Rupture totale à l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC), l’homme fort historique du parti, Modeste Bahati Lukwebo, est officiellement mis sur la touche. Un Comité de crise, dirigé par Otto Bahizi, chef coutumier de Busanza au Nord-Kivu, a été installé pour reprendre en main la formation politique, toujours officiellement membre de l’Union sacrée de la nation (USN). Mercredi devant la presse, réunie dans la salle Kampala de Rotana, le collège des fondateurs de l’AFDC s’est désolidarisé de Bahati Lukwebo. La réplique de Bahati n’a pas tardé. Quelques heures après la déclaration des frondeurs, Modeste Bahati, qui se considère comme seul à engager le parti, promet, par la voie de son secrétaire général, d’ «engager des poursuites judiciaires » contre le groupe des frondeurs, conduit par Otto Bahizi. Entre les deux camps, la guerre est déclarée.
C’est un véritable séisme politique qui secoue l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC). Alors que Modeste Bahati Lukwebo s’est longtemps érigé en figure incontournable du parti, une rébellion interne, menée par l’un de ses co-fondateurs, vient de le déposséder de son trône. Otto Bahizi, chef coutumier respecté et désormais autorité morale du parti, a annoncé la mise en place d’un Comité de crise chargé de « ramener la confiance » au sein de la formation politique.
Ce coup de force, présenté comme une renaissance par les insurgés, repose sur une accusation centrale : la confiscation du parti par la famille Bahati. « L’AFDC n’a jamais été un parti familial, a martelé Otto Bahizi face à la presse. On ne peut pas comprendre qu’un individu s’accapare de tout le parti.»
Loin de nier les tensions, le chef coutumier assume frontalement la rupture, appelant son ancien allié à se retirer pour laisser le parti suivre «les lignes tracées par l’Union sacrée ».
«Bahati doit nous quitter »
Interrogé sur un éventuel dédoublement de l’AFDC, Otto Bahizi a réfuté avec fermeté toute idée de scission. Selon lui, l’unité du parti ne saurait être compromise par le départ d’un homme, aussi influent soit-il. «L’AFDC reste un et indivisible. C’est Bahati qui doit nous quitter », a-t-il tranché, inversant ainsi l’équilibre des pouvoirs.
Cette sortie fait écho à la récente conférence de presse de Modeste Bahati, où ce dernier déplorait une «dérive du pays » imputée à «l’homme congolais ». Une sortie qu’Otto Bahizi retourne comme un boomerang : «Bahati a toujours été dans le système. Si on doit changer l’homme, lui en fait partie.»
La guerre du siège est déclarée
Au-delà des déclarations de principe, la bataille s’annonce concrète et potentiellement explosive. L’accès au siège national du parti reste une question cruciale. Sur ce point, Otto Bahizi se montre sans équivoque. Il accuse Modeste Bahati d’avoir «confondu les biens du parti avec ses propres biens », suggérant que la résistance pourrait s’organiser autour du contrôle des infrastructures partisanes.
«Désormais, je suis l’autorité morale qui va gérer le Comité de crise de l’AFDC», a-t-il affirmé, le ton résolu, tout en exprimant une crainte : que l’ex-autorité morale destituée ne tente un retour en force par la ruse. «On sait qu’il a sûrement un plan B, mais pour nous, Bahati n’a plus la direction du parti», prévient-il.
Alors que l’AFDC affirme ainsi vouloir tourner la page d’une gestion qualifiée d’« affaire familiale », la voie est désormais ouverte à une confrontation à fronts renversés. Modeste Bahati Lukwebo, qui a longtemps incarné le parti, reconnaîtra-t-il cette autorité nouvelle ? Rien n’est moins sûr.
Mais pour Otto Bahizi et ses partisans, le message est clair : il ne s’agit ni d’une scission, ni d’une guerre d’ego, mais d’une mise à l’écart définitive d’un homme accusé d’avoir trahi l’esprit du parti.
L’Union sacrée, dont l’AFDC se revendique, pourrait bien être appelée à se positionner face à cette crise interne, qui fragilise un de ses poids lourds historiques et redistribue les cartes au sein de la mouvance présidentielle.
Ci-dessous, la déclaration politique, lue devant la presse, par le chef coutumier Otto Bahizi.
Econews

