6a54d8a1a24eb

Le jeu dangereux de Mutamba

En orchestrant une mise en scène théâtrale à la Cour de cassation — entre arrivée dramatique en ambulance et parade décontractée devant les caméras —, l’ancien Garde des sceaux pensait tourner la justice en dérision. Mais en choisissant la provocation face aux juges suprêmes, Constant Mutamba s’enferme dans une impasse politique et judiciaire dont il pourrait être la première victime.

L’image aurait pu émouvoir, elle a finalement suscité un profond malaise. Ce lundi, les marches de la Cour de cassation ont servi de théâtre à une représentation dont la politique congolaise a le secret, mais dont la gravité ne saurait être occultée par le grotesque du spectacle. Constant Mutamba, l’ancien Ministre de la Justice qui promettait encore hier de « guérir » une institution bancale, y est arrivé gyrophare hurlant, étendu dans une ambulance, drapé dans la posture du grand malade terrassé par l’adversité.

Mais le miracle de la tribune a opéré : à peine extrait de l’enceinte d’audience, le convalescent d’un jour a retrouvé tout son tonus pour offrir à la presse un show en règle sur le perron.

En franchissant ainsi le Rubicon du ridicule et de la défiance, l’ancien Garde des sceaux ne s’est pas seulement offert un bain de foule ou une séquence vidéo virale. Il s’est sciemment jeté dans un piège politique et juridique redoutable. Comment prétendre incarner la rigueur républicaine et la réforme des mœurs judiciaires tout en usant des subterfuges les plus éculés pour échapper à la rigueur d’un débat sur le fond ?

L’incohérence est flagrante, l’embarras est total.

Poursuivi pour sa gestion controversée des fonds destinés aux victimes des exactions engagées via le FRIVAO, Constant Mutamba semble avoir fait le pari de la surenchère du rapport de force. Mais face à la Cour de cassation, ce calcul relève de la cécité.

La plus haute instance judiciaire du pays, qu’il a tenté de narguer publiquement, ne saurait accepter d’être ravalée au rang de décor pour comédie politique. Le renvoi de l’affaire au 31 juillet prochain n’est nullement une victoire pour l’inculpé; c’est un répit trompeur avant l’inévitable heure des comptes.

En se positionnant dans un bras de fer ouvert avec les juges, Mutamba s’est mis lui-même dos au mur. S’il refuse de comparaître ou s’il réitère son numéro de dupe à la prochaine audience, il confirmera sa fuite en avant et justifiera la rigueur des mesures coercitives de la Cour. S’il se présente enfin pour s’expliquer, sa posture de victimisation sera définitivement entamée par l’étalage de sa superbe de ce lundi.

Quelle que soit l’issue du 31 juillet, le vainqueur ne sera pas celui qui parade devant les micros, mais l’institution qui garde le dernier mot de la loi. En bravant l’autorité judiciaire, l’ancien ministre a trop présumé de ses forces : la comédie a ses limites, la justice a ses exigences.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *