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 Sénat : Sous sanction des Etats-Unis, Basengezi seul en course pour remplacer Bahati

Au cœur des recompositions brutales de l’Union sacrée de la nation, la succession de Modeste Bahati Lukwebo au poste stratégique de 2ème vice-président du Sénat cristallise bien plus qu’une simple rivalité interne : elle expose Kinshasa à un test diplomatique majeur. Seul en lice, Norbert Basengezi Katintima, pourtant sous sanctions des États-Unis pour son rôle controversé lors des élections de 2018, s’avance vers une promotion institutionnelle aux allures de pari risqué. Entre marginalisation de l’AFDC-A, verrouillage politique et défi lancé aux partenaires occidentaux, ce choix soulève une question lourde de conséquences : jusqu’où Kinshasa peut-il aller sans heurter frontalement Washington, au moment où la crédibilité démocratique du pays reste sous surveillance internationale ?

Évincé de la direction du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo n’aura pas eu le dernier mot. La majorité présidentielle, l’Union sacrée de la nation (USN), a déjà désigné son remplaçant : Norbert Basengezi Katintima. Seul candidat en lice, cet ancien allié de Joseph Kabila reste néanmoins sous le coup de sanctions américaines. Un dossier qui risque de mettre Washington dans une position délicate.

La fin d’un cycle. Pour Modeste Bahati Lukwebo, l’homme fort de l’AFDC-A, l’aventure à la 2ème vice-présidence du Sénat s’est achevée sur une démission forcée. Sa sortie médiatique du 4 mars, jugée intempestive par la hiérarchie de l’Union sacrée, lui a été fatale. S’il a évité une destitution plus humiliante, il n’a cependant eu aucune prise sur le choix de son successeur.

Dans les instances dirigeantes de la majorité, tout a été bouclé sans lui. Les tentatives du MLC de présenter une sénatrice, sœur biologique du Vice-premier Ministre en charge des Transports, se sont soldées par un échec. Résultat : une voie libre pour Norbert Basengezi Katintima, originaire comme Bahati du Sud-Kivu, qui se retrouve seul candidat à la succession.

Figure politique bien connue à Kinshasa, Norbert Basengezi a été le premier adjoint de Corneille Nangaa à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) lors de la présidentielle de décembre 2018, qui a porté Félix Tshisekedi au pouvoir. À l’époque, il était un allié du camp Kabila. Après la rupture de 2020, il a rejoint l’Union sacrée, devenant l’un des premiers transfuges de la mouvance kabiliste à rallier la nouvelle majorité.

Mais son passé à la Ceni lui colle à la peau. À l’instar de Corneille Nangaa, Norbert Basengezi figure sur la liste des personnalités sanctionnées par les États-Unis pour son rôle dans les élections controversées de 2018. Un statut qui ne lui a pas empêché d’être élu sénateur, mais qui, aujourd’hui, suscite des interrogations bien plus élevées.

Un «droit » reclamé par les fidèles de Bahati

Dans l’entourage de Modeste Bahati, le choix de Basengezi passe mal. L’aile de l’AFDC-A restée fidèle au président déchu dit son indignation. « Nous avons été surpris de voir cette candidature retenue par l’USN. Parce que de droit, l’AFDC-A, ayant perdu le poste en question, c’était normal que la candidature vienne toujours d’elle », a confié à la presse le porte-parole de ce courant.

Mais les jeux sont déjà faits. Norbert Basengezi succède à un autre transfuge de l’ancienne majorité FCC de Joseph Kabila qui, lui, avait su traverser les époques sans entrave. Pourtant, la donne a changé : la présence d’une personnalité sous sanctions américaines à un poste clé de l’institution parlementaire ne manquera pas d’attirer l’attention de Washington.

C’est la grande interrogation qui plane désormais sur ce feuilleton politique. Les États-Unis, qui suivent de près l’évolution démocratique et la stabilité institutionnelle en RDC, pourraient-ils réagir à la nomination d’un haut responsable encore frappé de sanctions ?

Jusqu’ici, Washington n’a pas officiellement commenté le dossier. Mais les précédents montrent que le gouvernement américain est intransigeant avec les personnalités visées par ses sanctions, qui peuvent inclure des restrictions de visa et des interdictions d’accès au système financier américain. Confier un poste stratégique au Sénat à Norbert Basengezi pourrait être perçu comme un signal politique, voire un défi, adressé aux États-Unis à un moment où la coopération bilatérale se veut cruciale pour Kinshasa.

Est-ce que Kinshasa assumera ce choix jusqu’au bout ? A défaut, les pressions diplomatiques modifieraient-elles, in extremis, un scénario déjà largement ficelé par l’Union sacrée ? Difficile à prédire.

Econews

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