En affirmant que Téhéran serait prêt à conclure un accord, Donald Trump alimente un récit que les autorités iraniennes démentent catégoriquement. Derrière cette mise en scène diplomatique se dessine, selon ce texte, une tentative de peser sur les marchés financiers, de contenir la flambée du pétrole et de gagner du temps sur le terrain militaire.
Trump a déclaré par deux fois en 48h à la presse que les responsables iraniens « souhaitent ardemment un accord».
C’est au mieux une interprétation et, plus vraisemblablement, un mensonge calculé, destiné à rassurer Wall Street et à contenir la hausse du pétrole sous le seuil psychologique des 100 $.
L’Iran n’a pas l’intention de négocier avec ce qu’elle considère comme des États terroristes; d’ailleurs, pendant que Trump prétend suspendre les frappes durant cinq jours pour favoriser le dialogue, Israël intensifie les siennes.
Les États-Unis auraient transmis à l’Iran, par l’intermédiaire d’intermédiaires pakistanais, un plan en 15 points exigeant l’arrêt de l’enrichissement d’uranium, la remise de 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, le démantèlement des installations de Natanz, d’Ispahan et de Fordow, un moratoire de cinq ans sur les missiles, des réductions indirectes de la production d’uranium, la réouverture du détroit d’Ormuz, en suggérant une co-administration américano-iranienne.
Cette liste de conditions est très plausible et cela ne coûte rien d’en faire état, du moment que le mot « paix », « accord de principe », « interlocuteur de haut rang » figure dans le texte pour abuser les algos qui font mouvementer les cours des actifs financiers.
Les propositions américaines en question sont, tout le monde en convient, inacceptables pour Téhéran, qui n’étudiera que des solutions de paix « durables » et qui ne s’apparentent pas à des conditions de vainqueur à vaincu. Et que vaudrait un accord arraché, sous la pression des marchés, par Trump, qu’Israël ne reconnaîtrait pas, car cela ne colle pas avec son agenda ?
Le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, et le porte-parole du Parlement iranien, Mohammad Ghalibaf, ont fait une déclaration presque « copier/coller» sur tous les canaux officiels, qualifiant la guerre de « violation grave et sans précédent du droit international».
Ils ont nié toute discussion, tout cessez-le-feu ou tout contact, qualifiant les informations de « fausses nouvelles destinées à manipuler les marchés pétroliers et financiers », ce qui semble une hypothèse crédible pour nombre de pays se voulant « neutres », un délit d’initié massif semblant manifeste en amont de la publication du communiqué de Donald Trump lundi à 12h02.
Si nous disséquons les différents communiqués, le démenti du ministère des Affaires étrangères iranien est destiné à l’opinion publique intérieure. Les menaces d’Abbas Ghalibaf désignent clairement comme cible les marchés obligataires US, puis les entreprises qui participent à la conduite de la guerre, notamment certaines technos vitales pour le renseignement et la sélection des cibles humaines et des bases de lancement de missiles.
Le canal parallèle d’Araghchi, via des pays tiers, notamment le Pakistan, est destiné à Washington. La propagande victorieuse des Gardiens de la révolution, malgré de très lourdes pertes matérielles, est destinée à leurs effectifs. La source Channel 12 israélienne s’adresse à l’audience internationale et vise aussi à créer des soupçons de trahison au sein des Gardiens de la Révolution (qui est un «agent » de l’ennemi ?).
Mais ces derniers ont retourné la monnaie de sa pièce à la Maison-Blanche en affirmant ne plus vouloir négocier qu’avec JD Vance. Imaginez la fureur de Trump de voir son gendre écarté et la vedette lui être volée par son vice-président !
De son côté, pour bien marquer son refus de négocier avec n’importe quel représentant du régime iranien, l’armée israélienne a « éliminé», lors d’une frappe navale, l’un des interlocuteurs potentiels des Américains, Ali Kourani, membre de la Force Qods des Gardiens de la révolution, et de ce fait qualifié de «terroriste » par Tsahal.
Netanyahu a précisé lors d’une déclaration officielle : «C’est Israël qui décidera quand la paix doit revenir… et ce ne sera pas avant que Tsahal ait atteint tous ses objectifs avec l’Iran. »
Alors que Trump prétend que Téhéran est prêt à renoncer à ses ambitions nucléaires, Araghchi et Ghalibaf ont rappelé que l’enrichissement de l’uranium est un «droit inaliénable » au titre de l’article IV du TNP (Traité de non-prolifération) et qu’il « ne peut jamais » être abandonné (en effet, les articles I et II du TNP stipulent un « droit inaliénable des pays souverains à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques »).
D’ailleurs, presque au même moment, le Vietnam signait un accord pour la construction d’un réacteur par la Russie, tandis que l’accord 123, signé en novembre 2025 entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, autorise cette dernière à enrichir de l’uranium sans même l’application du Protocole additionnel de l’AIEA.
Les marchés ont réagi aux gros titres lundi, puis mardi soir, et non au fond, c’est-à-dire à des indices concrets comme le déploiement de 3.000 soldats d’élite US dans la région (des rumeurs font état d’effectifs 10 à 20 fois plus nombreux). Le moratoire de cinq jours de Donald Trump leur donne justement un temps précieux pour « se préparer » (exercices de simulation, coordination) et être transportés sur zone.
L’hypothèse d’une opération terrestre sur le sol iranien prend de la consistance… avec des objectifs jugés prioritaires, comme la capture de l’île de Kharg ou la sécurisation de la rive nord du détroit d’Ormuz.
Le WTI a chuté à 88 USD, suite à l’annonce d’un hypothétique « accord », une dégringolade de 10 % provoquée par des algorithmes interprétant au premier degré les termes « cessez-le-feu » et « accord sur les points clés ».
Mais l’objectif le plus crucial est de faire refluer le rendement des bons du Trésor à 10 ans, qui deviendrait rapidement insoutenable au-delà de 4,50 % avec une dette de 39 000 Mds$ à refinancer, 2 000 Mds$ de dette privée présentant un taux de défaut proche de 10 %, alors que la guerre, gros accélérateur d’inflation, se poursuivrait sur le terrain.
Et parmi les facteurs qui renchérissent le coût de l’énergie, il y a ce nouveau droit de péage, payable en yuan, que devrait acquitter tout navire transitant par Ormuz.
Gageons que cela devrait donner des idées aux rebelles houthis, qui ont les moyens de bloquer la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, seule voie d’accès au canal de Suez, et, symétriquement, de contournement de la péninsule Arabique en direction du golfe Persique.
Econews

