l’incompréhension au sein de la population en raison de son apathie. De ce fait, elle ne joue pas sincèrement  le rôle d’un contre-pouvoir.

En fait, c’est au jeu du ôte-toi de là que je m’y mette auquel l’opposition congolaise est en train de jouer. Elle attend impatiemment son tour. Ou le partage du pouvoir par la distribution de postes politiques.

Et comme à l’accoutumée, si cela se fait trop attendre, certains acteurs politiques de l’opposition n’hésiteront pas à rejoindre la majorité présidentielle. Cela s’appelle la transhumance politique ; un phénomène endémique en RDC.

Les motivations de cette pratique sont entre autres : appât du gain, quête de pouvoir, positionnement politique, opportunisme, cupidité et bien d’autres. Mais les conséquences sont toujours les mêmes pour la République : une classe politique désunie, des programmes politiques inachevés et une gouvernance inefficace. Le peuple, quant à lui, se sent trahi et désabusé. Loin d’être une simple manœuvre politique, elle érode la confiance du peuple envers leurs représentants, fragilise les institutions et compromet la stabilité du pays.

ÉCHEC DE LA CLASSE POLITIQUE

Les Congolais sont aujourd’hui embarqués dans une crise multiforme qui ne cesse de prendre de l’ampleur. La classe politique, en panne de vision, est incapable d’agir face à cet état de fait. L’échec du développement de la RDC est en grande partie la manifestation de la défaite de la classe politique. Son incompétence est flagrante. Au lieu d’amorcer de vrais changements dans la société et jeter les bases d’un développement vrai, ces politiciens préfèrent se contenter de distraire le peuple avec des discours creux et vides de sens en montrant continuellement la communauté internationale et certains pays voisins comme la cause de tous leurs malheurs. Même s’il ne faut pas les exonérer de leurs responsabilités dans la crise que traverse la RDC depuis trois décennies.

Le quotidien de ce beau monde, qui entend servir ses propres intérêts que le bien commun, est rythmé par le pillage systématique des richesses du pays, la corruption, le détournement de fonds publics, la gabegie financière et administrative, la retro-commission, le népotisme, le tribalisme… La liste est longue et douloureuse. Tous les ingrédients qu’il faut pour retarder la croissance d’un pays.

Ce n’est pas faire injure à la classe politique de lui dire qu’elle a lamentablement échoué. Les Congolais n’ont point besoin des gouvernants amorphes et dont la cupidité se dispute à la fourberie. Ils ont besoin d’une classe dirigeante à même de leur apporter des solutions pour se tirer du bourbier dans lequel ils se trouvent actuellement.

La RDC doit donc arriver à sécréter une nouvelle classe politique – Référence à la mentalité, à l’état d’esprit et non à l’âge – éprise d’indépendance, de liberté, d’égalité et de progrès. Ce dont a besoin la RDC, ce sont de vrais leaders, des éveilleurs de conscience, des personnes prêtes à porter le pays à bout de bras. Sinon la tradition de la dictature qui se voile sous le couvert des présidents « démocratiquement élus » et le genre de propos « ça va changer » finiront par achever les minces espoirs que nourrissent les Congolais pour leur pays.

Robert Kongo (CP)

 

 

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