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Face à la menace du virus Ebola, la riposte s’accélère au niveau mondial

Première guérison, projets de vaccin, visite du directeur de l’OMS… Si la nouvelle épidémie a déjà fait 246 morts en République démocratique du Congo et menace toute la région, plusieurs motifs d’espoir sont à surveiller.

Dans une province de l’Ituri toujours sous tension, où les équipes sanitaires luttent à la fois contre le virus et la méfiance d’une partie de la population, une bonne nouvelle est venue éclaircir l’horizon. Les autorités congolaises ont annoncé, le 27 mai, la première guérison enregistrée depuis le début de l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement le pays.

L’annonce a été faite par l’Institut national de santé publique (INSP). Le patient, infecté par le virus Bundibugyo, a été pris en charge dans le centre de traitement de Rwampara, à une douzaine de kilomètres de Bunia. Située au cœur de la zone la plus touchée, Rwampara devient ainsi le premier centre à enregistrer un patient officiellement guéri.

« L’épidémie a été déclarée le 15 mai et nous sommes aujourd’hui à moins de deux semaines d’intense activité autour de la riposte. Nous enregistrons le tout premier guéri et, le long de la semaine, nous allons vous en présenter encore d’autres », a déclaré un responsable de l’Institut national de santé publique.

La défiance de la population

La famille du patient ayant requis l’anonymat, aucune image de ce premier survivant n’a été diffusée publiquement. Les responsables sanitaires envisagent néanmoins une rencontre avec lui afin qu’il puisse témoigner de son parcours et contribuer à convaincre les populations encore sceptiques vis-à-vis de la prise en charge médicale.

L’enjeu est de taille. Dans plusieurs localités de l’Ituri, les autorités sanitaires se heurtent à la défiance d’une partie des habitants, alimentée par les rumeurs, les croyances locales et les traumatismes laissés par les précédentes flambées épidémiques.

La République Démocratique du Congo affronte aujourd’hui sa 17ème épidémie d’Ebola. Contrairement aux précédentes crises qui ont frappé le pays, celle-ci est provoquée par le virus Bundibugyo.

Cette souche représente un taux de létalité pouvant atteindre 50 % et, à ce jour, aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’existent pour la combattre.

Selon le dernier rapport du ministère de la Santé publié le 26 mai, l’épidémie a déjà causé 246 décès parmi les plus de 1.000 cas suspects recensés.

Kinshasa se tourne vers Washington

Face à cette situation, le gouvernement congolais a officiellement sollicité l’administration américaine afin d’obtenir un anticorps monoclonal expérimental conçu pour lutter contre la souche Bundibugyo.

« Les Américains avaient développé un traitement (…) qui agit sur les trois types d’Ebola, c’est-à-dire Zaïre, Soudan et Bundibugyo », a expliqué le ministre de la Santé, Roger Kamba, lors d’un briefing à Kinshasa.

Selon le ministre, les traitements jusqu’ici utilisés en RDC ciblaient principalement la souche Zaïre, responsable des précédentes épidémies enregistrées dans le pays. Les discussions avec les partenaires américains seraient déjà avancées et les autorités espèrent obtenir une réponse dans les prochains jours.

Cette première guérison intervient alors que la lutte contre Ebola connaît une accélération importante. Samedi, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, s’est rendu à Bunia, chef-lieu de l’Ituri et épicentre de l’épidémie, pour évaluer la situation sur le terrain et réaffirmer le soutien de l’organisation aux autorités congolaises.

À cette occasion, l’OMS a également dévoilé les conclusions d’une réunion d’experts internationaux chargés d’identifier les traitements et vaccins les plus prometteurs contre le virus Bundibugyo. Plusieurs produits expérimentaux ont été jugés suffisamment encourageants pour être évalués rapidement dans le cadre d’essais cliniques.

Des traitements en test

Parmi les traitements retenus figurent les anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab ainsi que l’antiviral Remdesivir. Les experts recommandent également d’évaluer une combinaison associant un anticorps monoclonal et le Remdesivir chez les patients confirmés.

Du côté de la prévention, l’OMS estime que l’antiviral oral Obeldesivir pourrait constituer une option prioritaire pour les personnes ayant été en contact avec des cas confirmés ou probables. Cette stratégie reste toutefois conditionnée à un traçage efficace des contacts, particulièrement difficile dans certaines zones reculées de l’est congolais.

Surtout, les experts ont identifié un premier candidat vaccin jugé particulièrement prometteur : le rVSV Bundibugyo, développé par l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI). Son évaluation clinique pourrait toutefois nécessiter encore plusieurs mois. Un second candidat vaccin, le ChAdOx1 Bundibugyo, développé par l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India, pourrait quant à lui être disponible plus rapidement pour des essais d’efficacité.

Ces annonces constituent un motif d’espoir supplémentaire pour les autorités sanitaires congolaises. Mais l’OMS rappelle que, pour l’heure, la priorité demeure l’interruption de la chaîne de transmission grâce aux outils classiques de lutte contre Ebola : dépistage rapide, traçage des contacts, isolement des malades, mobilisation communautaire et enterrements sécurisés.

En attendant, soigner les symptômes

Dans l’immédiat, les équipes médicales poursuivent la prise en charge des patients à travers des traitements symptomatiques destinés à limiter les complications. Les malades souffrant de diarrhées ou de déshydratation sont réhydratés. Ceux qui présentent des difficultés respiratoires bénéficient d’une assistance adaptée, a précisé Roger Kamba.

Des antiviraux à large spectre ont également été sollicités afin de renforcer les moyens thérapeutiques disponibles face à cette nouvelle flambée épidémique.

Pour les autorités sanitaires congolaises, la guérison du premier patient constitue un motif d’espoir. Mais dans l’Ituri, où la propagation du virus reste active et où les résistances communautaires compliquent encore le travail des soignants, la bataille contre Ebola est loin d’être terminée.

Avec Le Point Afrique

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